Des experts du secteur énergétique, réunis hier à Blida, ont tiré la sonnette d’alarme sur les niveaux actuels de consommation énergétique nationale. A l’heure où la production stagne après avoir été de tendance descendante depuis près d’une décennie, la consommation nationale de produits énergétiques, elle, évolue à vive allure, relançant ainsi de plus belle l’angoissante question de sécurité énergétique à moyen et long terme.

Lors d’une journée d’étude sur «l’économie de l’énergie », ces mêmes experts, statistiques à l’appui, ont clairement mis en garde contre l’impact de cette situation sur l’économie nationale à l’avenir. « Le volume de la consommation énergétique en Algérie est passé de 17 millions de tonnes en 2005 à 58 millions de tonnes en 2017 », a indiqué Kamel Ait Cherif, en marge de ladite journée d’étude, abritée par l’Ecole nationale supérieure de l’hydraulique (ENSH). L’expert n’écarte pas d’autres records en termes de consommation des produits énergétiques, qui seraient à tous points de vue un danger pour le pays. C’est pourquoi, conscient qu’il risque d’y avoir péril en la demeure à moyen terme, le gouvernement fait depuis quelques mois déjà de la baisse de la consommation de l’énergie une priorité. Tout comme de la hausse de la production primaire d’hydrocarbures une urgence absolue. La consommation de gaz naturel représente un taux de 37 % de ce volume d’énergie consommée, au moment où la consommation d’électricité est de 28%, et celle du pétrole estimée à 25%, selon les chiffres fournis par Kamel Aït Cherif, qui a signalé le classement de l’Algérie parmi les premiers pays consommateurs d’énergie au monde. Kamel Aït Cherif a également mis en garde contre les effets de cette situation sur l’économie nationale, partant du principe que « le volume d’énergie produit sera le même que celui consommé à l’avenir ». Dit autrement, il y a un risque sérieux que le pays ne puisse plus dégager des volumes de gaz et de pétrole à l’exportation au rythme où va la consommation interne. Dans une récente étude publiée par Abdelmadjid Attar, ancien ministre et ex-P-DG de Sonatrach, pour le compte du Forum des chefs d’entreprise (FCE) met les feux de la rampe sur des niveaux de consommation qui évoluent crescendo. Selon lui, le taux de croissance de la consommation énergétique entre 2014 et 2015 a fortement grimpé. En un laps de temps d’une année, la consommation totale de l’énergie a connu un bon de +7,8%, tandis que comparée à l’année 2000, la hausse est de +40%. La consommation des produits pétroliers a grimpé de +6,6% entre 2014 et 2015 (+65%  par rapport à 2000), le gaz Naturel de +9,3% (+305% /2000) et l’électricité de +9,6% (+134% /2000). Sur quinze ans, la consommation a plus que doublé pour l’électricité, a triplé pour le gaz et a presque doublé pour les produits pétroliers. C’est pourquoi, les experts réunis hier à Blida dans le cadre dudit séminaire ont préconisé une «orientation » sans délai « vers l’exploitation des énergies renouvelables » comme la « meilleure solution possible pour ce problème », d’autant plus, explique Kamel Ait Cherif, que « leur coût a baissé ces dernières années ». « L’exploitation des énergies renouvelables en Algérie demeure minime (seulement 2%) », a indiqué, à ce propos, Sadek Oukoud, chercheur à l’Unité de développement des équipements solaires (UDES) de Bou Ismail (Tipasa), plaidant pour l’impérative exploitation de techniques modernes pour économiser la consommation énergétique et les frais inhérents. L’urgence d’un modèle énergétique n’a jamais semblé aussi pressante. Les prévisions de consommation des produits énergétiques sont tous aussi angoissants que la hausse des niveaux depuis 2000. En effet, pour le gaz naturel, le ministère de l’Energie table sur une consommation de 42 à 55 milliards de M3 en 2019, tandis que le groupe Sonelgaz prévoit une consommation de 47 milliards M3 en 2023 et 75 milliards de M3 en 2030. Pour les carburants, la consommation qui est passée de 5,7 millions de TPE en 2000 à 16 millions de TEP en 2015 devrait grimper à 30 millions de TEP en 2030. Pour la capacité de production électrique, celle-ci est passée de  5 900 MW en 2000 à 17 000 MW en 2015 et passerait à  60 000 MW en 2030. C’est dire tout l’enjeu de l’efficacité énergétique pour aider à stabiliser la consommation à des niveaux soutenables.