La vague de contaminations à la Covid-19 a, une fois de plus, poussé un grand nombre de citoyens vers les pharmacies. Ils sont de plus en plus nombreux à s’y présenter sans ordonnance, demandant le traitement type prescrit par les médecins aux patients contaminés.

Par Sihem Bounabi
Certains n’hésitent pas à acheter les médicaments et à les garder chez eux avant même d’être malades. Une grande demande qui crée des tensions sur certains médicaments, notamment les anticoagulants. Ainsi, la psychose qui commence à s’installer chez les Algériens suite aux nouvelles quotidiennes d’un décès ou de l’hospitalisation d’un proche, d’un voisin ou d’une connaissance à cause du coronavirus, réactive le malheureux réflexe de l’automédication qui se traduit concrètement sur le terrain par une ruée vers les pharmacies.
Un petit tour dans certaines pharmacies de la capitale reflète l’ampleur du phénomène avec le constat d’une tension sur les vitamines C 1G et D, mais également sur les anticoagulants qui entrent dans le protocole thérapeutique du traitement de la Covid, et surtout le Lovenox qui est quasiment introuvable ou servi au compte-goutte. Mais ce qui est surprenant, c’est la disparition du Doliprane 1 G, où dans la plupart des pharmacies on trouve seulement les comprimés de 500 mg.
Interrogés sur le manque de disponibilité du Doliprane 1 G, un pharmacien situé sur la rue Didouche-Mourad, nous explique que «cela a commencé il y a trois semaines, entre les ordonnances de traitements où le Doliprane est prescrit pour les douleurs et la fièvre. Mais au fil des jours, des particuliers ont commencé à acheter en moyenne 4 à 5 boîtes en une fois, ce qui fait que le stock que nous avions a été rapidement épuisé. Il nous reste que le Doliprane 500 mg et c’est le même phénomène qui se reproduit. On a fait des commandes et on est toujours dans l’attente d’un nouvel arrivage». Le même discours est tenu dans d’autres pharmacies, concernant le Doliprane, mais aussi les vitamines C 1 g et D en ampoule qui sont introuvables. Toutefois, il existe d’autres marques qui proposent de la vitamine C à 500 mg et 400 mg mais elles sont plus chères, entre 350 DA et 900 DA. Pour la vitamine D, il y a également une disponibilité sous formes de gouttes ou de comprimés, mais là aussi les prix flambent car les marques les moins chères ne sont plus disponibles en stock.
Les tensions se font le plus ressentir pour les anticoagulants nécessaires pour certaines malades chroniques et les femmes enceintes suite à des prescriptions dans le traitement des malades Covid, mais surtout à cause de l’automédication où de nombreuses personnes les achètent même sans ordonnance en prescription préventive. Ce qui a créé une véritable pénurie.
Dans l’une des pharmacies au centre d’Alger, le vendeur nous confie que malheureusement tout leur stock a été épuisé et qu’ils attendent leur prochain quota. Dans une autre pharmacie, le responsable nous affirme que le générique de Lovenox est disponible, mais que la plupart des clients refusent, et c’est seulement les malades désespérés qui l’achètent. Une autre pharmacienne, dont l’officine est située dans un quartier entouré de nombreux commerces et d’immeubles d’habitation, nous affirme : «Le Lovenox est disponible , mais je le vends seulement aux vrais malades que je connais et à ceux qui ont une ordonnance crédible.» Elle nous explique sa démarche en soulignant : «Cela fait plus de 20 ans que je travaille ici et je connais tous les habitants et les commerçants du quartier et un véritable lien s’est tissé. Au début de la pandémie, et à cause de la pénurie du Lovenox de nombreux malades chroniques du quartier se sont retrouvés dans des situations critiques». Enchaînant : «Depuis cette situation, nous en avons tiré des leçons et évitons de les vendre sans ordonnance à des personnes qui vont les stocker chez eux, alors que les vrais malades sont pénalisés». Elle explique que les anticoagulants sont principalement destinés au traitement des maladies causant l’obstruction artérielle dans les organes inférieurs et les poumons, mais aussi les malades atteints d’insuffisance rénale, ainsi qu’à titre préventif chez les femmes enceintes.
La pharmacienne tient à mettre en garde contre la consommation sans avis médical. Elle précise qu’«il y a de forts risques d’effets secondaires dangereux nécessitant une longue hospitalisation». Surtout que le Lovenox 0,4 qui est le plus demandé est prescrit selon des dosages précis selon chaque malade. Parmi les effets secondaires d’un mauvais dosage à cause de l’automédication, il y a un fort risque d’hémorragie. n