Dimanche, 8 mai, le Conseil des ministres a décidé de programmer une session spéciale, jeudi 12 mai, pour l’examen de l’avant-projet portant code de l’investissement. Ce sera sans doute pour l’ultime évaluation de ce texte de loi avant qu’il ne soit soumis au débat parlementaire.

Par Lyes Sakhi
La procédure est inhabituelle, elle n’est cependant pas étonnante au regard de l’agenda économique du gouvernement. «L’examen spécial du projet de code revient à rappeler que le gouvernement a mis beaucoup de retard dans la rédaction de texte», explique un opérateur qui parle de «session de rattrapage pour l’adoption d’un document devenu urgent» pour libérer l’initiative d’entreprise et améliorer le climat des affaires.
Notre source explique que puisque le chef de l’Etat a décrété l’année 2022 comme celle des réformes économiques, il ne peut plus, lui et son équipe exécutive, se permettre de perdre du temps, «alors qu’ils ont déjà consommé un semestre à faire des arbitrages et des correctifs» qui auraient dû intervenir depuis longtemps déjà comme ceux de mettre l’appareil administratif «dans son ensemble» au tempo économique recherché ; et d’envoyer des «signes d’encouragement» aux investisseurs nationaux et internationaux, alors que le besoin national en apport de capitaux importants – «hors du secteur des hydrocarbures» – n’est plus à démontrer.
Selon notre source, le chef de l’Etat «dont le temps du bilan économique» de son mandat se rapproche à grande vitesse n’est plus en mesure de se satisfaire de l’action du Médiateur de la République devenu un acteur fortement présent en Conseil des ministres pour ses prérogatives de «libérer le foncier industriel, débloquer les projets d’entreprise nationaux (7 nouveaux projets et 820 postes d’emploi créés) et lever les freins à l’investissement domestique». Il est soumis à l’obligation, suivant ses «promesses» et ses «engagements», d’«améliorer les performances économiques hors hydrocarbures du pays en «envoyant des signaux favorables aux milieux d’affaires internationaux et en créant une vraie dynamique d’investissement» après des années où l’actualité économique a été «vampirisée» par la chronique judiciaire post-années Bouteflika et des «oligarques qui en ont été contemporains».
Pour un ancien expert du Conseil économique, social et environnemental (CNESE), la lecture selon laquelle le chef de l’Etat entend rattraper le temps perdu concerne aussi le secteur minier «qui avait besoin de nettoyage de son cadre juridique» et le lancement, enfin, de l’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet dans la région de Tindouf. Le projet est d’actualité depuis des décennies et remonte au début des années soixante-dix, en effet. Ce n’est pourtant qu’en mars 2021 qu’un accord a été «pour la première fois dans l’histoire de ce gisement» conclu, selon le ministre de l’Energie Mohamed Arkab avec un consortium d’entreprises chinoises pour développer un site qui abrite selon certaines estimations 3,5 milliards de tonnes de réserves à haute concentration et dont le coût pourrait dépasser les 2 milliards de dollars.
L’enjeu est de faire de l’Algérie un grand producteur africain de fer et d’acier. L’objectif est de le faire entrer en production en 2025 au plus tard, un délai court qui oblige les parties concernées, l’industrie, le secteur des mines, les transports, dont celui par train (la ligne Tindouf-Bechar), à mettre les bouchées doubles pour être au rendez-vous d’un investissement stratégique. Ceci, d’autant que la prévision concernant ce grand projet industriel et minier est ambitieuse : atteindre les 16 millions de tonnes à l’horizon 2030 et passer d’une situation de difficulté à répondre aux besoins internes à celle de l’export. Ce sera un formidable accélérateur d’investissement dans un secteur minier algérien aux potentialités exceptionnelles, selon l’expert et ancien professeur des universités Nacereddine Kazi Tani, interrogé récemment par la rédaction de Reporters.
Selon les résolutions du Conseil des ministres, dimanche dernier, le «lancement de la première phase du projet» a été approuvé. Le chantier «représente une source importante de revenus pour le pays et revêt une importance vitale dans l’accélération de la cadence au double plan local et national», lit-on dans son, communiqué. Toujours, en ce qui concerne le souci de rattraper le temps, le Conseil a décidé d’«accélérer l’aménagement et l’organisation des zones industrielles – un autre vieux dossier – selon une nouvelle vision. n