Du jeudi 30 mars à hier 2 avril, premier jour du mois de Ramadan 2022, les marchés de proximité du Grand-Alger ont été littéralement pris d’assaut.

Par Bouzid Chalabi
Comme il fallait s’y attendre, une frénésie à l’achat s’est emparée à nouveau des consommateurs en cette circonstance. Pis encore, cette excitation à s’approvisionner à outrance s’est accentuée hier samedi. En témoignent, de nombreux vendeurs de légumes et fruits frais et secs n’avaient plus grand-chose à écouler dès la mi-journée. Quant à la surenchère sur certains produits maraîchers et la volaille, elle était également au rendez-vous.
A «Sorécal», Boumati et Bachdjarah, marchés de proximité de référence du Grand-Alger et, où Reporters a fait un tour durant ces trois derniers jours, les détaillants n’ont nullement chômé, bien au contraire. En effet, selon Hamid, vendeur de légumes frais installé à Sorecal, et approché hier par nos soins, «vendredi à midi, il ne me restait pratiquement plus de marchandises. Ce matin (hier samedi), j’ai décidé de me ravitailler auprès des marchés de gros en grande quantité, compte tenu de la conjoncture, mais en déboursant un peu plus. Les prix affichés au niveau du marché de gros ont connu une légère hausse de certains produits végétaux, tandis que dans d’autres, c’est la flambée.» Dans ce sillage, notre interlocuteur dira : «La pomme de terre a grimpé de 15 DA, passant ainsi de 85 DA le kilo, mercredi dernier, à 105 DA samedi matin. Même tendance pour la courgette passant de 100 DA à 150 DA/kg. C’est aussi le cas pour le piment et le poivron, en l’espace de deux jours, il a grimpé de 120 DA à 150 DA/kg. Seul prix stable, celui de la tomate et de la carotte, respectivement à 75 DA et 30 DA/kg. Mais, c’est le haricot qui défraie la chronique, proposé en gros à 250 DA/kg. Cela peut se comprendre en partie car c’est un primeur», nous a-t-il affirmé.
Même son de cloche du côté des vendeurs de produits maraîchers de Boumati et de Bachdjarah que Reporters a pu interpeller sur la mercuriale en cette période précise. Ils reconnaîtront à l’unanimité : «Nous avons vendu durant ces trois jours, en termes de poids, trois fois de ce que nous vendons pendant un mois d’activité.» C’est la preuve que les citoyens, en général, sont portés vers l’achat en quantité.»
Un autre vendeur de légumes au sein du marché de proximité de Bachdjarah a été tout à fait surpris de voir tant de monde, ce vendredi matin, sous une pluie battante pendant toute la matinée. Ajoutons à ce propos, qu’hier, il fallait jouer du coude-à-coude pour se frayer un passage dans les allées des marchés.

Surenchère sur la volaille et prix stable sur la viande rouge
Pour revenir au registre des prix pratiqués, ceux de la volaille ont connu une sensible hausse. En effet, le poulet vidé est passé en trois jours de 380 DA à 430 DA/kg, les cuisses à 480 DA/kg. Mais chose tout à fait effarante, observée lors de notre passage, d’un vendeur à un autre, les abats de poulet (foie et cœur) les prix fluctuent de 800 Da/kg à 900 DA/kg. C’est pour dire que certains vendeurs de volaille sont sans scrupules. A propos de la viande rouge, et contrairement à la viande blanche, son prix est resté stable. Ce qui explique que les bouchers des marchés cités ci-dessus ont été grandement sollicités au point où dans de nombreuses boucheries il y avait foule.
Autre constat observé lors de notre passage, la forte demande sur les fruits secs. En effet, et en dépit de leurs prix très élevés, cette année, pruneaux et raisins secs ont été vendus en grandes quantités. C’est du moins ce que nous a témoigné Ahmed, un vendeur ambulant d’une quarantaine d’années, à proximité du marché de Bachdjarrah. Ce dernier, qui ne vend que des fruits secs depuis des années, nous a avoué : «Je m’attendais à ce que les ventes allaient baisser en ce mois de Ramadan du fait que la taxe d’importation sur les fruits secs a été revue considérablement à la hausse. Mais, heureusement, ça n’a pas été le cas.» Nous précisant dans ce sillage : «En trois jours, j’ai vendu près de trois quintaux, entre pruneaux conditionnés et en vrac ainsi que plus d’un quintal de raisins secs.». Et ce dernier de commenter : «Comme quoi nos concitoyens, malgré leur cherté, ne sont pas près de se priver de ces fruits qu’ils apprécient beaucoup pendant le mois de jeûne.»
Finalement, au gré des Ramadan qui passent, c’est toujours le même scénario du surplus d’achat chez la population à la veille et durant les premiers jours de ce mois et de la surenchère sur les étals. Vendredi, dans ses vœux aux Algériens à l’occasion du ramadan, le chef de l’Etat s’était adressé aux commerçants, les appelant à «être cléments envers les concitoyens et concitoyennes» et à ne pas céder à l’argent facile au détriment du citoyen.