L’Etat semble décidé à renforcer la lutte contre la corruption et sa prévention à travers une approche et des mécanismes qui serviront de code de conduite aux organismes chargés de cette mission. A leur tête, la Haute autorité de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption, dont l’organisation, la composante et les prérogatives ont été examinées dimanche
en Conseil des ministres, dans le cadre d’un projet de loi portant lutte contre la corruption.

Par Feriel Nourine
A l’occasion, le président de la République a mis l’accord sur la démarche préventive que doit faire sienne cet organisme, né, faut-il le rappeler, dans le cadre de la mise en œuvre des nouvelles dispositions de la révision constitutionnelle du 1er novembre 2020 (articles 204 et 205). En ce sens, elle est «dotée des prérogatives les plus élargies et de mécanismes d’intervention efficaces et renforcés, pour l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi de la stratégie nationale et de l’action de l’Etat en la matière », avait-on souligné dans le projet de loi relatif à cette création. Les actions préventives doivent être intensifiées, a instruit, dans le même ordre d’idée, Abdelmadjid Tebboune, citant le cas, parmi tant d’autres, de l’annonce des marchés et des appels d’offres dans les journaux, qui devraient obéir à de «nouvelles conditions», a-t-il souligné.
Dans son va-t-en-guerre contre la corruption et sa prévention, dont le principe est d’ailleurs constitutionnalisé depuis le 1er novembre 2020, le chef de l’Etat veut livrer bataille sur d’autres fiefs connus pour être favorables à l’épanouissement de ce phénomène. Sur ce registre, il a évoqué les fonctionnaires publics et leur enrichissement qu’ils doivent justifier. D’où l’instruction qu’il a donnée pour la «création d’une nouvelle instance pour enquêter sur l’enrichissement des fonctionnaires publics, sans exception, à travers des procédures légales rigoureuses pour la lutte contre la corruption et l’identification de l’origine de leurs biens », indique le communiqué de la Présidence consacré à la même réunion.
Le dossier de la corruption fait donc parler de lui en Conseil des ministres, alors que les prisons algériennes croulent de détenus impliqués dans les grands scandales liés à ce type de crime économique, qui ont marqué le règne de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, entre chefs d’entreprise et hauts responsables au sein de l’Etat, dont d’ex-Premiers ministres et des ministres pour ne citer que ces rangs dans la hiérarchie des pouvoirs publics.
D’autres responsables sont attendus à la barre en ce début de nouvelle année, avec des procès programmés pour la semaine en cours et celle d’après, à l’exemple des affaires de Sonatrach, Amar Benamor, Metidji ou encore Amenhyd. Lors de la réunion de dimanche, le président de la République a d’ailleurs évoqué également le cas des hommes d’affaires dont les biens ont été saisis par la justice après leurs jugements définitifs. La décision ayant déjà été prise quant au transfert de ces biens à l’Etat et à leur intégration dans le processus de la production nationale, Tebboune a instruit le Gouvernement «d’accélérer» l’opération de leur recensement de sorte à ce que le transfert et l’intégration se fassent avant la fin du premier trimestre 2022.
Pour rappel, la récupération par l’Etat des entreprises appartenant à des hommes d’affaires emprisonnés a été déjà entamée et se poursuit pour toucher un bon nombre d’entités, avait fait savoir, il y a moins de deux semaines, le Directeur général de la gestion du secteur public au ministère de l’Industrie, Hocine Bendif, inscrivant cette démarche dans le cadre de la relance industrielle que les pouvoirs publics s’attellent à concrétiser sur le terrain. Sur ce registre, il a cité notamment celles appartenant aux hommes d’affaires emprisonnés Ali Haddad, les frères Kouninef, Mahieddine Tahkout et Maazouz.
Outre celui relatif à la lutte contre la corruption, un projet de loi portant sur le droit syndical a été examiné en Conseil des ministres. Lequel porte sur les modalités d’exercice de ce droit qui «compte parmi les principaux fondements de la Démocratie et que la Constitution de 2020 garantit et consacre», a souligné le Président, affirmant que «la révision de la loi portant modalités d’exercice de l’action syndicale doit être adaptée aux résolutions du Bureau international du travail», et qu’elle «doit respecter les normes de représentation effective des syndicats».
En ce sens, Tebboune a appelé à « associer les syndicats sectoriels à la mise en place de mécanismes juridiques pour évaluer la performance syndicale» et aussi à «distinguer l’action syndicale de la responsabilité dans la gestion et de l’appartenance politique».
Côté transport, le ministre du secteur a été instruit d’ouvrir une ligne maritime avec la République islamique de Mauritanie dans les plus brefs délais, fait encore savoir le communiqué de la Présidence. Une instruction qui intervient, doit-on le souligner, quelques jours après la visite effectuée en Algérie par le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani. Laquelle s’est soldée par la signature de plusieurs accords venus renforcer une relation bilatérale qui se consolide de plus en exploitant notamment le transport par voie terrestre via le nouveau poste frontalier Chahid Mustapha-Benboulaid, inauguré en août 2018.
Cet espace névralgique dans les échanges commerciaux entre l’Algérie et la Mauritanie a enregistré au moins 614 opérations d’exportations algériennes en 2021 vers ce pays qui ne cache pas sa disponibilité à s’approvisionner encore plus de produits «made in Algéria». D’où, sans doute, la nécessité d’une ligne maritime que le chef de l’Etat veut lancer sans attendre.