Le choc pandémique, la dévaluation du dinar, la baisse du pouvoir d’achat et l’incertitude de la perspective économique mettent l’entreprise et les ménages algériens dans une situation des plus difficiles. Face à elle, l’obligation d’un plan de relance courageux et innovant !

Avec le Covid, qui vient s’ajouter à une année 2019 marquée par un net ralentissement de l’activité économique, les entreprises ont détruit plus d’emplois qu’elles en ont créés. C’est logique ! En témoignent d’ailleurs les récents chiffres communiqués par le ministre du Travail au sujet du comportement du marché de l’emploi durant 2020. Les entreprises, qui ont eu à subir l’essentiel des sacrifices dus au déclin de l’activité en 2019 et au choc pandémique qui s’en est suivi, sont toujours dans l’attente du rapport d’évaluation de l’impact du Covid-19 sur les agents économiques et les entreprises plus particulièrement. Le ministre délégué chargé de la Prospective a annoncé récemment qu’une enquête sur l’impact de la crise sanitaire sur les entreprises et les ménages a été lancée en décembre dernier et dont les premiers résultats devaient être disponibles courant janvier qui vient de s’écouler. Cette enquête «concernera un échantillon 15.000 ménages et 15.000 entreprises». Le ministre avait rappelé qu’une première évaluation des impacts de la crise sanitaire a été déjà avancée lors de la rencontre présidée par le Premier ministre avec les partenaires sociaux et les opérateurs économiques, et qui a permis la création d’une commission de sauvegarde chargée de prendre en charge les incidences de la pandémie de la Covid-19 sur l’économie nationale. De son côté, le président du Conseil national économique et social (CNES), Réda Tir, a annoncé, lundi, que son organisme est en passe d’élaborer «45 notes d’alerte» destinées au gouvernement, comportant des rapports dans différents secteurs à l’effet d’alerter ce dernier sur plusieurs dossiers importants. Preuve que la situation ne fait que se corser au fur et à mesure que la crise perdure et les réponses attendues par les entreprises et les ménages tardent à avoir lieu. Les éléments de la crise sont plus que jamais visibles et le contraste est pour le moins saisissant avec les déclarations rassurantes de certains membres du gouvernement. Alors que le marché de l’emploi connait un resserrement inédit, en raison du gel des embauches par la Fonction publique -exception faite des deux secteurs de la Santé et de l’Education – et des difficultés de trésorerie auxquelles sont confrontés les entreprises publiques et privées, les faillites et les pertes d’emplois sont légion et risquent de faire grimper le taux de chômage à des niveaux dangereux. Si pour les entreprises publiques un plan de restructuration et de recapitalisation est en cours de préparation avec, comme option, une ouverture partielle du capital de certaines entreprises et banques via la Bourse, le privé national résident craint le pire si aucune mesure de soutien n’est prise dans les quelques semaines à venir. Selon des témoignages que nous avons pu recueillir auprès de certains chefs d’entreprises, le chiffre d’affaires a baissé de 40 à 70% durant 2020 selon les secteurs d’activités. A ces pertes sur les chiffres d’affaires sont venues se greffer des difficultés de trésorerie, des pertes d’emplois et de parts de marchés, des difficultés à honorer les engagements auprès des banques et de l’administration fiscale… C’est dire que la situation ne tient qu’à un fil et ce ralentissement de l’activité économique peut se transformer en un véritable marasme social. Des foyers de tensions ont été d’ailleurs constatés ça et là sur fond de difficultés de trésorerie et d’un pouvoir d’achat en perpétuelle érosion. La dévaluation ininterrompue que connait la monnaie nationale depuis fin 2014 n’a fait qu’accélérer cette érosion, dont l’élément le plus visible est la chute drastique de l’épargne des ménages. Le gouvernement est sérieusement mis en demeure par une crise patente, alors que l’enquête devant déterminer le poids du choc pandémique sur les ménages et les entreprises, ainsi que les réponses appropriées tarde à être rendue publique.