Le directeur de cabinet de la présidence de la République sera dorénavant chargé «d’évaluer les décisions émanant du Conseil des ministres déjà mises en œuvre et d’assurer le suivi de celles non encore exécutées». C’est ce qui est indiqué dans le communiqué du dernier Conseil des ministres, dimanche 21 novembre, en guise de tacle ou d’avertissement aux détenteurs de portefeuilles ministériels en difficulté de suivre leurs dossiers ou à les évaluer sans perdre du temps ni de l’argent dans des projets qui dépassent en années leurs délais d’achèvement et de réception.

Par Halim Midouni
Outre cette mention critique adressée au gouvernement et de charge supplémentaire pour le cabinet du chef de l’Etat, M. Tebboune, le Conseil des ministres a abordé pratiquement trois grands dossiers : l’énergie, la pêche et le soutien à l’emploi via les jeunes ou les microentreprises.
Pour le premier, il a annoncé l’installation dans «les meilleurs délais» du Haut conseil de l’énergie dont les domaines de compétence, selon le communiqué de la présidence de la République, devraient davantage concerner la «prospective» et l’«évaluation» dans le secteur du renouvelable et de la transition énergétique. En attendant que soient précisés les termes de son intervention sur ce terrain, des observateurs signalent qu’il existe déjà un commissariat à l’énergie renouvelable et à l’efficacité énergétique, le Cerefe ; un organisme rattaché au Premier ministère et dirigé depuis sa création en 2019 par le professeur Noureddine Yassa. Ils s’interrogent sur le devenir de ce commissariat, auteur d’un premier rapport important en novembre 2020 sur l’«urgence» d’instaurer dans notre pays un modèle énergétique sobre et durable. En attendant une réponse à leur question, le Conseil des ministres insiste sur l’«importance de rationaliser la consommation locale du gaz en vue de préserver les ressources énergétiques», qui était d’ailleurs une des grandes recommandations du rapport du Cerefe qui avait alerté sur le fait que l’Algérie a puisé, «entre 2010 et 2019, un peu plus que 230 milliards de mètres cubes de gaz naturel (consommation directe et sous forme d’électricité), 148 millions TEP de produits pétroliers (essence et gasoil) et 20 millions tonnes de GPL, avec une croissance moyenne annuelle de 5%». Une voracité qui explique en partie pourquoi le Conseil des ministres annonce dégager la voie à la coopération «avec les pays développés dans les recherches sur les techniques de généralisation de l’utilisation des énergies renouvelables». Ce feu vert que le Conseil des ministres accorde au ministère des Energies renouvelables et de la Transition énergétique nous rappelle que ce département, depuis sa création, a engagé une série de contacts avec différents ambassadeurs de pays ayant un parcours important dans la maitrise du renouvelable.

Feu vert au ministère des Energies renouvelables
Les discussions qui ont eu lieu récemment avec la GIZ (Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit), l’agence allemande pour la coopération internationale dans le développement, devrait permettre aux opérateurs allemands de se positionner favorablement sur le marché de la maitrise et de l’exploitation de l’hydrogène, cheval de bataille de l’ancien ministre du secteur Chems Eddine Chitour enfourché ensuite par son successeur Ziane Benattou. Outre les Allemands, des opérateurs italiens américains et chinois devraient théoriquement intervenir également sur ce terrain soit pour le solaire, soit pour la géothermie, deux autres thèmes parmi lesquels le ministère des Energies renouvelables et de la Transition énergétique a multiplié durant ces derniers mois les rencontres et les «workshops».
Pour l’utilisation du renouvelable dans les équipements d’éclairage et de chauffage des structures et bureaux collectivités locales, ce devrait être des entreprises algériennes sélectionnées par le ministère des Energies renouvelables et de la Transition énergétique qui devraient soumissionner pour ce marché dans un court laps de temps. Un délai de trois mois, indique le communiqué du Conseil des ministres, a été fixé pour commencer à généraliser le recours au solaire dans «certains établissements scolaires» et «structures de l’Etat», probablement dans les régions sahariennes et dans les Hauts plateaux où l’ensoleillement est permanent, ainsi que dans les édifices qui ont été lancés en certaines wilayas du nord du pays dans le cadre de projets pilotes.
Le déterminant indéfini «certains» indique que le gouvernement n’est pas encore au stade de quantifier le nombre d’établissements à faire tourner avec l’énergie solaire et que l’opération de basculement du conventionnel vers le renouvelable – c’est l’hypothèse forte qui s’impose – se fera selon un processus graduel. Ce ne sera en revanche pas le cas pour l’éclairage public dans les communes. Le Conseil des ministres «oblige» en effet ces collectivités locales «à utiliser l’énergie solaire dans l’éclairage public, y compris au niveau des voies express et les zones montagneuses à l’instar des Aurès, l’Ouarsenis et Djurdjura». Il indique également «redéfinir les critères relatifs à l’importation des chauffages à utilisation domestique de manière à prendre en considération les normes de sécurité et la transition énergétique en cours». Une campagne nationale pour le contrôle de qualité des chauffages au gaz sera lancée «à titre gracieux» afin d’éviter que ces installations ne fassent des victimes comme chaque hiver dans les foyers mal équipés. Le Conseil des ministres, qui ne dit pas encore comment cette campagne sera financée et menée sur le terrain sous l’égide du département de l’Intérieur et des Collectivités et avec le concours de quels organismes, hormis les acteurs traditionnellement mobilisés pour ce type d’opérations comme les pompiers de la protection civile par exemple. Cependant, il déclare «orienter progressivement le secteur du bâtiment et des travaux publics vers l’adoption de normes environnementales peu énergivores permettant d’éviter l’utilisation de matériaux nuisibles à l’environnement». En corrélation avec cette décision, il «interdit l’utilisation du bois dans les projets de réalisation de logements, et le remplacer par du PVC, afin de préserver la richesse forestière, est-il précisé dans son communiqué.

Permis de construire pour les promoteurs sur des terres agricoles
Autre secteur qui devrait connaitre un regain d’activité, la pêche et les ressources halieutiques pour lequel la priorité est «l’extension de l’activité de construction navale à l’ensemble de la bande côtière algérienne, pour s’orienter vers une véritable industrialisation, selon un plan de développement sectoriel reposant sur des partenariats internationaux», ainsi qu’aux facilitations en matière de foncier aux véritables investisseurs». Ceux d’entre eux qui ont créé leurs entreprises et leurs affaires sur des terrains agricoles devraient se réjouir dans la mesure où le Conseil des ministres a décidé de «régulariser la situation de toutes les entreprises économiques privées productives réalisées sur des terrains agricoles en leur délivrant des permis de construire». Le Médiateur de la République est lui aussi «chargé» de «la prise en charge des préoccupations des industriels dont les projets sont en suspens pour des raisons bureaucratiques remontant à la gestion de la période précédente», c’est-à-dire celle d’avant décembre 2019.
Dossier à suivre : la décision du Conseil des ministres d’«unifier la gestion de l’Agence nationale d’appui et de développement de l’entrepreneuriat (ANADE), de l’Agence nationale de gestion de micro-crédit (ANGEM) et de la Caisse nationale d’assurance chômage (CNAC). Ces agences seront placées sous la tutelle du ministère délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Micro-entreprise «dans un délai ne dépassant pas un mois». Toutes seront donc sous la même casquette ministérielle ou plutôt de celle du Premier ministère en janvier 2022 pour des raisons de comptabilité et d’une plus grande surveillance des crédits qu’elles auront à allouer. Les jeunes entrepreneurs qui ont déjà bénéficié de crédits de soutien à l’emploi sont exemptés des poursuites judiciaires, mais devront rembourser leurs dettes «selon un échéancier» qu’aura à fixer le ministère délégué chargé de la Micro-entreprise qui devra «présenter un recensement périodique semestriel concernant le nombre des postes d’emploi créés». <