Dimanche, 28 février, le Conseil des ministres a abordé huit grands dossiers : le foncier et l’investissement, le commerce, la santé, l’industrie pharmaceutique, la pêche, les travaux publics, le tourisme et la culture. Deux de ces dossiers sont l’occasion, pour l’Exécutif, d’avancer un bilan plutôt rassurant en dépit des difficultés que les institutionnels et «techniciens» concernés rencontrent sur le terrain. Il s’agit en particulier du médicament et de la santé sur lequel tous les regards sont braqués depuis le début de la pandémie du Covid-19.

La lutte contre la propagation du virus a, en effet, soumis le gouvernement à une double épreuve sanitaire et économique. Il s’en sort pour l’instant avec un taux de létalité qui, comparé à celui de pays autrement mieux pourvus que l’Algérie, s’avère plutôt faible. Il affiche également des résultats encourageants en ce qui concerne la prise en charge des services Covid et la campagne de vaccination. Cette opération d’envergure est certes lente, mais elle devrait aboutir dans quelques mois – grâce à la coopération entre Alger et Moscou – à la création dans notre pays d’une plateforme de production du vaccin Spoutnik V. L’instruction donnée à ce sujet par le chef de l’Etat est de «poursuivre les contacts» avec le partenaire russe.
Le choix d’encourager l’industrie pharmaceutique algérienne se précise par ailleurs davantage avec l’insistance en Conseil des ministres d’atteindre l’objectif de raboter 400 millions de dollars de la liste des produits importés. Cette ténacité à réduire la facture d’importation du médicament n’est pas nouvelle quand on se rapporte aux anciennes déclarations du président Tebboune sur l’industrie pharmaceutique. Mais le fait qu’elle soit réaffirmée cette fois en Conseil des ministres représente une assurance nouvelle pour le responsable du secteur.
Le ministre Lotfi Benbahmed se voit conforté dans sa démarche d’organiser de fond en comble le secteur. Les producteurs nationaux reçoivent également une nouvelle rassurante, surtout après l’échange à fleuret moucheté entre les opérateurs de l’UNOP et le conseil de la concurrence, après l’étude qu’il avait initiée avec des experts de l’Union européenne sur les règles d’organisation du marché national. Tous ceux parmi les fabricants algériens qui s’inquiétaient de la concurrence de l’import peuvent désormais envisager plus sereinement les perspectives à court et moyen termes. Il en est de même pour les acteurs internationaux et nationaux concernés par les projets de grandes infrastructures et d’équipements urbains. Un délai de deux mois, «au maximum», a été fixé pour «la prise de toutes les dispositions nécessaires au lancement effectif des travaux de réalisation du port stratégique d’El Hamdania à Cherchell». Il a été également ordonné la «facilitation du trafic routier de et vers Alger à travers la révision des plans de circulation et le renforcement du réseau des rocades et échangeurs». En ce qui concerne les ports, un «dispositif de veille» doit être mis en place pour «éviter les pertes financières dues à la longue durée d’accostage des navires».

Le commerce, l’industrie et le tourisme sur la sellette
D’autres dossiers, en revanche, inquiètent par leur côté itératif dans les discours officiels à tous les étages de l’Etat et du gouvernement. Ils laissent entrevoir une réelle difficulté pour les équipes exécutives, qui se succèdent depuis une vingtaine d’années au moins, à leur trouver des solutions durables, alors qu’ils recouvrent des enjeux déterminants. Non seulement pour l’entreprise algérienne que pour l’occupation et l’aménagement du territoire en zones économiques pertinentes. Il s’agit de l’industrie qui voit les ministres défiler et les problèmes s’accumuler, notamment en ce qui concerne l’état financier des entreprises publiques. Il s’agit aussi du foncier industriel dont l’ancienneté se révèle à travers les chroniques patronales et médiatiques dont certaines remontent jusqu’à la fin de la décennie 1990. Selon l’exposé du ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Kamel Beldjoud, on en est encore à «la récupération de toutes les assiettes de foncier industriel, des milliers, attribuées mais non exploitées à ce jour».
Comme si la question était toute récente, on en est encore à presser les responsables à «associer» les représentants des investisseurs et du patronat «dans l’accompagnement et la promotion de l’investissement, en tant que partenaires dans le développement et acteur principal pour la relance de l’économie nationale». Une petite avancée, cependant, mais qui mérite d’être vérifiée in situ et en fonction du «mécanisme de contrôle de mise en œuvre des décisions du gouvernement» ordonné par le chef de l’Etat : la résolution en Conseil des ministres de «placer» les «zones d’activités sous la tutelle et à disposition des présidents des Assemblées populaires communales (APC) pour définir les besoins de chaque région en termes d’activités et l’ouverture de la voie devant les start-up».
Au tonneau des danaïdes figurent aussi le département du tourisme, dont les problèmes ont été aggravés par l’impact Covid, et du Commerce et son vieil et immense embarras à maitriser l’approvisionnement en produits de première nécessité du marché et des prix qui connaissent déjà dans les marchés une envolée, alors que la ramadan frape à nos portes – un mois propice durant sa première quinzaine à tous les abus. La pêche, secteur autrement plus complexe à gérer, est appelée à «éliminer les obstacles entravant l’investissement», à «libérer les initiatives» et «regagner la confiance en les dispositifs de l’Etat, chargés de l’accompagnement des porteurs de projets». En agriculture, autre domaine qui souffre de bureaucratie et d’absentéisme chronique sur le terrain des directeurs de wilayas, selon une intervention du ministre Abdelhamid Hemdani jeudi dernier à Alger, il est question de «révision des mécanismes de subvention du fourrage et aliments de bétail» pour «la consolidation de la production nationale et la réduction de la facture des importations».