Le thermomètre affiche 44° le jour et 32° la nuit. Les clous des passages protégés n’en peuvent plus. Ils s’enfoncent inexorablement dans un goudron mouvant, brûlant, se permettant aussi de phagocyter les «ralentisseur» règlementaires composés de métal et de plastique. Le rond-point du centre-ville, qui laissait gargouiller un liquide à la couleur douteuse, est en train d’être démonté. Pourtant, il n’a que trois ans d’âge.

Le poulet se voit dans les cimes, avec des cuisses à 380 DA et des escalopes à 850 DA. De quoi prendre le melon qui, lui, se négocie à seulement 50 DA. Toute une population, toute une ville, qui se morfond, qui hiberne en plein été, tétanisée par une température à brûler toutes les ardeurs. Le Cabinet du wali, de son côté, ne connaît pas de répit. Continuellement assiégé par des demandeurs d’emploi en colère, il ressemble en tout point de vue à un fort Alamo, tout comme le siège de la daïra, quelques encablures plus bas. Le wali qui a distribué des milliers de logements depuis son installation, en juillet 2017, vient de se rendre compte que ceux qui manifestent sans arrêt ne sont pas forcément les plus lésés, et que les vrais défavorisés ne se montrent point. Les derniers logements distribués, il y a moins d’un mois à la nouvelle ville Massinissa, ont connu leur première bataille rangée. La cause en est la mainmise sur les « parkings » futurs, et montrer ses muscles étant le meilleur moyen de se payer des galons.

Le poulet prend le melon
Et en plus, les « sélectionnés », enfin une majorité, sont des cadres inscrits sur l’organigramme de la structure de la wilaya. Un secret si bien gardé, que tout le monde est au courant. On remet une autre couche de contestation et on retourne au Cabinet du wali. Ce ne sont pas les fermetures de route constantes de la wilaya de Béjaïa, mais cela engendre quelques grincements de dents. « Il faut décrocher un logement tout de suite, sinon il sera trop tard dans quelques jours, le wali va remplacer Lehbiri à la tête de la Protection civile », susurre-t-on aux détours des protestas light, à la constantinoise. Le MOC va accéder en division supérieure cette saison, c’est sûr, le nouveau président, Belaghrabli El Hadi, l’a promis, et il est dans les bonnes grâces du wali. Le CSC ? Il va remporter cette année encore le championnat, les rencontres difficiles ont toutes été casées au cycle de l’aller. C’est que le CSC a un ponte à la présidence qui a tout arrangé… Et puis, à Ali-Mendjeli, la nouvelle « vile », l’information circule déjà, et elle est vérifiée, comme celle annoncée plus haut. La méga cité qui dépasse désormais le chef-lieu de wilaya en nombre de population va passer au statut de daïra… ou de wilaya. En tout cas, elle va cesser d’être traînée comme un boulet par la daïra de Khroub qui a d’autres… écuries à nettoyer. Là, cette fois, les Khroubis vont être débarrassés des relents de bétails qui vous cueillent aux narines dès l’entame de la rue principale, provenant des écuries qui datent de « l’air » coloniale, des écuries que tout le monde connaît, que tout le mondes sent, mais que personne ne semble en mesure d’éradiquer. Ou de déplacer.
Constantine, c’est ça, au mois d’un torride juillet, où tout le monde à l’abri d’un climatiseur, se roule les pouces et se triture les méninges en tirant des plans sur la comète, en attendant la rentrée sociale et… ses rumeurs !