Dimanche dernier, le Conseil des ministres s’est préoccupé de l’urgence des besoins humains et matériels apparus après les feux de forêt qui ont ravagé une partie du pays. Il s’est également soucié des dossiers à mettre au point à la veille de la rentrée sociale…

Par Lyes Sakhi
L’inventaire des dégâts occasionnés par les incendies de forêt ainsi que la procédure d’indemnisation des victimes de cette catastrophe majeure devraient être «finalisés au plus vite», selon les décisions prises en Conseil des ministres, dimanche 22 août 2021. Les ministres de l’Intérieur, de l’Agriculture et de l’Habitat sont chargés d’effectuer ces opérations dont on a eu un aperçu après les chiffres non exhaustifs publiés voici soixante-douze heures par la direction des services agricoles (DSA) de Tizi-Ouzou, la région où le bilan humain et matériel des feux est le plus dramatique. «Si le besoin se fait sentir», ils pourraient être appuyés par les services de l’Armée «afin de renforcer les rangs des agents responsables de l’évaluation des dégâts, notamment à l’approche de la rentrée sociale», lit-on dans le communiqué du Conseil.
Il n’y a pas dans ce document d’indications sur les délais que doivent respecter les départements gouvernementaux engagés dans ces opérations qui pourraient s’étaler sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines – A Tizi-Ouzou, il est demandé aux sinistrés non encore référencés par les enquêteurs de se rapprocher eux-mêmes des équipes de recensement -, mais il semble que le chef de l’Etat ait opté pour une mesure transitoire qui consiste à «charger le ministre de l’Intérieur et le secrétaire général de la présidence de la République d’entamer, dans l’immédiat, le versement des allocations aux profit des familles des martyrs des incendies».
Dédommagement des familles endeuillées et reboisement, une urgence
A la lecture de ce passage du communiqué du Conseil des ministres, deux constats s’imposent : le premier est que l’urgence est accordée au dédommagement des familles endeuillées par le sinistre majeur, le second est que le ministre de l’Intérieur n’est pas laissé seul à s’occuper de l’opération de compensation. Son montant n’est pas précisé, mais on sait que depuis le 16 août dernier, jour d’installation de la «commission nationale d’évaluation et d’indemnisation des sinistrés des feux de forêt», le chef de l’Etat a décidé qu’une «allocation d’un million de dinars» sera versée aux «familles des martyrs, civils et militaires», aux parents des victimes si elles étaient célibataires ou à leurs conjoints si elles étaient mariées». Selon toute vraisemblance, il s’agirait donc de la même «allocation» décidée voici une semaine par M. Tebboune et que la seule inconnue demeure pour l’instant le nombre des familles que l’Etat s’est engagé à soutenir financièrement.
Quant au reboisement des espaces forestiers ravagés par les feux, c’est le département de l’agriculture et du développement rural qui s’en chargera «à grande échelle», a décidé le Conseil des ministres qui mentionne les «arbres fruitiers» des «régions touchées», mais il est certain que le programme envisagé comprendra également les autres espèces transformées en bûcher. La question qui se pose cependant est double : quand ce programme débutera-t-il ? Une interrogation motivée par le fait que l’automne et ses risques de pluies torrentielles sont proches et nécessitent des travaux d’urgence de la part d’une Direction générale des forêts, dont les carences humaines et logistiques ne sont un secret pour personne. Quelle sera la facture à payer ? Un autre problème à résoudre sachant que le reboisement coûte cher à l’hectare, ce qui expliquerait peut-être la raison de l’insistance du Conseil des ministres sur les «arbres fruitiers» en premier lieu. Quoi qu’il en soit, le ministre de l’Agriculture, Abdelhamid Hemdani, qui n’a pas tellement brillé dans ses réactions face aux feux qui ont ravagé le massif forestier de la région de Khenchela en juillet dernier, est appelé à éclairer l’opinion sur la manière dont son département compte mener ce grand chantier et à quel coût.
Selon l’ordre du jour du Conseil des ministres, les incendies de forêts et leurs conséquences n’ont pas été les seuls à être abordés. Chronologiquement, c’est le secteur de la justice qui a fait l’objet d’un tour de table achevé par l’approbation d’un projet d’ordonnance modifiant et complétant la loi électorale et d’un autre se rapportant à la création d’un pôle spécialisé chargé de la cybercriminalité. On retiendra en premier lieu l’instruction donnée par M. Tebboune pour que l’Autorité électorale (ANIE) soit la «seule habilitée à décider de l’exemption de la condition de parité requise sur les listes électorales», et pour qu’elle réduise «le nombre de signatures dans les régions à faible densité de population pour les candidats». En second lieu, «l’accélération de l’installation du nouveau pôle anti cybercriminalité», une juridiction dont le fonctionnement sera intéressant à observer tant les voix qui s’inquiètent de la voir s’ériger dans le contexte politique actuel en outil répressif de la liberté d’expression et d’opinion sur les réseaux sociaux sont nombreuses.

Aide aux chômeurs et à l’entreprise impactée par la Covid
Après la justice, c’est le secteur du travail et de l’emploi, plus précisément de l’entreprise impactée par la crise sanitaire, qui a été discuté pour aboutir à la décision d’«éliminer les pénalités de retards en matière de cotisations à la sécurité sociale en faveur de 760.552 employeurs, tout en encourageant les cotisations aux caisses de la sécurité sociale dans l’objectif de préserver le tissu économique». Dans ce domaine, le Conseil des ministres a terminé sa réunion par la décision de «soumettre au gouvernement et en conseil des ministres un projet de loi instituant l’allocations chômage qui s’ajoutera aux formules d’allocations de chômage adoptées dans d’autres secteurs». Pour le département de la culture, la ministre Wafa Chaalal se voit confiée la très lourde charge d’asseoir les bases d’une industrie cinématographique créatrice d’emplois et de richesse à travers une production cinématographique constructive» et de relancer le projet de long-métrage «l’Emir Abdelkader», fondateur de l’Etat algérien moderne et symbole universel».
En ce qui concerne l’audiovisuel, le chef de l’Etat a donné en Conseil des ministres des «instructions» pour l’«accélération de la réforme» de son «cadre législatif» et la rédaction du «cahier des charges régissant les engagements généraux en matière de respect des libertés fondamentales, des exigences de la gestion démocratique de la société et du maintien de l’ordre public, parallèlement à l’organisation de l’exploitation des services de la télédiffusion et de la radiodiffusion». En gros, les patrons et les gestionnaires des chaines de télévision privées, qui sont toutes de droit étranger, devraient être soumis à de nouveaux textes de lois et de décrets. Mais est-ce pour leur rapatriement ? C’est au ministre du secteur, Ammar Belhimer, d’y répondre, sans doute prochainement.

Cadence accélérée de la vaccination avant la rentrée
Par rapport au front sanitaire, le groupe Sonatrach est chargé d’«acquérir des camions de transport d’oxygène en prévision de l’augmentation de la production qui devra atteindre au premier semestre de l’année prochaine 800.000 litres/jour». Il a été décidé, avec la promesse d’alléger le confinement là où la courbe épidémique est en basse, de vacciner «l’ensemble des enseignants des secteurs de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Formation professionnelle, ainsi que les étudiants universitaires, avant les deux rentrées scolaire et universitaire». Dans l’industrie pharmaceutique, outre le contrôle du marché des médicaments, il a été entendu de «relancer l’entreprise publique Saidal pour lui permettre de jouer un rôle leader sur les marchés national et africain». En santé–médecine, le Conseil des ministres a convenu de l’«élaboration d’un programme» de «lancement de projets hôpitaux pour grands brûlés à Annaba, Constantine et Oran.