Les dossiers de l’investissement, de l’agriculture, de l’entrepreneuriat environnemental et des Transports ont été au cœur du dernier Conseil des ministres avec l’ambition d’impulser une dynamique nouvelle à la volonté de réforme du champ économique national.

Par Halim Midouni
Trois grands dossiers, ceux de l’agriculture, de l’environnement et des transports, ont été examinés en Conseil des ministres du dimanche 30 janvier 2022, une séance au cours de laquelle le Médiateur de la République a également présenté un exposé sur ses initiatives de s’occuper, suivant les résolutions prises en Conseil des ministres du 21 novembre 2021, des entreprises et de débloquer les projets d’investissement en suspens pour diverses raisons juridico-administratives.
A ce sujet, le Médiateur Brahim Merad a annoncé que 915 projets d’investissement inscrits dans 46 wilayas du pays sont libérés de toute entrave et peuvent être réalisés avec la perspective de création de 52. 187 postes d’emploi dans les régions concernées. Par rapport au dernier bilan présenté par M. Merad, en novembre 2021, on signale une hausse du nombre de projets débloqués : trente-huit au total, selon le communiqué du Conseil des ministres. Mais à bien lire la demande mentionnée dans ce document du chef de l’Etat de « clarifier la nature des projets dans tous les secteurs, d’élaborer des rapports précis et détaillés concernant les chiffres, et de faire la distinction entre les petits et les grands projets », il est attendu de la Médiature de la République qu’elle fournisse dans les prochaines semaines davantage de précisions statistiques sur les projets « libérés » de toutes contraintes et devant être à l’avenir concrétisés. D’autant que cette institution n’a pas été la seule à communiquer ces jours-ci des indications sur les dossiers d’investissement débloqués.
Jeudi 25 janvier, le ministre de l’Industrie Ahmed Zeghdar avait, en effet, annoncé que l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI) a désobstrué 890 dossiers d’investissement en suspens au niveau de l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI) après qu’il ait été établi qu’aucune difficulté ni poursuite judiciaire n’existait contre leurs porteurs. M. Zeghdar s’exprimait à la télévision publique dans l’émission « Rencontre avec le Médiateur de la République », lequel avait également avancé que les mesures d’urgence prises en application des instructions présidentielles ont permis de « lancer 380 unités de production dans 40 wilayas » après le déblocage de leurs projets d’investissement respectifs : une estimation encourageante et inspirante quant à l’engagement de la Médiature auprès du monde de l’entreprise algérienne dont on sait qu’il dispose d’autres leviers d’écoute et de soutien (ministère de l’industrie par exemple), mais dont l’économie générale nécessité une « clarification », réclame le chef de l’Etat pour une deuxième fois si l’on se réfère au communiqué du Conseil des ministres du 16 janvier dernier.
L’actualité de l’entreprise et de l’investissement et de son traitement au sein de la Médiature restera, donc, placée en permanence sous le regard des services de la présidence de la République à l’exemple du dossier sensible de l’agriculture pour lequel ont été fixées des orientations générales comme de « multiplier la production céréalière » dans le Sud du pays ; de « repenser les ressources humaines et changer les mentalités dans le secteur pour pouvoir réaliser la sécurité alimentaire », d’« exploiter de façon optimale les superficies agricoles en vue d’augmenter le rendement » ; d’«encourager les professionnels à utiliser les méthodes modernes et à recourir aux technologies de pointe utilisées dans les pays développés » ; de « renforcer la production des viandes rouges en adéquation avec les aides accordées par l’Etat » ou encore de « développer la production de l’arganier dans les zones sud-ouest et les Hauts plateaux ouest et créer un centre national pour le développement de sa culture ».
Sortir du déficit agricole
Cet aiguillage qui devrait être complété par des mesures pratiques et de terrain spécifiques à chaque filière agricole, comme la décision de réaliser « immédiatement » une nouvelle laiterie d’une production d’un million de litres/jour, intervient alors que la céréaliculture affiche des résultats décevants pour la saison 2020-2021 – 13 millions de quintaux collectés – et que le ministère chargé du secteur dans son ensemble annonce un avant-projet de loi de protection des terres agricoles toujours menacées par l’absence d’investissements adéquats et par le béton, s’agissant des zones en périphérie des agglomérations urbaines où le cadre de vie, prérogative des collectivités locales et du département de l’Environnement qui a été instruit en Conseil des ministres d’« intensifier les campagnes de sensibilisation », de « valoriser les initiatives enregistrées dans certains villages et quartiers » et d’« encourager l’investissement environnemental » par la « facilitation de l’accès aux crédits de financement des projets des entreprises » de « traitement des déchets ménagers ».
Les modèles à suivre dans ce domaine dans le Grand Alger sont dans « la transformation de la décharge de Oued Smar en un espace vert » et dans Oued El Harrach dont le projet de parachèvement de l’aménagement doit être « accéléré ».
Pour ce qui concerne les transports, outre l’autorisation de réévaluation du projet du tramway sétifien, le chef de l’Etat a « insisté sur l’accélération de l’ouverture de l’investissement dans les secteurs des transports maritime et aérien et la facilitation des investissements privés », dont les concernés réclament depuis des années un dispositif juridique, réglementaire et administratif moins contraignant qu’il ne l’est aujourd’hui, notamment en ce qui concerne l’activité de l’affrètement. M. Tebboune a également ordonné l’exploitation optimale et immédiate de tous les ports nationaux et ne pas se concentrer sur le port d’Alger « qui enregistre 64,5% de l’ensemble de l’activité portuaire dans le pays en matière de fret maritime, alors que le bilan des ports de Ténès, Mostaganem et Djen Djen oscille entre 0 et 11 % ».
Sur ce dossier, la réaction pour Reporters du président de l’Association nationale des exportateurs algériens (ANEXAL) est « positive ». Ali-Bey Nasri estime toutefois que l’attractivité des ports sous fréquentés actuellement dépend de leurs offres de services et de leur capacité à « intéresser » les importateurs, « les premiers concernés dans le choix des sites portuaires à solliciter pour décharger leurs marchandises ». « Si le port de Bejaïa est actuellement fréquenté par les armateurs, et donc par les importateurs qui sont leurs donneurs d’ordre, c’est parce que ce site a performé l’offre de service au client en garantissant un flux de déchargement des marchandises qui séduit les opérateurs et ne leur fait pas perdre ni leur temps ni leur argent », ajoute M. Nasri. Si les ports de Ténès, Mostaganem et Djen Djen affichent de piètres performances, c’est parce qu’ils n’ont pas l’efficacité de gestion et d’action attendue par les opérateurs, ajoutera un transitaire, rejoignant l’avis du président de l’ANEXAL.
« Si les conditions de déchargement, de manutention et de rechargement sont assurées et améliorées, il ne faut pas occulter le paramètre économique. La fréquentation du port d’Alger s’explique aussi par la forte concentration du tissu économique et industriel dans l’Algérois et la Grande région Centre », poursuit Ali-Bey Nasri, dont l’avis est d’investir également dans le transport ferroviaire « pour contribuer à l’efficacité des sites portuaires en besoin de performance » et de captation des importateurs. « Un million de conteneurs déchargés, l’équivalent de ce que traite en moyenne le port d’Alger, c’est, argumente-il, l’équivalent de 500.000 camions et autant de couts et de contraintes à l’acheminement des marchandises par voie routière ».