Talon d’Achille du plan de prévention contre le coronavirus et sa propagation, le dispositif de dépistage tend à rattraper son retard grâce à l’activation des annexes régionales de l’Institut Pasteur et aussi au succès des initiatives scientifiques prises dans certaines universités du pays.
Cette évolution a ainsi permis, d’une part, d’opérer le dépistage sur plusieurs personnes dont on soupçonnerait la contamination au Covid-19 qui continue de faire des victimes. D’autre part, cela a permis à l’Institut Pasteur d’amortir la pression qu’il subit depuis l’apparition de ce virus en Algérie.
Cela a offert également aux Algériens la possibilité de faire leur dépistage ailleurs qu’au niveau de l’Institut Pasteur, seul laboratoire de référence habilité jusque-là à faire ce type d’examen en Algérie.
A titre d’exemple, l’annexe de l’Institut Pasteur de Constantine effectue depuis sa mise en service, fin mars, entre 50 et 80 tests de dépistage du coronavirus.
« Le laboratoire d’analyse du Covid-19 de Constantine reçoit quotidiennement entre 50 et 80 échantillons pour test de dépistage du Coronavirus de la wilaya, mais également de plusieurs wilayas de l’Est du pays », a déclaré hier le Directeur du Centre de recherche en biotechnologie (CRBT) abritant cette structure de dépistage, Ammar Azioune.
Ce dernier a ajouté que le laboratoire d’analyse du Covid-19 de Constantine « peut assurer jusqu’à 200 analyses par jour », faisant part d’une « totale maîtrise du processus d’analyse ». Il faut relever dans ce sens que des spécialistes ont sonné l’alerte quant au déficit quantitatif du dépistage dès les premières semaines de la pandémie.
Des spécialistes, réunis via une visioconférence, viennent de tirer la sonnette d’alarme et appellent à passer au dépistage massif. Ils appellent à prendre de nouvelles mesures urgentes pour freiner la propagation du nouveau coronavirus et éviter un scénario catastrophique.
En effet, le Professeur Kamel Bouzid, chef du service oncologie au Centre Pierre et Marie-Curie (CPMC) et président de la Société algérienne d’oncologie médicale, a mis en garde sur le retard qu’accuse le pays en la matière. Estimant que l’heure est grave alors que l’Algérie venait juste de dépasser le seuil de mille nouveaux cas de contamination par le coronavirus et d’enregistrer plus de cent décès.
Le professeur a recommandé, sous le sceau de l’urgence, d’aller vers « un dépistage massif de la population le plus tôt possible pour pouvoir gagner la guerre contre le coronavirus ».
Pour sa part, le président de Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), Dr Lyes Merabet, avait mis en garde sur le déficit en matière de dépistage.
« Il ne faut pas crier victoire. La baisse du nombre de nouveaux cas, ces deux derniers jours, ne veut nullement dire que nous avons dépassé la phase critique de la pandémie », a-t-il indiqué, expliquant que cette baisse est due plutôt au manque de kits et à l’incapacité des centres de dépistage de répondre à toute la demande.
« Nous constatons que les kits de dépistage ne sont pas suffisamment disponibles, ce qui explique la baisse de nouveaux cas confirmés ces deux derniers jours. Nous n’avons pas fait suffisamment d’analyses c’est pour cela que le nombre de cas confirmés a connu un recul », a souligné le président du SNPSP. « Nous avons effectué environ 4 000 tests en 40 jours. Un chiffre très faible, voire insignifiant, comparativement à ce qui se fait ailleurs. Des pays sont arrivés à faire plus de 100 000 tests par semaine », a soutenu M. Merabet, pour qui « le nombre de cas confirmés pourrait connaître une explosion avec l’arrivée d’importantes quantités de kits de dépistage et l’ouverture de nouveaux laboratoires d’analyses».
C’est dire combien les alertes n’avaient pas manqué à mesure que la pandémie s’installe dans le pays, imposant une situation d’urgence sanitaire qui n’a pas laissé indifférente la communauté universitaire qui s’est lancée dans la bataille contre l’avancée du coronavirus.
C’est la même finalité qu’a lancée la semaine dernière le laboratoire de dépistage du Covid-19 au niveau de l’université Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou, un véritable acquis en temps d’urgence salué par l’opinion publique et par les autorités du pays.
Cette initiative scientifique a vite fait des émules dans le sens où d’autres équipes scientifiques au niveau d’autres facultés ont lancé le même pari.
Depuis hier, et par la voix du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Chams Eddine Chitour, les Algériens savent que six universités se sont engagées, en coordination avec l’Institut Pasteur, dans ce défi visant à massifier le dépistage et rendre possible l’obtention de ses résultats en l’espace de deux heures.
L’on peut ainsi dire que le volume du dépistage a pu gagner des points bien que cela demeure insuffisant au vu de la propagation du virus. n