Le Conseil des ministres présidé par le Président de la République, dimanche 22 mars, signale, plus que toutes les activités précédentes de l’Etat et du gouvernement, la situation de crise aiguë que connait l’Algérie et le poids de la conjoncture marquée par la double crise pétrolière et sanitaire sur son économie.

En effet, toutes les mesures prises lors de ce conseil, qui fera certainement date dans le quinquennat déjà très difficile du président Abdelmadjid Tebboune, et servira d’indicateur sur la pertinence ou non de sa politique de gouvernance face au contexte d’exception actuel, sont frappées du sceau de la gravité et de l’urgence. Certaines de ses mesures sont déjà connues des Algériens et font partie depuis des années de l’action gouvernementale après la chute drastique des cours du Brut. Elles vont être cette fois renforcées par un programme d’application plus restrictif et plus strict.
Il est ainsi question, et en premier lieu selon le communiqué du Conseil des ministres, de procéder à une nouvelle soustraction dans la facture des importations. Son montant sera réduit de «41 à 31 milliards de dollars» avec des conséquences évidentes sur certaines entrées de biens et services dans le pays. «Il s’agit de parer à l’essentiel», notera un observateur du paysage économique national. En second lieu, l’Exécutif va diminuer les «dépenses du budget de fonctionnement de 30% sans toucher les charges et salaires».
Ces deux décisions importantes seront accompagnées de nouvelles autres, de nature toute aussi conservatoire comme «l’arrêt de la conclusion des contrats d’études et de services avec les bureaux étrangers, ce qui épargnera à l’Algérie près de sept (7) milliards USD/an» ; comme le «report du lancement des projets inscrits ou en cours d’inscription, dont la réalisation n’a pas encore été entamée, à l’exception des projets prévus pour les zones de l’ombre, ainsi que le projet relatif à l’étude pour la réalisation d’un hôpital anti cancer à Djelfa» ; ou encore le choix pour Sonatrach de «réduire de 14 à 7 milliards de dollars les charges d’exploitation et les dépenses d’investissements afin de préserver les réserves de change», est-il souligné dans le communiqué du Conseil des ministres. Dans le secteur électrique, Sonelgaz devra remettre dans les tiroirs ses projets de nouvelles centrales de génération d’énergie avec l’objectif d’épargner un milliard de dollars, une économie à laquelle devront participer les transports par le «gel» de leurs appels d’offres d’acquisition d’équipement.
On ne touche pas à la santé et à l’éducation
Nul décret restrictif, en revanche, pour les secteurs de la santé et de l’éducation qui voient le «maintien» de leurs dépenses. Dans la foulée, l’engagement du gouvernement à prendre en charge, «lors de l’élaboration de la loi de Finances complémentaire, des pertes subies par les opérateurs en raison de la propagation du coronavirus». Cette feuille de route, pour laquelle le gouvernement devrait tenir également compte de la grave détérioration du marché pétrolier, sera caractérisée par le souci du financement des actions urgentes et prioritaires, selon une déclaration du Premier ministre, Abdelaziz Djerad, le 10 mars dernier.
Une mention spéciale est accordée à l’agriculture pour laquelle il est commandé de «prioriser l’investissement dans les produits assurant la sécurité alimentaire du pays». Il s’agit, indique le communiqué du Conseil des ministres, «d’encourager les filières céréalières, notamment le maïs, ainsi que les filières à même de couvrir les besoins nationaux en sucre, huile et céréales». Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural est chargé de «mettre en place, à court terme et avant la fin de l’année en cours, un mécanisme sous forme d’un office ou autre en vue de relancer et promouvoir les investissements agricoles qu’ils soient nationaux, étrangers ou mixtes».
En matière d’«intégration financière», le Conseil des ministres instruit les services compétents de «faciliter l’octroi des crédits et en se focalisant sur la numérisation et les produits innovants». Une initiative déjà annoncée par le ministre délégué aux start-up Yacine Oualid en février dernier et qui se voit maintenant actée et soumise à l’évaluation, comme le choix toujours retardé par l’absence de textes d’application nécessaires d’inciter le secteur informel à la bancarisation et à la sortie de la clandestinité entrepreneuriale et fiscale en encouragent «les produits financés à travers les dispositifs de la finance islamique et œuvrer à la promulgation, par la Banque d’Algérie (BA), des textes règlementaires y afférents». Suivant la même logique, le Conseil des ministres invite à la rigueur fiscale par le «recouvrement des impôts et taxes ainsi que les crédits octroyés par les banques publiques» notamment.<