Le rapport, le 1er du genre, publié par le ministère délégué à la Prospective sur la relance économique (2020-2024) confirme, par certaines parties de son contenu, les dégâts occasionnés par la pandémie du Covid-19 sur la vie économique et socio-économique dans le pays.
Dans ce document qui ne manquera pas de faire débat pendant des semaines en raison des indications inquiétantes qu’il fournit sur la santé économique du pays, le ministère dirigé par l’économiste Mohamed-Cherif Belmihoub commence par pointer les lacunes du système national d’information : une faiblesse décriée depuis des décennies et qui présente la difficulté d’évaluer la «pleine mesure des conséquences aussi bien au niveau économique que social» de la crise sanitaire.
Par faute d’un système d’information performant, d’entreprises et d’opérateurs incapables ou qui rechignent à fournir de la statistique viable sur leurs activités, le ministère chargé de la Prospective a indiqué que, pour faire son rapport, il s’est appuyé sur les données du ministère des Finances.
Les conclusions qu’il retient dans son compte-rendu sérient des contreperformances déjà signalées par les experts et déjà connues par l’opinion via les médias. Il en est ainsi des mauvais résultats réalisés par le secteur des hydrocarbures, l’un des plus impactés au monde en raison de la pandémie et de ses conséquences sur les transports et les industries, mais qui souffre également de dysfonctionnements endogènes.
Selon le rapport, les recettes des hydrocarbures, qui représentaient plus de 92% des exportations, ont diminué sous l’effet marteau de la crise sanitaire, avec une baisse importante de 34,82 %. L’industrie des hydrocarbures a été «fortement touchée» par la crise de la Covid-19. Au cours des deux premiers trimestres 2020, les Indices de la Production Industrielle (IPI) ont «fortement diminué par rapport à 2019 en raison de la réduction historique des quotas de l’OPEP+, dont l’Algérie est partie prenante, et de la baisse de la demande internationale, notamment pour le gaz naturel», est-il rappelé dans le document.
Les industries hors hydrocarbures, c’est visible depuis mars 2020 et à travers les cris d’alerte des opérateurs, ont connu aussi un ralentissement «brutal» de l’activité, dû aux mesures de confinement. A l’exception du secteur de l’agroalimentaire, l’activité industrielle a «globalement diminué dans l’ensemble des filières d’activité au cours de 2020 par rapport à 2019», souligne le rapport. L’indice général de la production industrielle a reculé respectivement de 6,8% et 14,1% au premier trimestre et au deuxième trimestre 2020. Quant à l’impact social de la pandémie, celle-ci a eu de «fortes répercussions» notamment sur l’emploi, dont «il est difficile encore d’avoir un bilan définitif pour 2020», y est-il encore mentionné.
Citant des chiffres de l’Agence nationale de l’emploi (ANEM), le ministère délégué chargé de la Prospective a expliqué que le confinement a fait chuter les offres d’emploi de 39% et les demandes d’emploi de 30 % entre 2019 et les huit premiers mois de l’année 2020. Du point de vue budgétaire, «il est également difficile d’estimer l’impact des mesures de confinement, à cause de l’indisponibilité des données du second semestre 2020», a encore fait remarquer le ministère, relevant à ce titre que les recettes et les dépenses budgétaires ont baissé respectivement de -10% et -3%, tandis que la fiscalité pétrolière a accusé un recul de l’ordre de -17%. A fin juin 2020, le déficit global du trésor s’est élevé, quant à lui, à 1.418 milliards de dinars, selon le ministère de la Prospective.
Le Produit intérieur brut (PIB) a connu en 2020 un «fort recul» de l’ordre 4,6%, tandis que l’Indice des Prix à la Consommation (IPC) a augmenté pour l’ensemble des groupes de produits durant les huit premiers mois de l’année écoulée. L’inflation y a été de l’ordre de 3,5% et devrait atteindre les 3,7% en 2021, est-il indiqué dans le rapport. Entre janvier et novembre 2020, la balance commerciale «s’est fortement dégradée de 84% par rapport à la même période en 2019 (6 milliards de dollars de déficit)», et ce, «malgré une baisse des importations d’environ 7 milliards de dollars (-18,25%).