C’est de nouveau le flou au sein de la corporation des magistrats qui peine à évoluer dans la sérénité.
Les élections, portant sur le renouvellement partiel des membres du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) prévues le 7 mai prochain, sont loin de faire l’unanimité parmi les magistrats. Ce rendez-vous, devant être une étape déterminante dans la vie organique du CMS, est d’ores et déjà mal engagé avec l’option de boycott décidée par le Club des magistrats algériens (CMA).
En effet, le CMA a décidé, selon un communiqué rendu public et signé par son président Saadeddine Merzouk, de bouder ces élections dont les résultats seraient connus d’avance, ce qui affaiblit manifestement l’opération de renouvellement partiel de cet organe.
C’est du moins ce qu’explique le communiqué du CMA, selon qui les «résultats sont connus d’avance au profit de ceux que le ministre de la Justice a décidé de désigner de façon unilatérale dans son agenda électoral, comme ses prédécesseurs depuis l’Indépendance».
Voilà ainsi une «critique» qui cible le premier responsable du secteur de la Justice, dont le remaniement partiel dans le corps des magistrats qu’il avait opéré au mois d’octobre dernier avait été fortement désapprouvé par le Syndicat national des magistrats (SNM), qui a observé un débrayage inédit dans l’appareil judiciaire.
S’agissant de cette élection qui remet manifestement le corps des magistrats au-devant de la scène, le CMA évoque également d’autres raisons de sa colère. Il pointe ainsi du doigt ce qu’il considère comme «une absence de stabilité et de sérénité requises dans ce genre d’occasions en raison du climat régnant dans le secteur de la justice, marqué par des sauts d’humeur tyranniques et délibérés, susceptibles d’emporter une institution importante et un pouvoir authentique, démembrement sensible des structures de l’Etat».
Le CMA relève, dans ce sens, que la décision de boycotter l’échéance de la corporation est «une réaction naturelle et spontanée en raison de l’absurdité qu’a connue le secteur dernièrement, basée sur la logique d’une vision unilatérale du ministre ayant conduit à la congestion du spectre judiciaire et du droit dans le pays et qu’ont subis les magistrats particulièrement».
Pis encore, le CMA considère que cette élection n’aura pas dans sa configuration actuelle d’incidence positive sur la carrière des magistrats, d’où visiblement sa position en porte-à-faux avec ce rendez-vous.
«Malgré son importance, le renouvellement au sein du CSM ne signifie plus grand-chose pour les magistrats, étant convaincus que leur sort et leur carrière professionnelle ainsi que ceux qui vont les représenter ne dépassera pas les desiderata des ministres qui se succèdent et leur clientèle chauvine en ce qu’elle décide contre eux», note le CMA dans son communiqué.
Dans leur plaidoirie, les magistrats évoquent une nouvelle fois la demande de changement dans la gestion des affaires publiques ainsi que l’exigence d’une autonomie de l’appareil judiciaire en se référant aux manifestations populaires suspendues depuis l’apparition du coronavirus.
«On ne peut pas concevoir le changement et la satisfaction des revendications de l’indépendance de la justice, réclamée par le mouvement populaire, à travers le maintien d’un style de structure vide de contenu et assujetti au pouvoir exécutif», souligne le CMA.
Ce dernier ajoute que «les magistrats nobles ne participeront ni ne légitimeront des élections qui ne feront ni avancer ni retarder l’indépendance de la justice de l’emprise de l’administration et du pouvoir financier du ministère, tout comme l’indépendance et la protection des magistrats et parallèlement des effets des politiques, des lobbies financiers et médiatiques et des cercles d’influence».
Le Club des magistrats algériens estime que le changement véritable passe par l’assainissement total du système judiciaire de ceux qui ont «détruit son autorité» et par le changement des textes qui ont consacré une «dépendance absolue à la personne du ministre», un secteur qui obéissait «volontairement et malgré lui aux aléas politiques et à la dictature de l’Exécutif».
En tout état de cause, si les actions des magistrats ont régulièrement suscité une adhésion empreinte de prudence auprès de l’opinion publique, mais aussi chez les avocats, la position qu’ils privilégient par rapport au présent renouvellement partiel des membres du Conseil supérieur de la magistrature n’en promet pas moins des rebondissements…