Le FMI table sur une récession mondiale en 2020, dont l’ampleur reste difficile à déterminer tant les perspectives restent sombres.


«Le monde a radicalement changé en trois mois (…) Nous rencontrons une sombre réalité», a résumé Gita Gopinath, l’économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), dans son dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales. «Cette crise ne ressemble à aucune autre», en annonçant une récession mondiale de 3% cette année, le FMI a prévenu que cela pourrait être bien pire, tout en reconnaissant la difficulté de faire des prévisions économiques. Pour les pays développés, la récession devrait atteindre 6,1%. Aux Etats-Unis, première économie du monde, la contraction du PIB devrait être de 5,9%. Dans la zone Euro, le PIB va même dégringoler de 7,5% avec des populations en Italie, en Espagne et en France, durement frappées par le coronavirus. Dans la zone Amérique latine et Caraïbes, la récession sera à peine moins marquée (-5,2%).
Pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, le FMI table sur une baisse du PIB de 2,8%. La Chine et l’Inde devraient tirer leur épingle du jeu avec une croissance respective de 1,2% et de 1,9%.

Un prix du baril inférieur à 45 dollars jusqu’en 202
L’économie de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena) devrait se contracter de 3,3% en 2020, le Covid-19 étant venu aggraver la chute des prix du pétrole.
Les perspectives de l’économie mondiale de la région Mena, qui comprend tous les pays arabes et l’Iran, connaîtrait ainsi sa plus faible performance économique depuis plus de quatre décennies. Il faudrait remonter à 1978, pour trouver pire avec une contraction de 4,7%, selon les données de la Banque mondiale. Même la crise financière de 2008 n’avait pas entraîné de récession au niveau de la région, qui avait même connu une légère croissance. Ainsi pour le FMI, à l’exception de l’Egypte, tous les autres pays arabes, avec en tête l’Arabie saoudite, verront leurs économies s’enfoncer. De mi-janvier à fin mars, les prix du pétrole ont chuté de 65% et ceux du gaz naturel de 38%, selon le rapport. Le FMI prévoit un prix du baril inférieur à 45 dollars jusqu’en 2023, soit 25% de moins que son prix moyen de l’année dernière. Le rapport en question a été élaboré avant l’accord de dimanche entre les membres de l’Opep pour réduire la production de près de 10 millions de barils par jour, concède toutefois le FMI.

La relance dès 2021 ?
La pandémie de Covid-19 a un impact économique négatif sur les pays arabes qui ont pris des mesures draconiennes. Première de la région, l’économie saoudienne a connu une croissance de seulement 0,3% en 2019, et devrait se contracter de 2,3% cette année. L’économie des Emirats arabes unis devrait connaître une contraction de 3,5% et celle du Qatar de 4,3%. Deuxième de la région Mena, l’économie de l’Iran, pays parmi les plus touchés au monde par la pandémie, devrait se contracter de 6,0% en 2020. L’économie de la région Mena, qui n’a connu qu’une croissance de 1% l’année dernière, devrait rebondir de 4,2% en 2021, prévoit le rapport du FMI. Ce dernier précise néanmoins que ses prévisions sont «extrêmement incertaines» car les retombées économiques de la pandémie sont difficiles à prévoir. Pour le FMI, la relance de l’économie mondiale pourrait intervenir dès 2021, avec une croissance attendue de 5,8% à condition que la pandémie soit maîtrisée au second semestre de cette année. Sinon la récession pourrait être bien pire. Une hypothèse «très probable», met en garde le FMI. Malgré «les circonstances désastreuses», il y a de nombreuses raisons d’être optimistes, a estimé la responsable du FMI. Le nombre de nouveaux cas diminue et la communauté scientifique travaille à un «rythme sans précédent» pour trouver des traitements et des vaccins. Le FMI se félicite des mesures «rapides et substantielles» pour protéger les personnes et les entreprises les plus fragiles. «La différence cruciale» avec la crise des années 1930 est l’existence d’institutions multilatérales telles que le FMI et la Banque mondiale capables de fournir une aide financière immédiate pour aider les pays les plus vulnérables, poursuit Gita Gopinath. Si l’arrêt de l’activité devait persister et si le rebond économique n’était pas au rendez-vous, des mesures budgétaires supplémentaires seront toutefois nécessaires. Pour un certain nombre d’économies émergentes ou en développement, les créanciers bilatéraux des économies avancées et les institutions financières internationales devront apporter leur aide, préconise le FMI.<