Autoriser les vendeurs ambulants à céder leurs produits au cours du mois de Ramadhan pour casser la spéculation, si elle se justifie pour des raisons sociales, aurait pour revers la systématisation des ventes sans factures, la prolifération de l’informel et le risque de commercialisation de produits non conformes ou contrefaits.

Par Khaled Remouche
Le chef de l’Etat a adopté un ton menaçant dans sa réponse, dimanche, à la question de la lutte contre la spéculation lors du rituel questions-réponses du Président de la République organisé périodiquement par la présidence et à bon escient dans un souci de communication et de transparence mais qui pose de sérieuses questions face aux réalités du terrain.
En effet, le chef de l’Etat a saisi cette opportunité pour mettre en garde les spéculateurs contre les pratiques commerciales frauduleuses particulièrement pendant le mois de Ramadhan. Le Président de la République a d’abord évoqué les perturbations que connaissent certains produits alimentaires de base, tels l’huile de table. Il a considéré que ces pratiques visaient à torpiller la stabilité du pays. Après que les auteurs de ces manœuvres aient été avertis, le chef de l’Etat a menacé précisément les spéculateurs de graves sanctions s’ils persistent dans ces manœuvres illicites qui affectent le pouvoir d’achat de la majorité des ménages. «Nous avons averti les auteurs de ces tentatives que l’Etat algérien ne cédera à aucune pression. Personne ne pourra porter atteinte à la stabilité du pays. Ces parties doivent cesser ces basses manœuvres. Sinon, elles paieront cher. Nul n’est au-dessus de la loi».
Ce n’est pas la première fois, il faut le souligner, qu’un chef de l’Etat menace ainsi les spéculateurs. A chaque fois, ce discours n’arrive pas à dissuader les spéculateurs ni à se matérialiser sur le terrain par la fin ou la réduction de telles pratiques frauduleuses. Le discours du chef de l’Etat est donc soumis une nouvelle fois à l’épreuve du terrain. Espérons qu’il en soit autrement. Mais au demeurant, des conditions techniques ne semblent pas réunies sur la voie de concrétisation de ces intentions.
Il faut rappeler que les gouvernements qui se sont succédé ne sont pas parvenus à organiser les marchés de gros de fruits et légumes et de viandes en éliminant notamment du circuit de distribution les multiples intermédiaires qui sont à la source de pratiques spéculatives, à assurer une traçabilité systématique des transactions commerciales. La situation n’a pas changé à ce jour.
En ce sens, le ministre du Commerce, dans son exposé en Conseil des ministres sur la disponibilité des produits pendant le Ramadhan, a proposé l’autorisation à titre exceptionnel des vendeurs ambulants pour casser, selon lui, la spéculation. Mais cela ne traduit-il pas un feu vert donné à l’informel, qui continuera en toute quiétude à effectuer des transactions commerciales sans factures ? Peut-il en être autrement ? Faute de mesures incitatives ces dernières années pour légaliser ce secteur, il a pris une telle ampleur qu’il est aujourd’hui très difficile d’interdire l’exercice de ses activités pour des raisons sociales. Ce feu vert contraint, au nom de la lutte contre la spéculation, a son revers, une concurrence déloyale par rapport aux commerçants honnêtes qui activent légalement, une évasion fiscale et la voie royale à la commercialisation de produits non conformes ou en deçà des normes Question prix, l’offre des vendeurs ambulants arrangent les ménages, mais ne garantit nullement la qualité des produits.