Par Kahina Sidhoum
Vendredi 6 mai, avant la fermeture pour le week-end des marchés internationaux, les cours pétroliers ont poursuivi leur hausse. Ainsi, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet a avancé de 1,34% à 112,39 dollars. Le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain pour livraison en juin a gagné quant à lui 1,39% à 109,77 dollars. La progression de leurs prix est encouragée par le projet d’embargo de l’Union européenne (UE) sur le pétrole russe comme élément stratégique du nouveau paquet de sanctions économiques voulues par Bruxelles contre Moscou et le refus, pour l’instant, de la Hongrie et de la Slovaquie d’accepter de ne plus s’approvisionner en hydrocarbures russes même après une période de transition. Les discussions des ambassadeurs des vingt-sept Etats membres pour se détourner de l’or noir russe ont commencé vendredi dernier après la proposition de la Commission européenne, mercredi 4 mai, de lancer un sixième paquet de sanctions contre le Kremlin qui, outre l’embargo sur le pétrole, comprend l’inscription du chef de l’Eglise orthodoxe russe, le patriarche Kirill, sur la liste noire de l’UE, l’exclusion de la plus importante banque russe, la Sberkank (37% du marché) et de deux autres établissements du système financier international Swift, ainsi que l’interdiction de diffusion de trois canaux télévisés russes, dont Russia 24 et Russia RTR
Mais c’est bien le projet d’arrêt des achats de l’or noir qui retient davantage l’attention des observateurs, confirmant par-là l’importance stratégique de cette matière première dans le façonnement des relations entre les économies mondiales. Le projet soumis par la Commission propose un arrêt des importations dans l’UE du pétrole brut et des produits raffinés d’ici la fin de l’année. L’Allemagne, qui bloquait ces dernières semaines un tel embargo, y est désormais prête. Mais la Hongrie et la Slovaquie, deux Etats enclavés, sans accès à la mer ni à des oléoducs européens, et dès lors fortement dépendant des livraisons par l’oléoduc russe Drouiba, s’y opposent. La Commission avait anticipé la situation en proposant de leur octroyer un délai d’un an supplémentaire, jusqu’à fin 2023, pour couper leurs robinets. Pour arracher leur soutien, ce délai a été rallongé d’encore un an, à fin 2024, dans une nouvelle version du projet, vendredi. Ce délai de deux ans a aussi été accordé à la République tchèque et la Bulgarie le demande. Mais ces calendriers et leurs modalités sont encore âprement discutés… Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, met la pression. «Depuis le début, nous avons clairement signifié qu’il y avait une ligne rouge, à savoir l’embargo sur l’énergie. Ils ont franchi cette ligne», a-t-il affirmé vendredi lors d’un entretien à la radio. Budapest demandait ces derniers jours une dérogation d’au moins cinq ans et vend cher son soutien. La Grèce, inquiète pour l’activité de sa flotte marchande, tique pour sa part sur le projet d’interdire aux pavillons européens de transporter du pétrole russe, quelle que soit sa destination. «Les pays qui hésitent aujourd’hui ne sont pas encore prêts», a reconnu vendredi matin la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, interrogée lors d’un congrès. «Ils n’ont pas d’accès à la mer et nous discutons avec eux pour trouver des solutions […] afin qu’ils aient la garantie d’avoir une sécurité pour leurs approvisionnements avec suffisamment de pétrole livré», a-t-elle expliqué. «Si aucun accord n’est trouvé ce week-end, je devrai convoquer une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères la semaine prochaine, après la journée de l’Europe», a déclaré le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.