L’Algérie et l’Union européenne, liées par un accord d’association vieux de plus de quinze ans, devaient faire le bilan
de leur coopération, hier, à l’occasion de la tenue de la 12e session du Conseil d’association Algérie-Union européenne.

Les travaux de cette réunion, organisée en visioconférence, devaient être présidés justement par le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, et le Haut-représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borell. «Au cours de cette rencontre, la plus haute instance de concertation et de dialogue politique, issue de l’Accord d’association Algérie-Union européenne, les deux parties procéderont à une évaluation exhaustive des relations et de la coopération de l’Algérie et l’Union européenne, notamment les volets relatifs au dialogue politique sur les relations bilatérales et les questions régionales et internationales d’intérêt commun ainsi que sur la mise en œuvre de l’Accord d’association», lit-on dans un communiqué diffusé, dimanche, par le ministère des Affaires étrangères.
Se projetant dans l’avenir, les deux parties «aborderont également les priorités communes du Partenariat Algérie-Union européenne pour les années à venir et procéderont, par ailleurs, à un échange de vue sur les questions de la mobilité en relation avec le dossier de la migration dans ses aspects bilatéraux et globaux», souligne ledit communiqué. Toujours pas de fumée blanche à l’heure où nous mettions sous presse, mais Alger compte bien mettre à profit cette occasion pour redire son souhait de renégocier l’Accord d’association ; étant en défaveur de l’Algérie qui semble avoir laissé des plumes quinze ans avant son entrée en vigueur. Lors d’un Conseil des ministres, le chef de l’Etat avait demandé en personne de faire une «évaluation rigoureuse et objective» des effets des accords commerciaux déjà conclus ou ceux encore en discussion sur l’économie nationale, tout en soulignant que la politique du commerce extérieur doit faire l’objet de mécanismes de concertation sectorielle plus renforcés.
Début septembre, la Commission européenne a fait savoir par la voix de son porte-parole que l’Algérie a demandé «oralement» à l’Union européenne de reporter l’achèvement de la zone de libre-échange, dont l’entrée en vigueur était prévue le 1er septembre.
Une balance commerciale au bénéfice de l’UE
L’Accord d’association entre Bruxelles et Alger prévoyait l’ouverture d’une zone de libre-échange dès 2017, mais celle-ci a été ajournée jusqu’en 2020 à la demande d’Alger, qui revient à nouveau à la charge pour demander le report de la suppression des droits de douane sur les produits industriels et agricoles en provenance de l’Union européenne. «Nous avons été informés oralement de la demande algérienne de report de l’achèvement de la zone de libre-échange entre l’UE et l’Algérie», a affirmé un porte-parole de la Commission européenne, qui avait précisé à la même occasion que l’institution «n’a pas encore reçu de demande formelle». Les trois sujets de blocage (faiblesse des investissements européens en Algérie, accès fermé aux entreprises algériennes sur le marché européen et déséquilibre des échanges commerciaux) devaient être sur la table des discussions, hier, à l’occasion de la tenue de la 12e session du Conseil d’association algéro-européen.
Selon les bilans effectués par la partie algérienne, l’Algérie a importé pour 320 milliards de dollars (plus de 270 milliards d’euros) de biens entre 2005 et 2019, tandis que ses exportations vers l’UE, son premier partenaire commercial, n’ont atteint que 15 milliards de dollars, hors pétrole et gaz, durant la même période. Rien qu’en 2019, les deux partenaires ont échangé pour un peu plus de 33 milliards d’euros, avec une balance légèrement au bénéfice des Européens (+612 millions d’euros). Les travaux du Conseil d’association pourraient être l’opportunité idoine à même d’aplanir les différends et tenter d’arriver à un accord qui privilégierait l’investissement productif qui offrirait d’importants relais de croissance aux deux partenaires. La partie européenne justifiait la faiblesse de ses investissements en Algérie par le mauvais classement de son partenaire du Sud au Doing Business de la Banque mondiale et la rigidité de sa législature encadrant l’investissement étranger. Cependant, l’Algérie a évolué depuis, supprimant la fameuse règle des 51/49% et assouplissant le droit de préemption. Ces réformes démontrent qu’Alger est disposée à faire des progrès, en attendant que l’UE fasse les siens. <