Les préparatifs nécessaires à l’avènement du mois de Ramadhan prochain ont été soulevés lors du dernier Conseil des ministres. Dans ce cadre, des mesures ont été prises, précise le communiqué de la Présidence sanctionnant la réunion du Conseil des ministres.

Par Bouzid Chalabi
Parmi ces mesures, celle de lever la suspension des importations de viande rouge congelée sur instruction du président de la République Abdelmadjid Tebboune. Il a été, en effet, décidé d’octroyer à titre exceptionnel des licences d’importation de viandes congelées. «Mais cette licence ne sera délivrée qu’aux importateurs actifs dans chaque wilaya», est-il précisé dans ledit communiqué.
Toujours à propos de cette mesure, on lit qu’elle vise à annihiler la fraude et le stockage illégal de la viande. Dans cette perspective, et pour rendre concrète cette mesure, «le chef de l’Etat a insisté sur la nécessité d’intensifier les patrouilles d’inspection conjointes entre les services de sécurité et ceux relevant du ministère du Commerce», rapporte le communiqué. A ce propos , le Président de la République a tenu à rappeler à l’occasion la nécessité que les détaillants distinguent sur leurs étals la viande locale de celle importée afin qu’il n’y ait pas tromperie sur le produit carné. Toujours au sujet du contrôle sur le terrain, son rôle est de faire barrière à la flambée des prix des produits de large consommation générée notamment, par la spéculation pratiquée par un bon nombres d’intermédiaires sans scrupule dans le circuit de la commercialisation et dont les agissements ont fini par impacter le pouvoir d’achat des citoyens.
Ceci dit, il y a lieu de rappeler que le marché de la consommation connaît, depuis janvier dernier, une envolée des prix notamment sur les denrées alimentaires de large consommation, à l’exemple des pâtes, semoule, farine, huile de table, volaille et, à un degré moindre, la pomme de terre. Une tendance à la hausse des prix sur les étals que les citoyens redoutent si elle venait à se maintenir jusqu’au mois de Ramadhan. Cela voudra dire pour eux que la flambée habituelle à chaque veille de ce mois a été précoce cette fois et, par voie de conséquence, leur budget de consommation consacré au mois de Ramadhan sera grignoté bien à l’avance à leur grand détriment. Il faut espérer que d’ici là, ni la mercuriale ni le commerce des produits manufacturés ne connaissent une poussée inflationniste, ce qui mettrait à rude épreuve la population à bas revenus.
Les importations de viande rouge risquent de tarder
La décision de rétablir les importations de viande rouge, exceptionnellement, à l’occasion du mois de Ramadhan n’en est pas moins une sage décision dans le cas où l’offre locale en la matière n’arriverait pas à répondre à la forte demande durant ce mois. Mais du côté de quelques importateurs, qui étaient encore en activité avant que le gouvernement ne décide de suspendre les importations de viande rouge congelée en janvier dernier, on reste sceptique quant à la possibilité d’être opérationnel sur le marché local dans les délais, c’est-à-dire à la veille du mois béni. Certains d’entre eux expliquent dans ce sens à Reporters : «Sur le strict plan de la procédure de contrat d’achat à conclure et de la durée nécessaire pour réceptionner la marchandise, il est quasi impossible d’être dans les délais. Dans le meilleur des cas, la viande rouge importée ne sera livrée au détaillant qu’à partir de la deuxième quinzaine Ramadhan».
En somme, selon des sources concordantes, «on peut s’attendre à ce que le marché de la viande rouge connaisse au début du mois de Ramadhan un sensible déséquilibre entre l’offre et la demande et, par conséquent, la surenchère pourrait entrer en scène». Un cas de figure que rejette un ancien importateur de viande rouge car s’étant reconverti dans l’importation de taurillons d’engraissement, ce n’est pas le seul, depuis l’annonce par le gouvernement de suspendre les importations de viande rouge congelée. Ce dernier, que Reporters a pu approcher, explique que le ministère de l’Agriculture, après la décision de suspension, a donné à l’époque la priorité à l’importation de vaches sur pied destinées uniquement à l’abattage et de taurillons pour leur engraissement et d’alimenter le marché de la viande rouge.

«Le marché local est assez approvisionné»
Dans une déclaration récente à l’APS, le président du Conseil national interprofessionnel des viandes rouges (CNIVR), Miloud Bouadis, a estimé que «le marché est suffisamment approvisionné par une production locale conséquente». Il a donc écarté tout risque de rupture de stocks en prévision du mois de Ramadhan, période de forte demande sur les viandes rouges. Arguant dans ce sens : «De nombreux engraisseurs se sont déjà mis à l’importation de veaux à l’engraissement destinés à l’abattage en prévision du mois de jeûne, connu habituellement pour une hausse considérable de la demande en viande bovine», a-t-il fait savoir. Sur la décision de suspendre les importations, il l’a qualifié de «salutaire» pour les professionnels de la filière car étant parmi les principales revendications du CNIVR.