Le directeur général de l’AADL Saïd Rouba s’était rendu discrètement, au mois de mars 2019, à Constantine, annonçant que les premiers logements du site d’Erretba-AADL 2 seront livrés durant l’été de la même année. Il n’y a pas eu de date précise ni comment rattraper le retard accumulé et, surtout, par quelle baguette magique les problèmes des terrains meubles, glissants et en pente allaient être résolus.

Le directeur général de l’AADL s’est contenté d’affirmer que « des dispositions pour faire avancer le chantier allaient être prises et des instructions consistantes seraient adressées aux entreprises sur le terrain », espérant rattraper le retard énorme enregistré dans l’édification de logements qui auraient dû être livrés et habités il y a des mois. Le directeur de l’AADL promettra aussi de sanctionner les entreprises défaillantes, oubliant au passage que la quasi-totalité des entrepreneurs ont tout simplement abandonné les chantiers, sans demander leurs comptes, devant les travaux d’Hercule qui les attendaient sur le site d’Erretba. Nous en avions fait mention sur ces mêmes colonnes lors du dernier trimestre 2018 et le premier de l’année 2019. Le projet des 6 000 logements situés à Didouche-Mourad, à 15 km du chef-lieu de wilaya, était censé accueillir des logements AADL 2. Il se trouve sur une colline rude, caractérisée par une pente de plus de 20%. « Erretba est une terre agricole, une terre végétale d’une profondeur de 8 mètres, au minimum, ce qui la rend inéligible à toute construction, encore moins des immeubles à plusieurs étages et des routes », nous avait indiqué Mourad B. un architecte, lors de la visite de l’ex-ministre de l’Habitat, Abdelhamid Temmar. Il avait aussi adressé des avertissements, de même que l’Ordre des architectes de Constantine, quant à une aventure dans une mission périlleuse qui était celle de bâtir sur le site d’Erretba. Peine perdue, les autorités locales et l’AADL n’en feront qu’à leurs têtes.
Un gouffre financier
Maintenant, le projet se révèle un vrai gouffre financier et de… stupidités. Les Chinois qui ont décroché la réalisation du plus gros lot d’Erretba et avaient donné des assurances pour surmonter les difficultés relevées par les architectes locaux ont plié bagages, comprenant l’impossibilité d’aller au bout de leurs travaux. Il ne reste actuellement qu’une seule entreprise du pays de la Grande muraille, alors que celles algériennes sont prises au chantage des autorités. « Il y a des entreprises algériennes qui ont abandonné et nous, nous subissons des pressions de la part de l’administration pour aller au bout d’un ouvrage impossible », nous dira un entrepreneur qui veut garder l’anonymat pour des raisons évidentes. Le wali de Constantine qui s’était engagé à livrer les logements en été, puis en septembre, n’a plus donné signe de vie au sujet d’Erretba. D’ailleurs, dimanche dernier, un de ses adjoints s’est rendu sur le site, loin des caméras et de la presse, en présence des entrepreneurs, de Kahrif, du chef de daïra, et de la SDC pour mettre le doigt sur l’engrenage qui coince. La réponse est toujours la même : la terre agricole profonde de 8 mètres empêche tout travail sérieux malgré les murs de soutènement, nombreux qui sont en train d’être édifiés. « Ce ne sont pas les murs de soutènement qui vont régler le problème. Il y a des dizaines d’immeubles, de routes, d’accompagnements, de VRD, de gaz, d’électricité, et pour tout cela il faut des murs de soutènement et creuser à plus de 8 mètres pour consolider les ouvrages. C’est impossible », nous dira encore notre interlocuteur. En catimini, et en présence des responsables des entreprises citées plus haut, le wali Abdessamie Saïdoune s’est rendu lui aussi personnellement ce lundi sur le site qu’il suit de près. Pas de journalistes là aussi.
L’ombre de Boussouf
plane sur Erretba
Sur place, notre source nous indiquera que le wali ne s’est pas emporté comme d’habitude quand il y a des retards de livraisons de projets. Il se contentera de hocher la tête en répétant aux entrepreneurs de redoubler d’efforts et de trouver des solutions. Lors de notre dernière visite sur site, nous avions constaté des engins bloqués par la gadoue et d’innombrables semelles de routes qui avaient sauté quelques jours seulement après avoir été construites. Maintenant, avec la belle saison, rien n’a changé et les travaux n’ont pas avancé d’un iota. D’ailleurs, le directeur local de l’AADL avait écarté, dimanche, la possibilité de livrer 1 500 logements pour ce mois de juillet. En revenant lundi, il a déclaré aux présents et au wali de pouvoir livrer seulement 1 300 logements, mais au mois de septembre, pour se rétracter par la suite et avouer au wali que « même pour le mois de décembre, je ne suis pas sûr que le premier lot puisse être prêt ». Le wali complètement abasourdi a quitté les lieux et a convoqué les responsables présents sur le site d’Erretba pour une réunion immédiatement (en début d’après-midi) avec le chef de daïra pour essayer de… trouver des solutions ! Notre ami architecte, lanceur d’alerte bien avant l’entame des travaux, Mourad B. reste très pessimiste : « Je pense que l’on se dirige tout droit vers le scénario des dizaines d’immeubles Cnep et la tour de seize étages érigés à la cité Boussouf au début des années 90. Là aussi nous avions averti et l’administration a fait la sourde oreille. Résultat des courses, les murs des immeubles se sont lézardés bien avant l’achèvement des finitions, et aujourd’hui les logements sont là, rongés par les herbes folles et personne n’a eu le courage de les détruire. Le site d’Erretba est pire que celui de Boussouf, et il nous faudrait un responsable pour déclarer « stop, on s’est trompé, arrêtez le massacre, et changeons de site ». Malheureusement, je crois que l’on va foncer droit dans le mur et reproduire la mésaventure de Boussouf ». n