Sonatrach connaît une montée nette de ses recettes liée étroitement à la dynamique des prix du pétrole et du gaz sur les marchés mondiaux.

Le chiffre d’affaires du groupe Sonatrach a ainsi progressé de 75%, à 35,4 milliards de dollars à l’issue du précédent exercice. Il ne faut pas aller par trente-six chemins pour chercher une explication à cette hausse ; le prix moyen du Sahara Blend s’est établi à 72,3 dollars/baril en 2021, contre 41,9 dollars en 2020. Ce mouvement haussier a caractérisé également les quatre premiers mois de l’actuel exercice ; les recette de la compagnie nationale grimpant de 70%, à 21,5 milliards de dollars, contre 12,6 milliards de dollars à fin mai 2021. Grâce à la hausse des recettes de Sonatrach, les perspectives financières du pays sont désormais jugées favorables après avoir passé plusieurs années de turbulences résultant du contrechoc pétrolier de l’été 2014 et de la rechute brutale des cours de 2020. Les cinq années ayant suivi la dégringolade des prix amorcée en juin 2014 et les deux années de crise sanitaires ont laissé des traces dans les comptes de l’Etat. Les déficits budgétaire et courant se sont creusés et la dette publique interne a fortement progressé pour flirter avec les 10.000 milliards de dollars. Désormais, en raison notamment de meilleures recettes en devises liées étroitement à la bonne rentabilité du baril du Sahara Blend, les perspectives financières du pays peuvent être qualifiées de favorables. L’Exécutif peut aborder le prochain exercice budgétaire avec de larges marges de manœuvre. Le tout grâce bien évidemment à des facteurs exogènes liés à la crise ukrainienne et ses conséquences sur les marchés de l’énergie. L’examen de la loi budgétaire fondamentale du prochain exercice est remis à plus tard, ce qui permettrait au gouvernement de revoir ses arbitrages, éventuellement en faveur d’un rebond spectaculaire de l’investissement budgétaire afin de donner un coup d’accélérateur à une croissance toujours anémique.

Gare au laxisme

Mais attention, cette hausse des cours du pétrole et du gaz sur les marchés mondiaux pourrait ne pas être durable.
Une sortie négociée de la crise ukrainienne pourrait entrainer une rechute des prix, ce qui signifie que les grands chantiers de réformes budgétaires et économiques ne doivent pas être occultés par ce retour aux années du pétrole cher.
Dit autrement, l’impact de la guerre en Ukraine et des sanctions qui en découlent avec un risque géopolitique sur le commerce et les flux de capitaux, la croissance économique dans plusieurs régions demeure faible et l’inflation connait en revanche un rebond spectaculaire en raison de la hausse généralisée des cours mondiaux des produits de base, de l’énergie et des métaux. Ce pourquoi, la réponse du gouvernement doit être multiple, axée à la fois sur le soutien à l’investissement en y injectant une part non négligeable des recettes, la consolidation budgétaire et la lutte contre l’inflation. En même temps, le gouvernement doit s’investir impérativement dans l’amélioration de la collecte de l’impôt et des recettes de la fiscalité ordinaire. Dans le précédent conseil des ministres, qui a eu à examiner la première mouture de l’avant-projet de loi de finances 2023, le chef de l’Etat a jugé que les revenus de la fiscalité ordinaire sont loin des marges de progression qu’offre ce chapitre. Les petits contribuables parmi les salariés continuent à générer l’essentiel des recettes des impôts directs, alors que d’importantes niches restent inexploitées chez les grands et moyens contribuables ainsi que dans les circuits invisibles de l’économie sous-terraine. En l’état actuel des choses, il y a, certes, de quoi se réjouir, alors que les recettes de Sonatrach reviennent à des niveaux record entrainant les perspectives financières du pays dans le vert, mais il s’agit d’une hausse conjoncturelle qui appelle à la prudence et à des dépenses efficaces dans l’investissement et la croissance.