Nombreuses sont les répercussions de la non-vaccination anti-Covid-19, que ce soit sur le plan individuel ou sur le plan de la collectivité. Ne pas se faire vacciner est considéré comme pouvant mener à la plus fâcheuse des conséquences que certains paient au prix fort de leur vie. C’est, entre autres, ce qu’explique le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie (SAI).

PAR INES DALI
«Ne pas se faire vacciner, c’est s’exposer à faire une infection de Covid-19, à faire une forme grave de la maladie, à aller en réanimation et au décès», a-t-il affirmé, hier, joint par Reporters. Ce qu’il faut comprendre, a-t-il poursuivi, c’est que «le rôle de la vaccination est justement d’éviter à plus de 99% que les malades développent des formes graves, mais aussi d’éviter à 80-90% de faire un Covid carrément». Ce sont autant de «raisons qui, depuis des mois, nous poussent (les professionnels de la santé, ndlr) à insister sur la vaccination» sans que cela puisse avoir un écho à la hauteur des mises en garde, au vu du nombre des contaminations qui ne cesse d’augmenter jusqu’à rendre la situation épidémiologique inquiétante dans le pays, avec près de 400 cas confirmés quotidiennement, outre le nombre de décès dont la moyenne a augmenté comparativement à il y a un mois.
Pour comprendre le rôle de la vaccination dans la préservation des vies humaines, le président de la SAI donne des exemples de pays qui ont un taux élevé, comme le Royaume-Uni et la France. «Actuellement, il n’y a qu’à voir des pays qui nous ont dépassé en matière de vaccination. Ils ont des centaines de milliers de cas Covid par jour, mais, à côté, le nombre de décès est très bas», a-t-il dit. Les chiffres qu’il a convoqués pour étayer son propos sont assez éloquents. Sur près de 200.000 cas aujourd’hui, ils enregistrent 100 ou 200 décès, alors que l’année dernière, chez ces mêmes pays lorsqu’il n’y avait pas de vaccin, avec 20.000 ou 30.000 cas, ils avaient un millier de décès et même plus, selon notre interlocuteur, qui soutient que les cas graves, ceux qui arrivent à l’hôpital et ceux qui décèdent sont à 90%, et même jusqu’à 95%, des personnes non vaccinées. Il affirme que ces taux sont valables que ce soit en Algérie ou dans les autres pays.
Dans les pays européens qui sont en train d’affronter la 5e vague, qui a commencé avec le variant Delta, et encore plus avec le nouveau variant Omicron actuellement – plus contagieux mais moins grave jusqu’à présent –, on constate qu’ils ont «certes, beaucoup de cas, mais peu de casses, peu de malades graves et de décès». C’est à cela que «sert la vaccination, elle protège», mais à elle seule, elle ne suffit pas. Il faut qu’elle soit accompagnée par les mesures barrières dont le port du masque et la distanciation physique, surtout dans les lieux pas suffisamment aérés, insiste le président de la SAI, et ce, «tant que l’Algérie n’a pas atteint l’immunité collective avec un taux important» de la vaccination qui, actuellement, dépasse à peine les 27%.

Quatre décès en 24 heures à l’EPH de Boufarik
Parmi les autres conséquences, il y a la saturation des hôpitaux et l’épuisement du personnel soignant impliqué dans lutte contre la pandémie de Covid-19 depuis près de deux années. Avec les cas qui sont en train de flamber, les hôpitaux ne cessent de recevoir de plus en plus de malades, à l’instar de l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik (wilaya de Blida) où le Dr Yousfi exerce en tant que chef de service infectieux. Il révèle que le nombre de lits d’hospitalisation des malades Covid a considérablement augmenté ces derniers jours. «Alors que le taux d’occupation était de 10 à 15% il y a environ un mois, actuellement, ce sont les deux tiers qui sont occupés», a-t-il indiqué, ajoutant que les autres hôpitaux de la wilaya vivent la même situation. Plus grave encore, rien que dans cet hôpital, «quatre patients sont décédés en 24 heures, entre samedi et dimanche». Pour lui, cela donne une idée sur «l’accélération de la 4e vague qui s’est installée progressivement depuis un mois» et «l’écrasante majorité des malades hospitalisés et des décès ne sont pas vaccinés».
Les hôpitaux du pays comptent actuellement près de 4000 malades Covid occupant un lit, a fait savoir, hier, le Pr Riyad Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19. C’est dire que la situation dans les établissements sanitaires d’autres wilayas connaissant un grand nombre de cas n’est pas si différente et que la pression monte un peu partout. Ce qui n’est pas pour rassurer sur le système de santé, notamment avec l’arrivée d’Omicron qui se propage très vite. Quand les hôpitaux ne peuvent plus faire face au nombre de malades croissant et que les corps médical et paramédical sont épuisés, il y a un «risque d’effondrement du système de santé», a tenu à souligner le Dr Yousfi.
En outre, si les services hospitaliers sont remplis des malades Covid, cela «pénalisera les malades atteints d’autres pathologies, car il n’y pas que les males Covid qu’on reçoit, les autres aussi ont le droit d’accès aux soins», a regretté le Dr Yousfi. Du point de vue collectif, il est donc démontré que «c’est en vaccinant le maximum de personnes et en augmentant le nombre de vaccinés qu’on arrivera à atteindre l’immunité collective» qu’il souhaite à 80%. L’instauration du pass vaccinal à laquelle ont appelé les professionnels de la santé vise l’objectif de faire augmenter le taux actuel qualifié de très faible.
Le Pr Mehyaoui a indiqué qu’il y a un afflux «un peu plus important» sur la vaccination quoique «toujours timide», mais ce n’est pas le cas partout puisque la vaccination du corps de l’éducation nationale n’a toujours pas donné les résultats escomptés, selon lui.
«La période des vacances scolaires d’hiver a été de trois semaines au lieu de deux semaines pour permettre au plus grand nombre de se faire vacciner», a-t-il noté. Mais le constat est que «le résultat est en-dessous de ce qui était souhaité, comme ce fut le cas lors de la première campagne de vaccination au profit de ce corps en août 2021», a déploré le membre du Comité scientifique, avant de révéler que les chiffres qu’il a consulté il y a une semaine donnent «17% de vaccinés parmi ce corps sur un total de près de 900.000 encadreurs». C’est un taux très bas, a-t-il conclu.