A la pénurie de la baguette de pain ordinaire qui persiste est venue se greffer celle du lait pasteurisé en sachet (LPS) subventionné.

Par Bouzid Chalabi
Une coïncidence de tension sur deux produits alimentaires de base et, de surcroît, de très large consommation et dont ne sauraient se passer les populations aux revenus modestes. C’est en somme une très difficile situation à laquelle font face les consommateurs. En effet, la baguette de pain ordinaire cédée à 10 DA se fait de plus en rare dans les boulangeries et le consommateur n’a donc d’autres alternatives que de se rabattre sur celle à 15 DA.
«A base de semoule» se justifient les artisans boulangers tout en donnant des explications à leur clientèle sur l’absence de pain ordinaire. Sur ce dernier point, ils ont des arguments en béton. Ils soutiennent que la marge bénéficiaire qu’il tire de la vente d’une baguette de pain ordinaire est dérisoire depuis que la farine est devenue plus chère. «Avant, on l’achetait à 2 600 DA le quintal incluant les frais de livraison, aujourd’hui, la livraison est à notre charge. Sans parler que nos besoins réels en quantité de farine ne sont jamais satisfaits depuis le mois d’août dernier et sans connaître jusqu’ici la véritable raison de cette mesure.» Et pourtant, du côté de l’OAIC et du ministère du Commerce, on dit que les minoteries sont bien approvisionnées en blé tendre et les chaînes de production tournent à plein régime. «C’est à ne rien comprendre», explique Omar Ameur, président de l’Association des artisans boulangers, approché hier par Reporters. Et ce dernier de révéler : «Bien avant la surenchère actuelle de la farine, notre marge bénéficiaire était minime. Aujourd’hui, avec la nouvelle tarification, nous devons nous limiter à n’utiliser que de la semoule, mais pour ne pas pénaliser notre clientèle, nous continuons à mettre dans nos pétrins de la farine, mais en très faible quantité.»
Concernant le lait pasteurisé en sachet (LSP), là encore, on retombe sur le même argument, car les patrons de laiterie ou transformateurs et distributeurs vers les points de vente au détail sont logés à la même enseigne. En effet, chez les premiers, «la marge de bénéfice est en baisse constante, ce qui les pousse à baisser rideaux. Et le cas échéant cela conduirait à un déclin sensible de l’offre dans le circuit de la commercialisation». Aux dernières nouvelles, sept laiteries se sont mises en cessation d’activité. C’est pour dire que la tension sur le LPS risque de s’installer dans la durée. Et ce n’est pas avec la production des unités publiques, dont l’offre globale ne dépasse pas 30% de la demande, que la tension peut être gérée à bon escient. Du côté des livreurs, c’est le même topo. C’est d’ailleurs ce que confirme Amine Bellour, président de l’Association des distributeurs de LPS. Ce dernier, contacté hier par Reporters, lâche tout de go : «La très faible marge bénéficiaire que nous tirons de notre activité de -0,25 DA par sachet livré, n’arrive même pas à combler nos frais, sans parler des conditions de travail très pénibles. Citant en exemple les longues files d’attente auprès des laiteries publiques pour s’approvisionner et les détaillants qui très souvent ne jouent pas le jeu. Il révèle avec amertume : «Rares sont ceux d’entre nous qui résistent. Cela fait plus de trois ans que nous demandons que notre marge bénéficiaire soit quelque peu revue à la hausse. Une doléance qui est tombée dans l’oreille d’un sourd.»
En somme, boulangers, producteurs et livreurs de LPS revendiquent une hausse de leur marge de bénéfice, sinon la tension risque de durer au grand détriment des consommateurs qui ne savent plus à quel saint se vouer. Le ministère du Commerce, après de multiples promesses, va-t-il enfin intervenir ? Cela relève de la volonté des pouvoirs publics. Nous serons fixés dans les prochains jours. <