Depuis mercredi dernier, les soldes à Alger ont investi de nombreuses enseignes. Au centre commercial et de loisirs de Bab Ezzouar, l’afflux de clients, venus dénicher la bonne affaire, 

est permanent. Une aubaine pour les petits budgets et une belle vitrine pour les commerces malgré les désagréments que peut causer le grand nombre de clients.

Les centres commerciaux d’Alger tendent à ressembler à ceux des grandes capitales du monde. Courant du 18 janvier et jusqu’au 28 février prochain, les deux premiers jours des soldes d’hiver ont attiré une foule considérable vers les différentes boutiques qui se sont lancées dans l’aventure des ristournes bisannuelles. Dans l’est de l’Algérois, autour du centre commercial de Bab Ezzouar, les véhicules ont inondé toutes les allées, les embouteillages agacent les automobilistes qui peinent à trouver des places de parking pendant que les piétons se faufilent entre les voitures pour être les premiers à se lancer à la chasse aux bonnes affaires. « On est presque dépassés, c’est une période intense pour nous », indique le vendeur d’un magasin de vêtements de sport pris d’assaut par les clients pour s’informer des prix, des tailles et des pointures. « On sait qu’on peut trouver de bonnes affaires pendant les soldes, mais il faut venir tôt pour trouver la bonne pointure. Après la première semaine, on ne trouve pas les bons modèles avec la bonne pointure », explique Lotfi, venu avec ses amis à la recherche de chaussures de foot.

 

Une aubaine pour les petites bourses
Les magasins de sports sont ceux qui ont le plus de succès, mais les boutiques de prêt-à-porter féminin ne désemplissent pas non plus. « Il y a de grandes remises, j’ai dû sortir plus tôt du travail pour pouvoir profiter des soldes en espérant qu’il y ait peu de monde. Mais ce n’est pas vraiment le cas », sourit Lamia, une jeune cadre, qui a « réservé un budget spécial soldes » et dont le regard est captivé par les grandes affiches qui tapissent les vitrines des magasins. Pour Yakoub, jeune père de famille, « c’est l’occasion de sortir, prendre un pot et voir s’il y a de bonnes affaires pour acheter des vêtements d’hiver aux enfants », à travers les offres de 30 à 50% de réduction sur un grand nombre d’articles pour enfants.
Les marques pour bébés et enfants connaissent eux aussi un grand succès au point où, fait commun à beaucoup de magasins, une longue queue s’est formée devant chaque caisse. Cependant, ce ne sont pas tous les articles qui sont soldés, « c’est une période où on pratique des remises sur l’ancienne collection. Il n’y a pas de réduction sur la nouvelle collection », explique le responsable d’une boutique de grandes marques où les clients se font plus rares. Même constat au niveau de l’enseigne d’une marque française d’Urban Wear. « Nous avons fait des réductions récemment, il ne nous reste pas grand-chose comme marchandise. On aura plus de stocks à partir de la semaine prochaine », indique le vendeur, adossé au comptoir de la caisse, les bras croisés.

 

Attention au vol !
Les cabines d’essayage ne sont pas assez nombreuses pour éviter les files d’attente. « On donne une carte, à l’entrée de la cabine, avec le chiffre correspondant au nombre de vêtements que veut essayer le client.
Ensuite on reprend la carte et on remet en rayon les vêtements qu’il ne compte pas acheter », explique une vendeuse d’une marque de prêt-à-porter espagnol où les clients se massent par dizaines. Profitant de cette « fièvre acheteuse », des malfrats tentent régulièrement de passer entre les mailles du filet dressé auprès de chaque enseigne pour emporter des articles sans payer. « On doit garder un œil attentif sur tout ce monde et vérifier les sacs. C’est une période où les vols augmentent», raconte Hocine, un vendeur improvisé agent de sécurité posté au niveau des portiques du magasin d’une marque américaine de sport, où certaines chaussures de sport à plus de 10 000 DA sont soldées à hauteur de 40%.

 

Des réductions régies par la loi
Pour rappel, la période des soldes d’hiver est fixée et réglementée en vertu du décret exécutif n°06/215 du 18 juin 2006 fixant les conditions des soldes. Le décret stipule que « les ventes en solde ne peuvent porter que sur des biens acquis par l’agent économique depuis trois mois au minimum à compter de la date du début de ces ventes ».
Et énonce « les ventes en solde sont autorisées deux fois par année civile pour une durée continue de 6 semaines et doivent intervenir durant les saisons hivernale et estivale ». Par ailleurs, le commerçant est soumis à des conditions précises, dont l’obtention d’une autorisation de la direction du commerce sans laquelle le commerçant n’est pas autorisé à coller l’affiche «soldes » sur sa vitrine. Quant aux dates précises, celles-ci sont fixées au début de chaque année, par arrêté du wali sur proposition du directeur du commerce territorialement compétent après consultation des associations professionnelles et celles de la protection des consommateurs. Pour les soldes en cours, Dehar Layachi, le représentant de la direction du commerce de la wilaya d’Alger, a annoncé qu’une soixantaine d’autorisations avaient été accordées à plus de 155 locaux commerciaux au niveau d’Alger et 6 autres ont été attribuées à 9 locaux pour la vente promotionnelle. La période des soldes d’été débutera, pour sa part, le 21 juillet 2017 à 8 h et s’achèvera le 31 août 2017 à 20 h.

 

Une bonne initiative selon les économistes
Pour les économistes, « souvent, pour les produits chers, les commerçants offrent des quantités supplémentaires au lieu de rabais. Pour le même prix, on obtient par exemple deux articles au lieu d’un ». Les produits chers ont souvent des clients fidèles. Les commerçants ne veulent pas les irriter.
Pour eux, proposer la bonne action relève donc souvent de l’équilibrisme. En effet, « les commerçants ont des objectifs très divers avec les actions », note un professeur de commerce. Pour certaines actions, c’est la vente de quantités et le gain en parts de marché qui sont prioritaires. D’autres veulent se débarrasser d’une réputation de prix élevés. Mohamed Boudjeltia, économiste, parle lui d’une occasion pour écouler le stock des collections précédentes. « C’est une bonne initiative, et c’est encore mieux que ce soit réglementé.
Ça permet aux personnes ayant un petit budget de pouvoir faire des achats à moindre coût. D’autre part, ça permet aux commerçants de pouvoir écouler leurs stocks et créer une dynamique autour des commerces de prêt-à-porter», indique-t-il.