Avis de réforme ou fin de mission pour le Conseil national de l’investissement ? Lundi, le CNI a été la cible d’une critique en règle du Premier ministre devant les sénateurs du Conseil de la Nation. 2500 projets d’investissement dorment dans les tiroirs du conseil, a-t-il accusé.

Par Hakim Ould Mohamed
Le Premier ministre, ministre des Finances, Aïmene Benabderrahmane, a lancé un grand pavé dans la mare, lundi, en communiquant le nombre de projets d’investissement en attente d’examen par le Conseil national de l’investissement (CNI).
De passage au Conseil de la Nation, où il a présenté, lundi, en séance plénière, le projet de budget de 2022, Aïmene Benabderrahmane a indiqué que près de 2 500 projets étaient en attente de l’aval du Conseil national de l’investissement (CNI), relevant la détermination du Gouvernement à lever toutes les restrictions administratives à l’investissement dans le pays.
Cette annonce est intervenue dans le rapport préliminaire de la Commission des affaires économiques et financières du Conseil de la Nation sur le texte de loi de Finances pour l’exercice 2022. Le chiffre communiqué en dit long, en tout cas, sur les entraves auxquelles font face les investisseurs dans leur quête de concrétiser leurs projets. Bien évidemment, les projets d’investissements qui se sont accumulés dans les tiroirs de l’Exécutif, dans l’attente de leur examen par le CNI, est le résultat, entre autres, des retards pris par le Conseil national de l’investissement à réunir ses membres en vue de statuer sur les projets d’investissement qui lui sont adressés aux fins d’examen.
Placé sous l’autorité du Premier ministre, plusieurs ministères siègent dans ce Conseil, à savoir l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, les Finances, l’Industrie, le Commerce, l’Energie et des Mines, le Tourisme, la Petite et Moyenne entreprise, de l’Environnement et du Tourisme. Cela fait au moins deux années que le CNI ne s’est pas réuni pour des raisons jusqu’ici inexpliquées. Plus exactement, le CNI ne s’est pas réuni depuis novembre 2019, ce qui explique, en partie, l’accumulation des projets d’investissement en attente d’être examinés par les instances de l’Exécutif. Sans le visa du CNI aucune entreprise et/ou projet, dont la valeur de l’investissement est supérieure à 50 millions de dinars, ne peut se réaliser.
Pour tenter une réponse à ce blocage des 2 500 projets en souffrance dans les tiroirs du CNI, le Premier ministre a annoncé à la Commission des affaires économiques et financières du Sénat la tenue, prochainement, sous l’égide du Président de la République, d’une conférence nationale sur la relance économique. Aïmene Benabderrahmane a souligné, dans ce sens, que cette conférence constitue «un cadre pour le traitement des dysfonctionnements dont souffre l’investissement, ce qui permettra l’accès aux postes d’emploi et la création de richesses, d’autant que près de 2 500 projets sont actuellement en attente de l’aval du CNI». Le Premier ministre a relevé, en outre, la création de commissions locales et d’une commission nationale, sous la tutelle du secteur de l’Industrie, ayant pour objectif d’inventorier tous les dossiers et les problèmes entravant le lancement des projets d’investissement.
L’année dernière, le gouvernement Djerrad avait annoncé, par la voix de son ministre de l’Industrie, Ferhat Aït Ali, un projet d’évaluation des prérogatives et de l’utilité du Conseil national d’investissement (CNI) et du Conseil des participations de l’Etat (CPE). Il s’agit d’un projet de réforme de ces deux structures. «La refonte du CNI et du CPE est à l’ordre du jour. On s’attèle à revoir ces deux structures, leurs statuts, leurs prérogatives et leur utilité. Si le résultat de l’évaluation est négatif, il se pourrait que les prérogatives du CNI soient transférées au Conseil national économique et social et environnemental) (CNESE)», avait indiqué Ferhat Aït Ali, alors ministre de l’Industrie.
Au mois de juin dernier, le Président du CNESE Rédha Tir a indiqué que son institution a demandé aux pouvoirs publics la suppression du Conseil national d’investissement (CNI), qualifié de véritable «outil bureaucratique», et l’ouverture du champ aux opérateurs et aux professionnels pour qu’ils puissent réaliser leurs projets. Il a également mis l’accent sur la nécessité de faire un toilettage des lois qu’il a qualifiées de «toxiques». La messe est ainsi dite, à charge au gouvernement de libérer l’investissement, en attendant la réforme ou la suppression du CNI.