PAR INES DALI

Le personnel soignant en charge des malades Covid dont le nombre ne cesse d’augmenter est au bord de l’épuisement face au flux important dans les hôpitaux. La situation sans précédent que vit le pays avec un nombre de contaminations record est à l’origine de cet épuisement sur lequel le Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) met en garde en s’appuyant sur des rapports lui parvenant de ses bureaux régionaux et de wilayas. «La situation est inquiétante», écrit-il dans un communiqué, ajoutant que cela est perceptible dans une vingtaine de wilayas où le nombre de malades connait des hausses dans précédent. De ce fait, «la pression est grande sur les services de santé publique et les services hospitaliers et de réanimation sont pratiquement saturés». Ce qui augure d’une «explosion de la situation sanitaire», alerte le SNPSP, avant de relever que selon les données dont il dispose, un grand nombre du personnel médical est atteint de Covid-19 et un manque flagrant des ressources humaines est constaté dans certaines structures avec un taux dépassant parfois 50%.
Après près de deux années de lutte contre le Covid-19 et devant la dégradation de la situation épidémiologique actuelle, l’épuisement du personnel de la santé et la contamination d’une partie d’entre eux a mené à la difficile prise en charge des malades dans les structures hospitalières qui se retrouvent submergées. Nombreux sont les hôpitaux dans ce cas. L’exemple du CHU Mustapha-Bacha (Alger) en est un. Son directeur général, Kamel Hayel, a fait savoir qu’«un grand nombre du personnel médical et paramédical présentent quotidiennement des arrêts de travail et la totalité des services sont touchés par la pandémie». En outre, les consultations ont augmenté de 95%. Ces dernières, qui étaient de 8 à 9 cas par jour en décembre, sont actuellement de l’ordre de «17 à 20 cas en moyenne». C’est pratiquement la même situation dont souffre l’hôpital de Ben Aknoun. Le chef de service orthopédie, Pr Mustapha Yakoubi, a indiqué que «près de la moitié du personnel est confinée après sa contamination», relevant qu’il enregistre quotidiennement un à deux cas positifs. «Nous nous retrouvons, à chaque fois, dans la contrainte de changer la liste des gardes», a-t-il souligné à l’APS, ce qui l’a contraint à arrêter carrément le service de la chirurgie froide «faute de personnel».
«Il y a un véritable problème de prise en charge des malades atteints du Covid-19 qui se présentent quotidiennement en grand nombre, alors que plusieurs employés du corps médical sont confinés suite à leur contamination», a révélé, pour sa part, le directeur général de l’hôpital de Ain Taya, faisant part de la «difficulté de pallier ces absences». Il a indiqué avoir saisi la direction de la santé et de la population de la wilaya d’Alger, rassurant toutefois que «le personnel médical qui est en place, ne baisse pas les bras et fait de son mieux pour relever le défi et faire face à cette situation critique».
De son côté, le président de la Société de la médecine générale, Abdelkader Tafat, médecin généraliste, tout en soulignant que les structures de santé publique sont submergées, a noté avec regret que «plusieurs médecins se retrouvent atteints de Covid-19» dont lui-même. «Je suis atteint et je continue de travailler à l’instar de mes collègues et confrères qui poursuivent, eux aussi, leur noble mission pour vaincre cette pandémie et porter aide et assistance aux patients», a-t-il dit. «Plusieurs médecins atteints du coronavirus se sont retrouvés dans l’obligation de travailler, car il n’est pas possible de déserter les structures de santé», a-t-il ajouté.
Devant cette «situation difficile» et «la poursuite de la saignée dans les rangs des praticiens toujours mobilisés malgré le manque de moyens, dont l’absence de dépistage périodique et la non-prise en charge psychologique, la non-reconnaissance de la Covid-19 comme maladie professionnelle, le gel des congés et le retard dans le versement de la prime exceptionnelle pourtant instituée depuis plus d’une année par le président de la République», le SNPSP dit exprimer son «grand regret devant l’absence du dialogue du ministère de la Santé avec le partenaire social en le consultant sur la prise de décisions» dans la crise sanitaire.
Le SNSP demande au ministre de la Santé d’intervenir «en urgence pour garantir tous les moyens de travail, de prévention et de dépistage au profit des professionnels» et de «dispenser de travail les femmes enceintes du secteur (au 3e trimestre) jusqu’à stabilisation de la situation sanitaire. Axant sur l’épuisement des médecins, le syndicat réitère l’impératif de la multiplication des dépistages et du renforcement des mesures de prévention et protocoles sanitaires dans tous les secteurs. Il déclare, par ailleurs, son refus quant aux directives émises le 22 janvier par la direction de la prévention au niveau du ministère de la Santé relative au soutien du personnel soignant à la campagne de vaccination, estimant que les directives en question sont «une sorte de reniement» quant aux efforts et à la mobilisation de la corporation sur le terrain. Rappelant les revendications socioprofessionnelles, le SNPSP affirme «faire prendre la responsabilité au ministère de la Santé sur ce qui pourrait y advenir comme réactions au climat socioprofessionnel difficile».