Au niveau du CHU de Constantine, une certaine ruade dans les brancards, sans jeu de mots, est à craindre dans les jours qui viennent. «Ce n’est qu’aujourd’hui (hier mardi, ndlr) que le CHU recevra quelques doses de vaccin pour son personnel soignant», nous dira un médecin chef de service, qui préfère garder l’anonymat. «Je fais l’impasse sur le nombre de doses attendu depuis le lancement de la campagne de vaccinations (certaines sources parlent de 2 doses alors que d’autres en évoquent 20, ndlr). Avec un personnel soignant évalué à quelque 4 000 personnes, uniquement au niveau du CHU, je crains que la vaccination va poser plus de problèmes qu’elle n’en résoudra.»
Il faut savoir que la campagne de vaccination a été lancée le 2 février dans la wilaya de Constantine au niveau de la polyclinique de la cité des Mûriers. Le premier citoyen candidat au vaccin à Constantine, un homme de 60 ans, a «baptisé» cette campagne de vaccination qui a démarré cahin-caha et dans une opacité totale, mais pas qu’à Constantine.
Cette même journée, une quinzaine de citoyens «volontaires» à la vaccination ont eu leur première dose de Spoutnik V au niveau de cette polyclinique. On nous affirme que ces personnes répondaient aux critères d’éligibilité à la vaccination, des personnes âgées et des éléments des services de sécurité.

La quadrature du cercle
Un cardiologue privé ne décolère pas. «Les ‘’cabinards’’ sont le dindon de la farce. Nous avons été au front dès les premières semaines du début de la pandémie. Quelques-uns d’entre nous avaient baissé rideau par manque de matériels de protection, puis tout est rentré dans l’ordre. Nous avons été contaminés et on a enregistré des décès aussi, malheureusement. Maintenant, on apprend que nous ne sommes pas sur la liste des personnes à vacciner en priorité. Pourtant, les personnels de santé, toutes catégories confondues, la police et les pompiers, les personnes âgées et celles présentant des comorbidités devaient passer en premier, comme partout dans le monde. Mais on apprend que ce sont les ministres, les parlementaires, les hommes politiques, les personnels de l’armée et de la gendarmerie et les journalistes qui le sont. D’ailleurs, à Constantine, la campagne de vaccination a démarré avec un homme de 60 ans, c’est vous dire le sérieux dans les priorités.»
Mohamed Adil Daâs, le nouveau DSP de Constantine, reste lui serein et comprend les humeurs des uns et des autres. «Nous avons reçu un quota d’environ 1 300 doses de vaccin Spoutnik V. La quantité va être dispatchée selon les besoins exprimés par les services sanitaires de la wilaya, au prorata de ce que nous avons et de ce que nous recevrons dans les prochains jours. Nous escomptons vacciner en priorité le personnel sanitaire directement en contact avec la Covid-19. La quantité est suffisante pour répondre à la demande exprimée dans une toute première étape. D’autres quantités de vaccins seront reçues dans les prochains mois. Nous avons entamé la vaccination du public, suivant les recommandations des priorités communiquées par le ministère de la Santé au niveau de deux polycliniques. On étend notre action au fur et à mesure de la réception d’autres doses de vaccin». On saura aussi du côté de la DSP que la vaccination va être généralisée aux autres structures sanitaires du chef-lieu de wilaya et des douze communes, sans oublier les fameuses zones d’ombre. Des médecins de la direction de la santé nous affirment aussi que la procédure de vaccination commencera par l’inscription des citoyens désireux se faire vacciner et qui, après un rendez-vous confirmé par les structures de santé, aborderont un questionnaire et un examen clinique indispensable pour le suivi des vaccinés afin de contrer d’éventuels effets secondaires ou effets indésirables. Quand et comment s’inscrire ? C’est encore le flou total. La fameuse plateforme se fait toujours désirer. Et au niveau des polycliniques, où l’on peut, normalement s’inscrire, les candidats à la vaccination ne reçoivent pour le moment qu’une seule et même réponse laconique : «On commencera les inscriptions dès réception des doses de vaccin». Une quadrature du cercle qui se complique davantage, à mesure que les promesses d’arrivée «imminente» d’autres de doses de vaccins se multiplient, sans que l’on soit capable de séparer le vrai du faux.