La manifestation surprise déclarée en fin de la matinée de dimanche a sans doute pris de court les policiers habitués aux marches des mardis et des vendredis, et ponctuellement aux chahuts entourant les visites ministérielles. Sinon, comment expliquer la réaction violente des agents de l’ordre face à quelques dizaines de manifestants sortis pour afficher leur refus des élections que l’on promet pour la fin de l’année ? Voulant empêcher les protestataires de regagner la place de la Pyramide, les policiers ne feront que consolider la détermination des marcheurs et du coup renforceront leurs rangs par des passants présents sur le boulevard Belouizdad.
De dizaines, les manifestants se transformeront en quelque deux cents personnes qui seront surprises par «l’assaut» des policiers qui se mettront à les fourrer dans leurs fourgons. Quelques minutes après, nous apprendrons que deux journalistes ont aussi été embarqués avec les manifestants et leurs téléphones portables saisis. Il s’agit de nos confrères Amor Chabbi et Nouri Nesrouche, respectivement du jeune journal électronique Atlas News Times et El Watan.
Amor Chabbi, que nous avons contacté, a tout de suite tenu à remettre les pendules à l’heure : «Je tiens à déclarer que j’ai été arrêté parmi la foule des manifestant, puis de suite libéré après un passage au commissariat. A aucun moment, les policiers ne m’ont embarqué en tant que journaliste, bien que je déplore l’arrestation de personnes qui ne faisaient qu’exprimer un avis. Tout le monde a été bien traité, un policier a pris une bouteille d’eau à son collègue voyant mon malaise, dû au manque de… cigarettes plutôt qu’à une maltraitance où la soif.
Le confrère d’El Watan a vu seulement son portable saisi, puis rendu sitôt la méprise relevé» .
Il reste que si la fonction de journaliste n’a pas été visée, il n’en demeure pas moins que les arrestations opérées, ce dimanche, -une dizaine, selon notre confrère Chabbi-, sont une première à Constantine depuis l’entame du Hirak le 22 février dernier.
Il y a bien eu des arrestations de quelques jeunes suite à la visite les mois écoulés des ministres de l’Enseignement supérieur et de la Culture, mais très vite relâchés avant même l’arrivée au commissariat. Les arrestations à Constantine sont-elles le prélude d’un changement de tactique chez la police ou s’agit-il d’une simple erreur de manœuvre ? Les prochains jours ne tarderont sûrement pas à apporter des réponses.<