Outre la réouverture des frontières, sur laquelle focalisait l’opinion publique, la création d’un Fonds devant accueillir les fonds et biens détournés et confisqués par la justice et la situation de certains projets phares du secteur minier pourraient être retenues comme les points forts abordés par le Conseil des ministres tenu dimanche.

Par Feriel Nourine
Ainsi, après une fermeture au grand public qui dure depuis le 17 mars 2020, les frontières du pays seront partiellement rouvertes à partir du 1er juin. Une nouvelle qui n’a sans doute pas manqué de susciter joie et soulagement chez ceux qui l’attendaient depuis longtemps, dont les milliers de ressortissants algériens bloqués à l’étranger dans des conditions de vie insoutenables, ou encore les entreprises lourdement pénalisées par cette fermeture, et à leur tête, Air Algérie.
Sur le volet économique, les biens détournés et confisqués par la justice dans le cadre de lutte contre la corruption sont en voie de trouver une destination qui permettra à l’Etat de les injecter dans son budget de fonctionnement alloué aux infrastructures de base dans les zones d’ombre ou encore dans la prise en charge des incidences de la crise sanitaire. A ce propos, le Président de la République a instruit le gouvernement d’introduire les dispositions relatives à la création d’un Fonds servant à accueillir ces fonds, fait savoir le communiqué de la Présidence de la République consacré à la même réunion. Ces dispositions devraient être introduites au titre de l’avant-projet d’ordonnance portant Loi de finances complémentaire pour 2021.
Pour rappel, le ministère de la Justice a communiqué, il y a deux semaines, sur les premiers montants des biens saisis, dont ceux confisqués par ses services dans le cadre de la lutte contre la corruption. Il s’agit de biens en argent (monnaie locale et devises), de biens roulants (véhicules et bateaux) et de immobiliers et terrains.
Pour les seuls montants des biens en argent saisis, le ministère a avancé près de 53 milliards de dinars (52 723 779 807,49 DA) dont 39,3 milliards (39 394 008 150,33 DA) sont déjà concernés par des décisions de confiscation. S’agissant des montants d’argent saisis en monnaies étrangères, la même source fait état de la saisie de près de 2 millions d’euros (1 958 759,31 euros), dont 678 933,84 ont déjà été récupérés, précise-t-on. En dollars américains, ce sont plus de 2 millions de dollars (213 536 809,15) qui ont été saisis dont 198 472 171,49 USD ont déjà été confisqués sur décision de justice, ajoute la même source. Ce rappel chiffré démontre de l’apport que sont susceptibles de générer les fonds récupérés dans la lutte contre la corruption en guise d’appui au budget de l’Etat. Ceci d’autant que le projet de loi de finances 2021 prévoit des dépenses en hausse dont il faudra trouver les ressources ailleurs que dans les circuits traditionnels.
Dans le même chapitre, Abdelmadjid Tebboune a chargé le Gouvernement de poursuivre l’examen de la méthode adéquate permettant de revoir à la baisse le nombre de fonds spéciaux et les inclure dans le processus ordinaire de gestion des recettes et dépenses de l’Etat avec «toute la transparence et l’efficacité requises pour une meilleure maîtrise du budget général de l’Etat», lit-on dans le communiqué de presse.

Gisement de Gar Djebilet : pour une exploitation dans «les plus brefs délais»
Concernant le secteur minier, et au terme d’un exposé présenté par le ministre de l’Energie et sur l’état et les perspectives de nombre de projets structurants du secteur des mines, le Président Tebboune est revenu à la charge pour reconduire les instructions pour l’exploitation effective de la mine de Gar Djebilet dans les plus brefs délais. Il s’agit, en outre, de mettre en œuvre tous les projets y afférents pour parachever le plan d’investissement adopté, jusqu’à atteindre les objectifs tracés en matière d’approvisionnement du marché national en acier et d’exportation de ses dérivés pour la prochaine étape.
A la différence des rappels précédents, les instructions du Président de la République interviennent cette fois dans une conjoncture où le gigantesque projet de Gar Djebilet peut compter sur le mémorandum d’entente, signé récemment entre l’Entreprise nationale de fer et de l’acier (Feraal) et un consortium d’entreprises chinoises, pour l’exploitation du gisement situé à Tindouf, et dont les réserves à des milliards de tonnes peuvent faire de l’Algérie un hub métallurgique à plusieurs types de dividendes, entre création de milliers d’emplois directs et indirects, satisfaction de la demande locale et fortes recettes issues des exportations.
Lequel mémorandum ouvre la voie, entre autres, à un cofinancement du projet qui sera réalisé par l’Algérie et la partie chinoise. Le coût de l’investissement ne devrait pas dépasser les 2 milliards de dollars, selon les estimations préliminaires, a indiqué le ministre du secteur Mohamed Arkab. Dans le même secteur minier, Tebboune a également instruit de parachever tous les préparatifs du lancement du projet de phosphate intégré pour développer les ressources phosphatées naturelles au niveau de la mine de Bled El Hedba, et du projet de développement et d’exploitation du gisement de zinc et de plomb de Oued Amizour dans la wilaya de Béjaïa. Dans le même souci de développer les capacités de production nationale, il est revenu sur l’obligation d’interdire l’importation de marbre et de céramique dans leur forme finale.
Ceci étant, le chef de l’Etat semble conscient que le développement des projets miniers ne pourrait se réaliser qu’à travers un système juridique révisé, de sorte à introduire des mesures encourageantes pour l’investissement, notamment dans le cadre de partenariats avec des opérateurs étrangers. D’où l’instruction aussi de revoir le système juridique de l’Agence nationale des activités minières, en vue de «définir un mécanisme plus efficace et plus performant à même de maîtriser et réguler l’exploitation des richesses minières que recèle notre pays», a-t-il ajouté. Ce qui pourrait être considéré comme un appel à reconsidérer la règle 51/49 de façon à rendre le climat des affaires du secteur plus incitatif pour le partenaire étranger.
A noter, par ailleurs, qu’après un exposé présenté par le ministre de la Transition énergétique et des énergies renouvelables, intitulé «Transition énergétique… vers un développement humain durable», le Président de la République a ordonné la mise en œuvre immédiate des différents axes du Plan d’action proposé, notamment en ce qui a trait au développement de la production d’hydrogène vert et au lancement du projet de réalisation de 1 000 mégawatts d’énergie solaire durant l’année en cours.