Le dernier conseil des ministres de l’année s’est terminé, hier, sur une tonalité fortement politique et par le souci de l’Etat de recentrer le débat sur la question de Tamazight. D’après le communiqué publié, hier, par les services de la présidence de la République, ce recentrage, un recadrage à vrai dire, porte sur l’accélération de la mise en place des mécanismes scientifiques et techniques destinés à la promotion de la langue berbère.

Il concerne également la mise à jour rapide du dispositif juridique devant accompagner et soutenir ce processus. Il s’agit entre autres, a déclaré le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, d’aller vers la promulgation rapide de la « loi organique » portant généralisation de la langue au sein des institutions ainsi qu’au niveau des structures et appareils de l’Etat – notamment l’Education nationale – chargée de traduire concrètement sur le terrain le caractère constitutionnel de Tamazight.
Ce recadrage, bien sûr, doit être lu à un double niveau : le premier est qu’il exprime la volonté de l’Etat à poursuivre, près d’une année après la reconnaissance de Tamazight comme langue officielle par la Constitution de février 2016, le grand chantier de la promotion et la généralisation de la langue. Le second niveau est qu’il intervient comme une assurance et une réponse rapide aux inquiétudes qui se sont récemment manifestées dans la rue dans plusieurs wilayas du pays, Bouira, Béjaïa et Tizi-Ouzou notamment, à l’occasion de la polémique soulevée par le rejet par l’APN, lors du vote de la loi de finances 2018, d’un amendement du Parti des Travailleurs (PT). Cette assurance signale dans la foulée la reconnaissance par l’Etat du travail effectué actuellement par le Haut-commissariat à l’Amazighité (HCA). Son président, El Hachemi Assad, qui s’est trouvé durant ces derniers jours confrontés à une vive critique de son action, a fait, rappelons-le, de la consécration du nouvel an berbère, le 12 janvier en tant que journée fêtée et payée, une de ses principales revendications depuis plusieurs mois déjà. Sa revendication satisfaite au plus haut niveau de l’Etat, celui de la présidence de la République, vaut reconnaissance. Cela permet dans la foulée de décrisper le débat sur la question linguistique et identitaire, qui a connu des tensions, et de l’orienter – sous le signe de la fête de nos racines – vers le terrain de l’innovation juridique et de la recherche pour la confier, in fine, aux mains des spécialistes. A ce sujet, et pour la précision, le Président Abdelaziz Bouteflika a enjoint au gouvernement de
« ne ménager aucun effort pour la généralisation de l’enseignement et de l’usage de tamazight, conformément à la lettre et à l’esprit de la Constitution ». Le président de la République « a également chargé le gouvernement d’accélérer la préparation du projet de Loi organique portant création d’une académie algérienne de la langue amazighe ».
On comprend dès lors pourquoi de tous les dossiers examinés et adoptés hier par le Conseil des ministres, c’est celui relatif à la question de l’amazighité qui a retenu l’attention. Cela alors que certains projets de loi entérinés ne manquent pas d’importance à l’exemple des décrets relatifs à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures et du projet de Loi relative « à la protection des personnes physiques dans le traitement des données à caractère personnel », du projet de loi relative à la « révision du Code de procédure pénale », qui concerne d’abord le casier judiciaire, que les citoyens résidant à l’étranger pourront à l’avenir retirer au niveau des ambassades et des consulats.