Au Maghreb, le parc de climatiseurs a été multiplié par 160 en moins de quinze ans, selon un rapport de la Banque mondiale. Un document de haute facture dont s’est inspirée l’Association méditerranéenne des agences nationales de maîtrise de l’énergie (Medener) pour procéder à une évaluation du marché de la climatisation dans la région du Maghreb et du modèle de consommation de l’énergie.

Cette tendance haussière n’est pas près de s’arrêter. Elle devrait se poursuivre dans les années à venir. Avec une croissance annuelle de 30%, le taux d’équipement des ménages devrait en effet atteindre 92% en Tunisie, 85% en Algérie et 50% au Maroc à l’horizon 2030. La Banque mondiale a, dans ses études, tenu compte de l’évolution du parc de climatiseurs observée sur une longue période (2000-2013). Au cours de cette période, le parc installé des climatiseurs en Algérie, au Maroc et en Tunisie a atteint environ 9,7 millions d’unités, dont environ 6,6 millions en Algérie, 1,4 million au Maroc et 1,7 million en Tunisie. Il a connu une croissance fulgurante sur la période examinée avec un taux de croissance annuel moyen d’environ 48%, ce qui représente une multiplication du parc par 160 entre 2000 et 2013. Cette progression est due à l’amélioration du niveau de vie des ménages et à la tendance générale à la baisse des prix des climatiseurs, avec un produit qui s’est largement démocratisé et des prix qui ont été divisés par dix en l’espace de 20 ans. A titre indicatif, le prix moyen d’un climatiseur de 12 000 BTU/h varie aujourd’hui entre 250 et 575 dollars selon les pays. Les ventes annuelles ont dépassé 2,85 millions d’unités en 2013 dans trois pays. Le marché algérien occupe la première place (49%), suivi par la Libye (28%), la Tunisie et le Maroc. Compte tenu de cette dynamique, le marché de la climatisation représente dans la région un important chiffre d’affaires, supérieur à 1 milliard de dollars en 2013, dont 60% environ en Algérie. Face à pareille situation, la Banque mondiale, l’Association méditerranéenne des agences nationales de maîtrise de l’énergie (Medener) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE), travaillent pour que le modèle de consommation d’énergie change dans ces pays. Elles ont proposé des solutions de rechange et formulé des suggestions, optant pour des technologies moins consommatrices en électricité fossile et plus respectueuses de l’environnement. Après avoir donné la priorité aux solutions passives offertes notamment par l’éco-conception et l’isolation des bâtiments, Medener, par exemple, propose d’utiliser des technologies moins consommatrices en électricité fossile et plus respectueuses de l’environnement pour les climatiseurs. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Medener souhaite l’installation de systèmes de climatisation photovoltaïque en combinaison avec des refroidisseurs à compression de vapeur ou ceux thermiques-solaires adossés à des machines à sorption (ou ad-absorption). Ainsi, la climatisation alimentée par l’énergie solaire génère une très faible consommation électrique. De plus, l’apogée de son utilisation coïncide avec un ensoleillement maximum, assurant un faible besoin d’énergie. Aussi, la climatisation solaire par sorption génère du froid via de l’eau ou de l’ammoniac, inoffensifs pour la couche d’ozone et neutres en terme de Potentiel de réchauffement global (PRG). En Algérie, le parc de climatiseurs exerce de forte pression sur la consommation de l’énergie électrique. Cette dernière a connu une hausse de 10% en 2017, par rapport à l’année 2016. Cela correspond à une consommation estimée à 60 GWh. Cette tendance haussière est tirée surtout par la demande des clients utilisateurs de la haute tension, qui a augmenté de 20%. La demande en énergie électrique continue d’enregistrer des pics durant la saison estivale. Elle a atteint en 2017 une forte hausse de plus de 11%, avec un pic de 14,2 GW, par rapport à l’été 2016 qui a enregistré, quant à lui, un pic de 12,8 MW. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le nombre de climatiseurs dans le monde devrait atteindre 5,6 milliards en 2050 contre 1,6 milliard aujourd’hui, soit plus de 10 appareils vendus par seconde. Et si rien n’est fait, ils consommeront autant d’énergie que la demande actuelle en électricité de la Chine, le pays le plus énergivore de la planète. Ils rafraîchissent l’intérieur des maisons, mais réchauffent en silence la planète.n*