L’Algérie poursuivra-t-elle encore pour longtemps sa politique de subvention du prix de l’électricité ? En attendant qu’une réponse soit apportée à cette interrogation, il y a lieu de rappeler que le prix du kilowattheure est de 4 DA alors que son coût de production est de près 12 DA.

Toutefois, la tarification du prix de l’électricité est faite en trois paliers. La facturation est établie selon l’importance de la consommation. Dans le détail, on paie 1,77 DA pour la première tranche de consommation électrique 0-250 KWh, la tranche 2 est relative aux consommations comprises entre 125 et 250 KWh/trimestre avec un tarif de 4,179 dinars. Quant aux tranches 3 et 4, elles concernent la consommation comprise respectivement entre 250 à 1 000 KWh/trimestre et plus de 1 000 KWh/trimestre. Pour celles-ci, les prix sont de 4,812 et 5,48 dinars.
Un projet est en train de faire son chemin pour imposer une autre grille de prix pour les gros consommateurs. « La réflexion sur les prix doit être axée sur la 4e tranche, c’est-à-dire les gros consommateurs », a indiqué, dans ce sens le ministre de l’Energie Mustapha Guitouni, suffisamment informé du sujet pour avoir occupé le poste du P-DG de Sonelgaz avant d’intégrer l’Exécutif.
Mais en attendant, la Sonelgaz enregistre un déficit financier avoisinant depuis des années 51 milliards (MDS) de DA en 2016, avec une aggravation appréhendée pour l’année 2017 dont le bilan définitif n’a pas encore été établi.
Cette situation ne constitue pas pour autant une surprise pour les autorités qui estiment que les pertes de la Sonelgaz relèvent de l’« évidence, du moment qu’on produit à un coût de 11,43 DA le KWH et on vend à 4 DA, c’est-à-dire que l’Etat prend en charge les 8 DA/KWH ».
Avant Mustapha Guitouni, l’ex-ministre et ex-PDG de la Sonelgaz, Noureddine Bouterfa, avait toujours plaidé pour l’augmentation du prix de l’électricité et du gaz, en se montrant surtout fervent du développement des énergies d’avenir, notamment le solaire.
D’ailleurs, durant le passage de M. Bouterfa à la tête du secteur, plusieurs appels d’offres ont été lancés pour la réalisation de plusieurs centrales électriques d’origine photovoltaïque. Cette stratégie a été tracée pour diversifier le paysage énergétique du pays et mettre en place une stratégie pour effectuer la transition énergétique de l’Algérie à l’horizon 2030, avec notamment l’adoption d’un programme national de l’efficacité énergétique, dont la réduction de 9% de la consommation globale d’énergie à cette échéance. Mais entretemps, la consommation de l’énergie explose. Pour satisfaire la demande locale en matière d’énergie électrique, l’Algérie doit produire chaque année 2 000 Mégawatts, soit un investissement annuel estimé entre 3 et 4 milliards de dollars. « En 2018, il faut mettre en place 2 000 MW d’électricité en plus. Cela nous coûte un investissement global entre 3 et 4 milliards de dollars », a souligné le ministre de l’Energie, précisant que ce plus permettra d’atteindre une production globale avoisinant les 18 000 MW à la fin 2018.
Selon M. Guitouni, l’Algérie a investi, de 2010 à 2017, 150 milliards de dollars dans les centrales électriques. « Cette enveloppe financière a permis la création de nouvelles centrales qui portent aujourd’hui la capacité de production nationale à 18 000 mégawatts contre 3 900 MW seulement en 2000 », déclare Mustapha Guitouni.
En 2016, l’Algérie avait produit 14 MW, en 2017 la production était d’environ 16 000 MW. Ce qui a permis d’équilibrer entre l’offre et la demande. A titre de comparaison, un pays comme la Mauritanie produit 400 MW, le voisin de l’Ouest, le Maroc, produit autour de 6 000 MW alors que la production de la Tunisie est de 4 000 MW.
La question du prix de l’électricité revient régulièrement sur les lèvres ces dernières années. Cette problématique est liée à plusieurs aspects, notamment le volume de la consommation nationale qui va crescendo, l’investissement grandissant dans le secteur, l’aspect inhérent à la politique de subvention du prix de l’électricité et la conséquence sur la situation financière de la Sonelgaz qui détient le monopole dans la production et la vente de cette énergie en Algérie. Outre ces paramètres, il y a la problématique du pouvoir d’achat des citoyens qui constitue un élément essentiel pour les pouvoir publics dans leur engagement à préserver la stabilité sociale des Algériens. En somme, c’est l’équation à plusieurs inconnues à laquelle le gouvernement devrait apporter des réponses. Cette réponse sera-t-elle purement économique ou purement sociale ? Ou les deux à la fois ?