Après plus de six mois d’exercice du pouvoir, le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, ne jure plus que par la relance du bateau Algérie. Selon la lecture des décisions du dernier Conseil des ministres, dimanche, il donne de lui l’image d’un homme engagé dans une course contre la montre pour la reprise en main du pays et de ses affaires économiques et financières pour lesquelles vont être injectés l’équivalent de mille milliards de dinars auxquels s’ajoutent dix milliards de dollars disponibles qui viendront s’ajouter aux économies susceptibles d’être faites sur diverses dépenses…

En effet, le temps lui est compté, notamment après la crise sanitaire dont l’effet positif paradoxal est d’avoir tout de même élargi la focale et montré l’état réel de l’outil productif national : une machinerie qui souffre des promesses de réforme jamais tenues comme on le constate à l’énoncé des décisions dont certaines avec «effet immédiat» que le gouvernement Djerad doit prendre pour les secteurs de l’énergie, des mines, la pharmacie, l’automobile et l’électroménager. Un appareillage qui pâtit de la bureaucratie paresseuse qui fait découvrir aujourd’hui que des fonds gelés depuis des décennies dans les coffres des douanes vont être enfin intégrés aux réserves nationales, en attendant d’éponger l’argent de l’informel pour l’objectif d’atteindre avec d’autres mesures une économie de près de 20 milliards de dollars à fin 2020. Un dispositif qui n’en peut plus de la bureaucratie rentière très présente, selon les résolutions prises par le Conseil des ministres, dans les rouages administratifs de Sonatrach.
En ce qui concerne la compagnie nationale des hydrocarbures, la décision du chef de l’Etat d’engager un audit est une claque à ses responsables, notamment anciens qui ne se sont pas préoccupés de la liste des correctifs à établir que vient de présenter le Conseil des ministres et qui sont archétypiques d’un système rentier dans toute son horreur : un patrimoine mal ou pas du tout évalué et qu’il s’agit maintenant d’expertiser ; des représentations pléthoriques à l’étranger et qu’il va falloir ramener à une proportion corrélative à l’intérêt du groupe et non pas pour offrir des parachutes dorés à des cadres que personne ne connait, des postes de responsabilité qu’il s’agit de revoir à la baisse parce qu’ils coûtent cher et n’ont pas de relation avec le rendement ou la rentabilité de Sonatrach. Enfin, il est demandé à Sonatrach de passer à une «comptabilité analytique saine», une revendication qui ferait sourire si on oublierait ce que dit la chronique judiciaire des affaires qui sont liées à son nom et son argent considérable.
Pour le secteur de l’énergie, une indication et un non-dit ! Pour la première, une mauvaise nouvelle pour les partisans d’une transition énergétique rapide, le président Tebboune déclare miser sur le fossile et compter aller le chercher partout. Le Conseil des ministres a rappelé à ce titre que de nombreux gisements existent avec une mention particulière pour l’Off-shore où les potentialités sont réelles, a-t-il indiqué. Une bonne initiative cependant : il a affirmé vouloir organiser le travail de récupération des réserves existantes pour le ramener à un taux de 40%, un vieux souhait de l’actuel ministre de l’Energie, afin d’économiser l’achat de carburant et de produits de raffinage. Au premier trimestre 2021, leur importation devrait cesser selon l’engagement du gouvernement.

Au privé, le gouvernant reconnaissant et agissant…
Pour le second, aucune allusion n’a été faite au renouvelable, laissant entendre que le gouvernement restera sur la feuille de route déjà établie notamment pour l’extension du domaine du solaire. On peut toutefois supposer que son constat de «stagnation» reproché au secteur d’être «empêtré dans les schémas de production classiques et perdant de vue les énormes potentialités que recèle le pays» constitue malgré tout une fenêtre ouverte aux alternatives aux hydrocarbures qu’auront sans doute à développer les industriels publics et privés.
L’appel à revoir le logiciel du secteur énergétique algérien fait découvrir en même temps l’immense retard pris pour sa réforme. Ce bilan est d’ailleurs plus scandaleux pour l’industrie où le secteur marchand de l’Etat, déclare le Conseil des ministres, a connu «plusieurs réformes sans donner de résultats probants», alors qu’il ne représente guère plus de 20% du secteur industriel global du pays. En face, le privé se voit légitimer et reconnu dans son apport (80%) à l’effort industriel national.
L’aveu de gratitude du gouvernement Tebboune dans ce domaine s’exprime par la création d’un «vrai guichet unique» pour les investisseurs, la priorité aux start-ups et aux activités de transformation. Et par l’engagement à libérer avant le 22 juillet les cahiers des charges pour la construction automobile, la production de l’électroménager (pour les entreprises affichant un taux d’intégration de 70%), des pièces détachées et pour l’importation du véhicule neuf et d’usines usagées. Des actions sur lesquelles on a passé plus d’une décennie à disserter, mais il n’est jamais trop tard, selon l’adage. Cette maxime est d’ailleurs plus que jamais valable pour l’industrie du médicament qui se voit dotée d’un seul et vrai patron.
En Conseil des ministres, le chef de l’Etat a, en effet, donné instruction pour que soit placées, «avec effet immédiat», toutes les unités de production pharmaceutique et parapharmaceutique sous la tutelle du ministère que dirige aujourd’hui Lotfi Benbahmed. Autre objectif fixé à ce département, accélérer la mise en production des quarante nouvelles unités, M. Benbahmed ayant annoncé une économie à l’importation de près d’un milliard de dollars à l’horizon 2021.<