Lundi, à Alger, lors d’une visite qui l’a conduit au niveau de certaines installations relevant de son secteur, le ministre de l’Energie Abdelmadjid Attar a indiqué que la priorité en termes de consommation d’énergie sera donnée désormais aux secteurs générateurs de richesse et d’emplois, tels l’agriculture, l’industrie et les services. Le ministre a précisé à la même occasion que « 75% de l’énergie produite par Sonelgaz (électricité et gaz) est destinée aux ménages, ce qui ne permet pas de créer de la richesse au profit de l’économie nationale ». C’est pourquoi, a-t-il ajouté, « la nouvelle stratégie du secteur de l’énergie prévue dans le programme du Président de la République, tentera d’orienter, à court terme, la consommation d’énergie, particulièrement l’électricité et le gaz naturel, vers les domaines générateurs de richesse et d’emplois, tels l’agriculture, l’industrie et les services », ajoutant que « cela se fera sans toucher aux besoins des citoyens en électricité et en gaz, et dont la prise en charge demeure notre priorité ». De prime abord, il s’agit d’une bonne option que de donner la part belle aux secteurs créateurs de richesses et d’emplois, mais le ministre n’explicite pas le mode opératoire quant à cette réorientation de la consommation d’énergie.
Le ministre ne dit surtout pas si l’Etat allait augmenter la production afin de rehausser la part de l’énergie injectée dans l’économie ou bien s’il comptait revoir à la baisse les niveaux de consommation destinée aux ménages. Quoi qu’il en soit, si on s’en tient aux déclarations du ministre de l’Energie, il en ressort que la consommation des produits énergétiques a beaucoup évolué en un laps de temps de moins de cinq années. Il y a quelques mois, dans une étude sur le secteur de l’énergie, présentée lors d’une des conférences du FCE, Abdelmadjid Attar a estimé la part des ménages dans la consommation globale de l’énergie à 42,7% en 2015, 36,5% pour le secteur des transports et 20,8% pour l’industrie et le BTP. Le taux représente une part de 79% de la consommation globale d’énergie.
Les ménages ne représentaient en 2015 que 42,7% de la consommation, visiblement très loin des statistiques communiquées, lundi, par le ministre de l’Energie, situant la part des ménages à 75%. Abdelmadjid Attar avait indiqué également que le taux de consommation énergétique avait augmenté de 40% en 2015-2014 comparativement à 2000, à raison de 65% pour les produits pétroliers, 305% pour le gaz naturel et 134% pour l’électricité. Les prévisions officielles en matière de consommation de gaz naturel tablent sur un volume de 47 milliards de m3 en 2023 et 75 milliards m3 en 2030. La consommation domestique des carburants devrait s’établir, elle, à 30 millions de tonnes en 2030. Une lecture des chiffres fait ressortir une augmentation fulgurante de la consommation du gaz naturel, dont la courbe pourrait rencontrer celle de l’exportation en 2030. Au rythme où vont les choses, le niveau de consommation interne du gaz naturel devrait absorber complètement les volumes destinés à l’exportation en 2030, d’où l’alerte donnée, lundi, par le ministre de l’Energie qui, à sa manière, tentait de sonner le tocsin quant à la cadence effrénée avec laquelle évolue la consommation interne ainsi qu’au risque que les exportations de gaz s’arrêtent en 2030. Les experts n’ont cessé de le dire, l’un des principaux paramètres de vulnérabilité de l’Algérie réside dans la croissance de la consommation domestique des produits énergétiques. Abdelmadjid Attar a lui-même alerté à plusieurs reprises sur un taux de croissance de la consommation jugé problématique, rapporté aux réserves et aux capacités de production d’hydrocarbures sur le long terme. Cette consommation ne produit que peu de valeur ajoutée, ce qui pose un sérieux problème quant à l’usage des produits énergétiques. n