Par Bouzid Chalabi
Face à la persistance de la rareté de l’huile de table sur les étals du commerce de détail, des organisations de protection des consommateurs s’étonnent que d’un côté on parle de surproduction alors que les citoyens ont du mal à s’approvisionner en ce produit. Ils dénoncent de la sorte un tel paradoxe dès lors où une nouvelle usine de production d’huile de table à Alger est entrée en activité depuis le mois d’août dernier fortifiant ainsi l’offre sur le marché national de l’huile de table.
C’est pour dire qu’aucun consommateur n’aurait parié un kopeck sur un retour de la crise sur l’huile de table. Mais c’est bien le cas ces dernières semaines. Une curieuse situation dans le sens où le ministère du Commerce n’a eu de cesse d’avancer ces derniers mois que la production nationale en la matière dépasse largement la demande nationale au point de dégager un excédent «dont le seul débouché réside dans son exportation vers des pays voisins», avaient souligné des producteurs à diverses occasions.
Ce faisant, les consommateurs sont en droit de savoir pourquoi ils ne trouvent plus d’huile de table chez leur épicier du coin. Pour l’Organisation de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (Apoce), il existe trois hypothèses plausibles sur les causes de cette crise de l’huile, qu’elle a d’ailleurs mentionnée hier sur sa page Facebook. On lit en effet que la première relève «de la contrebande en volumes très importants sur le produit créant ainsi un net recul de l’offre par rapport à la demande dans de nombreuses régions du pays. Vient ensuite le fait que les grossistes limitent leurs volumes d’achats auprès des usines de production à des fins de ne pas gonfler leur chiffres réalisés sur l’huile de table et par ricochet éviter une fiscalité
élevé. Troisième et dernière hypothèse «la culture du stockage excessif chez les ménages et une surconsommation». Ce faisant l’Apoce suggère «de meilleurs comportements de consommation chez les citoyens et les citoyennes, mettre un frein sur la contrebande quant aux détaillants et grossistes de tenir leur rôle dans le circuit de la distribution, c’est-à-dire ne plus faire dans le mercantilisme».
Du côté de la Fédération algérienne des consommateurs (FAC), approchée hier par Reporters, c’est pratiquement le même son de cloche à la seule différence qu’au sein de la FAC on déplore «les tensions récurrentes sur des denrées alimentaires de base auxquels il faudra mettre fin»; lâche notre locuteur, membre de cette fédération.
D’autres associations de défense de consommateurs que nous avons pu joindre ne cachent pas qu’ils doutent fort qu’il y ait vraiment une surproduction. Pour eux «les entreprises
de production travaillent en fonction de la perception des indemnisations qui leur sont destinées par l’Etat qui correspond à l’écart entre le prix réel de production et celui sortie d’usine. Lesquels perceptions accusent très souvent des retards qui impactent l’équilibre financier des usines».
Notons que des consommateurs interpellés par Reporters sur la rareté de l’huile de table se rejoignent à dire : «Alors que l’on était convaincus que la nouvelle ligne de production d’huile de table à Alger allait enfin mettre fin aux tensions sur la matière, c’est tout le contraire que l’on enregistre.
Est-ce à dire que les besoins réels de consommation ne sont pas encore connus ?» s’interrogent enfin nos locuteurs. La balle est donc du côté du ministère du Commerce et des services des statistiques.<