Le dernier Conseil des ministres, dimanche 19 avril, a servi au chef de l’Etat d’aller au plus pressant et de s’occuper, lui et son gouvernement, des dossiers qui lui paraissent urgents à traiter. Le rapport qu’en font les services de la présidence de la République met en avant six d’entre eux dans l’ordre chronologique : la justice, la solidarité nationale en cette période de crise sanitaire liée au nouveau coronavirus, l’industrie, l’énergie, la santé et les startups.


Une succession qui renseigne au passage sur ce qui est considéré par les autorités du pays comme plus impérieux à traiter aujourd’hui : ces questions qui nourrissent le débat ou la polémique quant à l’usage des réseaux sociaux, de Facebook en particulier et, pour certaines, celles à l’origine du contentieux en cours entre l’Exécutif et des médias électroniques dont l’actualité est devenue un aspect des enjeux politiques actuels et de la crise globale que traverse le pays.
Dans ce qui est considéré comme ne pouvant être différé, selon la chronologie du rapport de synthèse des travaux du Conseil des ministres, il y a la justice dont le ministre Belkacem Zeghmati a présenté le texte qu’il a défendu il y a quelques jours en Conseil du gouvernement, l’ordonnance n°66-156 du 08 juin 1966 portant code pénal. Un vieux texte de plus de cinquante ans, qui a été adopté après un toilettage expliqué comme une «adaptation aux mutations» survenues et pour «prendre en charge les nouvelles formes de criminalité» qui en découlent, et comme une initiative pour «combler le vide dans le système juridique en matière de gestion des crises».
Les dispositions adoptées pour «toiletter» et compléter cette ordonnance sont connues et craintes pour certaines de l’opinion et en particulier des usagers de l’internet et des réseaux sociaux. Elles portent consécutivement sur la «criminalisation» de la «diffusion de fakenews pour porter atteinte à l’ordre et à la sécurité publics», de «l’atteinte à la sûreté de l’Etat et à l’unité nationale», de «la falsification en vue de l’obtention d’aides publics financières, matérielles et en nature, ainsi que d’exonérations fiscales». Il s’agit de «criminaliser» aussi les actes «portant atteinte à la probité des examens et concours», de «mise en danger d’autrui ou à leur intégrité corporelle» comme il est question également de «durcissement des peines pour les crimes d’outrage et d’agression contre la personne de l’imam», de «destruction ou profanation de lieux de culte publics», et, enfin, de «l’augmentation des limites , minimales et maximales, de l’amende relative à la violation des règlements émanant de l’administration».
Dans ce package, l’aspect qui retiendra davantage l’attention concernera sans aucun doute les «fakenews» désormais considérés comme un délit et les sanctions qui seront retenues dans les textes d’application pour le punir, le sujet étant très peu consensuel et à propos duquel le gouvernement est, par certains actes et par réflexe généré et consolidé par l’histoire politique du pays et les pratiques anciennes, soupçonné ou accusé de liberticide. Les sanctions prévues contre les autres infractions apparaissent comme une réaction à des faits signalés par les faits divers ou la chronique judiciaire quand il s’agit d’affaires de corruption ou d’actes d’agression graves tant au plan physique que symbolique comme ceux dont ont été victimes des imams dans leurs mosquées.

Solidarité, prépondérance de l’Intérieur et des collectivités locales
Le second dossier examiné en Conseil des ministres, qui s’est tenu en visioconférence, celui de la solidarité, signale de manière intéressante la prépondérance du ministère de l’Intérieur qui peut s’expliquer par le contexte de crise actuel et la nécessité de mobiliser les walis de la République avant tous les autres représentants de l’Etat et du gouvernement dans l’aide apportée aux groupes sociaux et aux familles dans le besoin d’un appui caritatif et humanitaire. Mais qui renseigne aussi sur le poids de la Solidarité, un département qui souffre du lourd héritage qui fait qu’un de ses anciens grands responsables – et il n’est pas le seul -, est actuellement en prison pour corruption et détournement de bien public, et de sa ministre Kaoutar Krikou pas très présente et qui, comme beaucoup d’associations du champ, ne semble pas avoir brillé en ce temps où l’Exécutif a besoin de montrer de son efficacité à porter secours et assistance à ses administrés vulnérables
A moins d’un défaut d’interprétation de presse, on ne s’étonne presque pas que ce soit le ministre en charge de ce portefeuille, Kamel Beljdoud, et non pas Mme Krikou, qui s’est chargé d’exposer et d’expliquer en Conseil des ministres les opération de solidarité «en faveur des familles nécessiteuses impactées par la crise sanitaire et celles bénéficiant de l’aide annuelle au titre du mois sacré de Ramadhan». D’après les statistiques fournies jusqu’au 18 avril en cours par le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, «388.000 familles dont plus de 178.000 (45%) dans la wilaya de Blida, ont bénéficié de plus de 12.000 tonnes de produits alimentaires» à titre d’aides issues de 39 wilayas dans le cadre de la solidarité. 220.000 familles vivant dans 5.500 zones d’ombre ont été entièrement couvertes en termes d’aides mais aussi de moyens nécessaires à une vie décente, comme l’eau potable, selon le rapport établi par Kamel Beldjoud. Lequel a indiqué «482 dossiers ont été déférés devant la Justice et quelque 2.500 tonnes de produits alimentaires et plus de six millions et demi (6,5 millions) d’unités de produits et équipements pharmaceutiques, tels que les médicaments, les solutions hydroalcooliques, les gants et les masques, ont été saisies» dans le cadre de la lutte contre la spéculation, le détournement et le monopole de certains opérateurs commerciaux.
Pour l’allocation de solidarité pour le mois sacré de Ramadhan, dont le président de la République a décidé de porter le seuil minimum à 10.000 DA, le ministre «a fait état de l’achèvement du recensement de 2.200.000 familles, dont les listes sont en cours d’assainissement pour éviter les doubles allocations. Un montant de 22 milliards de DA a été alloué à cette opération». «Quant aux autres catégories impactées par les mesures préventives, à l’instar des professions libérales, celles-ci restent soumises à la régulation des secteurs concernés, pour la mise en place des mécanismes et dispositions nécessaires à leur prise en charge», lit-on dans le communiqué du Conseil des ministres.

Réactivation du fonds de soutien aux startups
Le troisième dossier présenté par le ministre de l’Industrie et des Mines sur «la révision du cadre législatif relatif à la promotion de l’investissement», la «réorganisation du secteur économique public relevant» de son ministère «en vue de sa relance et sa séparation complètement du Trésor public en tant que principal pourvoyeur». L’occasion, pour le chef de l’Etat, de relancer la lancinante question de l’intégration industrielle qui a donné cours durant ces dernières années à des déclarations farfelues, voire mensongères de la part d’opérateurs dont beaucoup sont aujourd’hui en difficulté, notamment face à la justice. Pour Abdelmadjid Tebboune, «l’évaluation doit s’appuyer à la réalité amère» selon laquelle «nous ne sommes pas parvenus, à ce jour, à produire localement à 100% un téléviseur ou un réfrigérateur, alors que l’Algérie recèle des compétences scientifiques dans les divers domaines».
Le quatrième dossier se rapporte à l’exposé du ministre de l’Energie sur les marchés mondiaux du pétrole et le rappel «qu’en vertu de l’accord du 12 avril courant de l’OPEP + relatif à la baisse de la production en trois étapes jusqu’à avril 2022, la part des exportations de l’Algérie va baisser, pour une première étape, de 241.000 barils/jour, puis de 816.000/barils/ jour à compter du 1er mai». Cette part augmentera à partir du premier juillet jusqu’à 864.000 barils/jours avant d’atteindre le seuil de 912.000 barils/jours entre janvier 2021 et avril 2022», a indiqué Mohamed Arkab. Le cinquième, présenté par le ministre de la Santé, a concerné les statistiques relatives à la pandémie de nouveau coronavirus et du volume des stocks disponibles actuellement au niveau de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) ou des hôpitaux, «qui s’élève aujourd’hui (hormis la commande dont l’arrivée est prévue avant le 10 mai prochain) à 25 millions masques ordinaires, 900.000 autres pour les professionnels de la santé, 255.000 boîtes de Chloroquine, et 215 mille tests PCR ainsi que 36 mille tests PCR rapides».
Abderrahmane Benbouzid a en outre passé en revue «la stratégie adoptée dans le cadre de la lutte contre la pandémie, laquelle a permis de créer une plateforme électronique permettant le contrôle de la situation et le suivi». En partie en relation avec son domaine, la dernière intervention, celle du ministre de la Micro-entreprise, des Startups et de l’Economie de la connaissance, a porté sur un «échantillon d’innovations dans le domaine des équipements médicaux, de logiciels de numérisation du secteur de la Santé, des applications de dépistage et de diagnostic à distance, des plateformes d’enseignement à distance, du E-commerce et de dons sur internet».
A ce sujet, le chef de l’Etat a instruit «la réactivation du Fonds de soutien aux micro-entreprises et startups, et l’élaboration de lois régissant les initiatives des jeunes dans des cadres clairs, avant fin avril courant». Il a exhorté les startups à accorder actuellement «davantage d’intérêt aux besoins des hôpitaux, mettant l’accent sur l’urgence de généraliser la numérisation au service de l’économie nationale». De même qu’il a «enjoint la recherche, en coordination avec le ministère du Commerce, d’une formule flexible permettant de faciliter et d’accélérer le retrait du registre de commerce par les jeunes porteurs de projets». n