«Pas un seul mètre cube de gaz ne pourra être exporté en 2025», affirme le cluster «énergie solaire» qui tire la sonnette d’alarme sur les conséquences de la disproportion accélérée entre la consommation exponentielle de l’électricité par les Algériens et la production en baisse continue du gaz naturel, ressource fossile par laquelle on fait tourner les centrales électriques. Que faire ? Accélérer en urgence le programme de transition énergétique, préconisent les experts.

Par Khaled Remouche
Notre pays est confronté à une consommation électrique qui, tous les dix ans, l’oblige à doubler sa capacité de production. Preuve en est : un taux de croissance de la consommation annuelle de l’ordre de 7%. Un rythme insoutenable si l’on considère que la production de gaz naturel connaît, elle, une baisse continue depuis 2007/2008… Dans un document distribué à l’occasion de la Journée sur le contenu local des énergies renouvelables, organisées le 7 avril à Bou Ismaïl, le cluster énergie solaire alerte et les pouvoirs publics et l’opinion publique sur l’extrême urgence d’accélérer le programme des économies d’énergie et celui du développement des énergies renouvelables. «Notre pays est confronté à une consommation énergétique qui, tous les 10 ans, doit doubler sa capacité de production électrique. En 2021, la capacité installée est de 22 000 MW et devrait atteindre 28 000 à 30 000 MW en 2030 et probablement 35 000 à 37 000 MW en 2035. Cette tendance est portée par un taux de croissance de la consommation de 7% par an. C’est un rythme insoutenable. A cette allure et sans une politique de rationalisation de l’énergie et de substitution du gaz naturel par les énergies renouvelables, l’Algérie ne pourra exporter un seul mètre cube de gaz en 2025. Tous les mètres cubes seront destinés à couvrir les besoins de la demande locale qui, en 2020, est 41,5 milliards de mètres cubes de gaz naturel, soit 45% de la production nationale actuelle. Les besoins en gaz naturel pour produire 78 Twh en 2020 sont de 19 milliards de mètres cubes», lit-on dans ce texte.
Malgré cet état de fait, ce cluster estime qu’il est possible, encore, d’inverser cette tendance : «Le pays a encore la possibilité d’infléchir la trajectoire de sa consommation énergétique électrique (qui revient à 98% du gaz naturel brûlé) en promouvant les économies d’énergie et en produisant de l’énergie électrique à partir de sources renouvelables (notamment solaire et éolienne)».
Raison pour laquelle il fait un plaidoyer justifié pour les économies d’énergie et les énergies renouvelables comme composants essentiels de la transition énergétique en Algérie. «L’efficacité énergétique et les énergies renouvelables sont le soubassement de la transition énergétique que le pays doit enclencher dès aujourd’hui. Cela peut se faire de manière graduelle, échelonnée dans le temps, tout en mettant en place une industrie et des services dédiés aux énergies renouvelables, en général, et au solaire photovoltaïque en particulier. Cela se fera en privilégiant les services et produits locaux tout en favorisant l’écosystème pour attirer et retenir les investisseurs dans ce domaine, capables de générer des milliers d’emplois pour nos jeunes et ainsi que les plus expérimentés d’entre eux en Algérie ou ailleurs afin de contribuer au développement de ce secteur stratégique». Le cluster en ce sens relève que le recours aux produits et services locaux reste privilégié par les pays développés suivis par les pays émergents. Ces politiques permettent de faire injecter des milliers de milliards de dollars. Le cluster rappelle que le ministre de la Transition énergétique et des Energies renouvelables, le Professeur Chemseddine Chitour, avait annoncé que le pays va lancer un programme dédié aux énergies renouvelables à travers la mise en place de 1 000 MW de capacité en ENR à installer dès 2021. Sur le long terme, il s’agit d’installer 15 000 MW à un rythme de l’ordre de 1 000 MW par an. Pour réaliser ce programme, il faut disposer de ressources humaines qualifiées. L’Algérie aura besoin pour la durée de ce programme, soit 25 ans, lit-on dans le document, de 926 ingénieurs, 926 experts en hygiène sécurité environnement, 3 131 ouvriers pour les chantiers de réalisation, 356 opérateurs pour la partie d’exploitation des centrales photovoltaïques, soit 25 ans. Ces profils de personnel qualifié ne sont pas totalement disponibles en Algérie. Il convient de ce fait de les préparer et former pour prendre en charge ce programme.

Ambitieux chantier et créer 100 000 emplois en 15 ans
Cet ambitieux chantier permettra de créer 100 000 emplois directs principalement pour les jeunes, notamment diplômés dans ce domaine, qui sortent des universités et qui n’arrivent pas, pour la plupart, à trouver un emploi en raison du manque du plan de charge enregistré actuellement chez les industriels de la filière, signale le document. Le cluster rappelle que la nécessité de l’intégration du contenu local a fait partie des préoccupations des donneurs d’ordre ces dernières années. Sonelgaz, à travers l’appel d’offres lancé par sa filiale STKM (50 MW) et la Creg, à travers celui de 150 MW, avait exigé, en 2018, des soumissionnaires pour décrocher le marché et d’intégrer le maximum possible de biens et services produits localement. Le cluster rappelle également que la mise en oeuvre du programme de développement d’une capacité de 12 000 MW pour le marché local, adopté en 2011, par le Conseil des ministres, était conditionnée par la mise en place d’une industrie locale de produits et services dédiés à ce programme. Les industriels, ajoute le cluster, ont répondu en investissant dans ce créneau. En 2017, les capacités d’encapulsation de panneaux solaires d’un plus de 100 MW ont commencé à être mises en place, avec des capacités actuelles de l’ordre de 290 MW. A partir de fin 2021, ces capacités seront portées à 530 MW grâce à la mise en service de deux nouvelles unités. Et des capacités de fabrication de structures porteuses pour ces panneaux ont été mises en place pour satisfaire toute la demande locale et pouvoir même exporter ces produits en raison de leur qualité, ajoute le document. Le texte note que 50 à 60 millions de dollars ont été investis et 400 à 500 emplois ont été créés. Les acteurs de la filière déplorent, cependant, le manque de projets actuellement en dépit d’un programme gouvernemental qui prévoit une capacité de production d’électricité à partir de sources renouvelables de 4 000 MW d’ici 2024 et 15 000 MW à l’horizon 2035. C’est donc tout naturellement que le cluster énergie a appelé, au cours de cette journée, à l’implication des acteurs de la filière et, partant, à l’intégration du produit et service local dans la perspective du lancement de l’appel d’offres, relatif à la réalisation d’une capacité de production de 1 000 MW à partir de nouvelles centrales photovoltaïques, prévu probablement en juin prochain.