Trottoirs défoncés, bouches d’égouts obturées, murs délabrés, bâtiments lépreux et une pollution à grande échelle ! C’est ce qui caractérise actuellement la cité Loucif, ex-Gaillard. Bâtie dans les années 50 du siècle dernier, composée uniquement d’immeubles, dont le très coloré «Picasso», la cité n’est plus que l’ombre de ce qui fut l’un des meilleurs quartiers de Constantine. Les immeubles de la cité «d’en haut», ceux de la cité «d’en bas» et «Bon marché», malgré les matériaux nobles utilisés pour leur construction, ne sont plus qu’un amas d’appartements superposés où tout manque : la lumière dans les escaliers, les dévidoirs, les balayeurs communaux et la… quiétude.

Car, si la cité Loucif peut se targuer d’être l’un des rares quartiers où le vol, les casses d’appartements et les moustiques sont des notions étrangères, il n’en demeure pas moins que le bruit et les gaz d’échappement des bus assurant la navette aux étudiants en médecine, chirurgie dentaire et pharmacie, et vers les universités I, 2, et 3, ont gravement nui à la santé des riverains, comme l’attestent les propos du président de l’association de quartier : « Il nous est impossible de dormir après 7 h du matin ou de faire la sieste. Le bruit des moteurs des bus qui tournent, même à l’arrêt, et les gaz d’échappement nous rendent la vie impossible ; il nous est interdit d’ouvrir les fenêtres avant 17 h, sinon, c’est l’asphyxie garantie ». Et à celui-ci d’ajouter : « Il n’y a pas de transport public pour nous, hormis le téléphérique qui n’est pas très pratique, alors que des dizaines de bus universitaires sillonnent les rues et se garent à longueur de journée entre nos immeubles. En effet, il n’y a pas un seul trottoir indemne. Les bouches d’égout ont toutes disparu et ont laissé des avaloirs obstrués. Les murs de soutien des cités, surtout ceux du bâtiment Picasso, menacent de s’écrouler à tout moment. Les bacs à ordures, en nombre très insuffisant, n’arrivent pas à contenir tous les détritus qui s’accumulent et se transforment en festin pour les rongeurs dès la tombée de la nuit. Moment également propice pour les dealers d’écouler leur poison bien que le fait ait été signalé à qui de droit. De plus, les agents communaux, chargés de l’entretien des cours de la cité, ne travaillent pas le week-end, induisant un balayage de cinq jours sur sept auquel il faut ajouter l’absence de civisme de quelques riverains. Mais la cerise sur le gâteau, si l’on peut s’exprimer ainsi, est le fameux escalier qui devait relier l’immeuble Picasso à celui de Bon marché, entamé il y a… quinze ans, mais toujours en attente d’achèvement après la « réalisation » de seulement trois marches. Même constat pour les trottoirs : décapés il y a plus de douze ans, ils attendent toujours la couche de bitume. Triste état de fait pour une cité qui a tant donné à la ville, se retrouvant aujourd’hui sinistrée à cause de la défaillance criante des pouvoirs publics, pour lesquels l’environnement de proximité reste un vain mot.