Le prolongement des mesures de confinement jusqu’au 13 juin prochain
ne se fera, vraisemblablement, pas dans la sérénité auprès des commerçants qui font, jour après jour, étalage de leur mécontentement.

L’expression la plus significative de ce mécontentement, resté latent jusque-là, a émané, depuis samedi, de l’une des villes les plus commerçantes du pays, El Eulma, dans la wilaya de Sétif, où a été organisée une action de protestation menée par des commerçants du marché communément appelé «Dubaï». En effet, une centaine de commerçants de la ville d’El Eulma se sont rassemblés pour protester contre l’interdiction d’exercer imposée par les autorités publiques dans le cadre de la lutte contre la propagation du Coronavirus. Les protestataires se sont rassemblés aux environs de 10H devant l’Ecole normale supérieure Messaoud-Zeghar, où ils ont barré l’entrée nord de la ville avec leurs fourgons, exhortant les autorités locales à trouver une solution à la fermeture de leurs locaux, une mesure qui dure depuis au moins deux mois. Hier, encore, la protestation a gagné la wilaya de Béjaïa où des centaines de commerçants ont tenu un sit-in devant le siège de la wilaya pour crier leur ras-le-bol et réclamer la réouverture de leurs locaux commerciaux fermés depuis le 23 mars.
Même cas de figure à Ghardaïa où les commerçants en colère ont également demandé la réouverture tout en assurant qu’ils respecteront les mesures sanitaires, notamment le port du masque facial.
Ces actions de protestation, qui expriment l’impatience des commerçants dont l’activité a été fortement impactée par les mesures de confinement, sont à inscrire en droite ligne de l’avis de l’Association nationale des commerçants et artisans (Anca) qui a appelé, vendredi, à la reprise des activités commerciales ayant été fermées dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus.
L’Anca a plaidé, dans ce sens, pour la reprise des activités économiques et la réouverture des espaces commerciaux, les magasins d’artisanat et services afin d’atténuer les contraintes sociales subies par notamment les commerçants, mais aussi par des entreprises contraintes à la suppression de milliers de postes d’emploi. Estimant que le retour des activités économiques ne contredit en aucun cas la mesure du confinement ni le respect des mesures de prévention, l’Association des commerçants a recommandé simultanément avec la reprise des activités commerciales la poursuite des opérations de sensibilisation, et ce, dans toutes les wilayas contre la dissémination du Coronavirus. Il ne s’agit pas du premier cri d’impatience et d’alerte de la part des commerçants suite à l’impact socio-économique subi par leurs activités à cause des mesures imposées par la crise sanitaire. Le ministre du Commerce, Kamel Rezig, avait réagi le 10 mai aux doléances des commerçants estimant que les chiffres avancés par certains experts économiques sur les pertes subies par les commerçants durant la période du confinement «ne s’appuient pas sur des règles scientifiques précises». Le ministre avait fait savoir que «plusieurs réunions ont été tenues avec les représentants des commerçants sans que nous puissions arrêter un chiffre exact ni les taux de préjudice pour les activités. Les chiffres doivent être basés sur des études de terrain et, pour l’heure, nous sommes dans l’incapacité de donner un chiffre définitif car le confinement n’est pas encore levé». Rezig avait expliqué, par la même occasion, que «50% seulement des activités commerciales avaient été restreintes, malheureusement, les citoyens n’ont pas respecté les consignes de prévention», relevant que «notre mission n’est pas de fermer le commerce, mais lorsqu’il s’agit de choisir c’est bien sûr la préservation de la vie qui prime». Le président de la République a eu, lui aussi, à s’exprimer sur la question durant la première semaine du mois de Ramadhan, dans le sillage des mesures d’assouplissement prises alors afin de permettre aux commerçants de reprendre leur activité. Le premier magistrat du pays a fait état de la fermeture éventuelle des commerces autorisés à reprendre l’activité au début du Ramadhan s’il s’avère qu’ils sont à l’origine d’une hausse de la propagation de la pandémie de la Covid-19.
«Le Gouvernement a répondu favorablement aux demandes de l’Union générale
des commerçants et des artisans algériens (UGCAA) dans une tentative de rattraper le retard de la vie économique. Cependant, si cela met en péril la vie des citoyens nous n’hésiterons pas à fermer à nouveau les commerces et reviendrons à plus de rigueur dans l’application du confinement, sachant que nous sommes arrivés presque à la fin de la pandémie», a-t-il dit. Un mois plus tard, les commerçants n’hésitent pas à porter sur l’espace public leur mécontentement suite au prolongement de la durée du confinement. D’où la question est-ce que les autorités publiques réagiront-elles à ces signes d’exaspération des commerçants qui ne semblent pas prêts à adhérer une nouvelle fois aux mesures de confinement ? n