La conjoncture qui prévaut sur les marchés mondiaux de l’énergie, combinée à la dynamique que connaît l’amont pétrolier et gazier national, permet de desserrer davantage l’étau budgétaire de ces dernières années et de préparer sereinement les textes budgétaires à venir.

Par Hakim Ould Mohamed
Le gouvernement va devoir se remettre rapidement au travail après les vacances. Les ministres n’ont que 10 à 15 jours de repos, en fonction des départements, à compter du 1er août prochain. Certes, il sera bousculé par un calendrier serré, étant donné le nombre de dossiers en attente de préparation et de présentation, dont la l’examen des différents textes d’application de la nouvelle loi sur l’investissement, l’élaboration et l’examen de la loi de finances 2023 et la préparation du plan d’action du gouvernement, mais la conjoncture, marquée par une hausse des prix du pétrole et des recettes, laisse au gouvernement une bonne marge de manœuvre pour concevoir la trajectoire budgétaire du prochain exercice. En effet, les recettes sont en hausse, au premier semestre de l’année en cours, à près de 26 milliards de dollars, sous l’effet d’une bonne conjoncture qui enveloppe les marché pétrolier et gazier depuis maintenant plusieurs semaines. Les prix du gaz européen poursuivaient leur envol, atteignant un plus haut depuis le record historique de mars dernier. La référence néerlandaise TTF se négocie à 192,00 euros le mégawattheure (MWh), entraînant dans son sillage les cours du pétrole. Dans la matinée d’hier, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre prenait 1,45%, à 106,67 dollars. Le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain pour livraison le même mois montait quant à lui de 1,73%, à 98,37 dollars. Cette conjoncture qui prévaut sur les marchés mondiaux de l’énergie, combinée à la dynamique que connait l’amont pétrolier et gazier national, permet de desserrer davantage l’étau budgétaire de ces dernières années et de préparer sereinement les textes budgétaires à venir. Le nouveau ministre des Finances, Brahim Djamel Kassali, nommé il y a à peine quelques jours, devrait passer des journées très chargées, à son retour des vacances, mais avec moins de tension, étant donné l’état des finances publique qui connait une nette amélioration cette année.

L’impératif plan de stabilité budgétaire
Cependant, nonobstant ce contexte budgétaire aux couleurs plutôt claires, le gouvernement doit être prudent, compte tenu à la fois d’une inflation qui dérape – nécessitant de mettre le paquet pour le renforcement du pouvoir d’achat – et d’un éventuel retournement de situation au plan sanitaire. Le pays n’est pas à l’abri d’une nouvelle vague post-saison estivale et qui pourrait chambouler les prochaines rentrée sociale et scolaire. Au plan purement budgétaire, une stratégie de moyen terme pour les comptes publics doit être élaborée, en tenant compte des réformes promises et de l’impératif d’un assainissement des finances publiques afin de mettre l’économie à l’abri des chocs externes. Il s’agit, plus précisément, d’un programme de stabilité budgétaire qui tient compte de certains impératifs, dont l’amélioration du niveau des recettes de la fiscalité ordinaire et la collecte de l’impôt, la stabilisation du budget de fonctionnement de sorte à ce que sa couverture soit assurée par les revenus de la fiscalité ordinaire, la réforme de la politique sociale de l’Etat, la réduction des comptes d’affectation spéciale et les aides directes et implicites au profit des entreprises publiques et autres organismes budgétivores…. C’est en tenant compte de tous les paramètres que le gouvernement peut affranchir progressivement le budget des contraintes des marchés et des conjonctures. Cela exigera des ajustements budgétaires et des réformes économiques de fond, dont la réforme des subventions – repoussée -, la réforme du secteur public marchand, la réforme du marché bancaire et financier pour permettre l’émergence de nouveaux instruments de financement de l’économie… Ces réformes permettraient de mieux maitriser les dépenses et de mieux canaliser les excédents au profit de l’investissement et de la croissance. Cela signifie que la trajectoire budgétaire doit être étalée sur plusieurs années, en ayant des objectifs ambitieux en matière de réformes et d’efficacité des dépenses. Faute de quoi, le retour à la case départ n’est pas à écarter si les marchés de l’énergie venaient à renouer avec les retournements de situation. La hausse des prix actuellement et, par ricochet, des recettes, ne doit pas occulter l’essentiel, à savoir rétablir durablement la stabilité financière et l’équilibre des comptes publics. n