Les médecins résidents reprennent le travail aujourd’hui. Ils mettent ainsi fin à une grève de plus de 220 jours qu’ils ont commencée en novembre 2017, sans doute la plus longue de tous les mouvements de protestation sociale connue dans le pays depuis cinquante ans. Leur décision a été annoncée vendredi soir, après les assemblées générales tenues entre les 17 et 20 juin derniers.

Ce collectif dénommé «Collectif autonome des médecins résidents algériens», popularisé par les médias sous l’acronyme de Camra, a expliqué son initiative par sa «bonne foi» à reprendre le dialogue avec le gouvernement et en particulier les deux départements dont les médecins résidents dépendent : l’Enseignement supérieur parce que ce sont encore des étudiants en quête de spécialisation en médecine et le ministère de la Santé parce que ce sont des praticiens post-graduants qui prodiguent des soins dans les services hospitaliers dont ceux des gardes d’urgence. Dans les faits, la fin de la grève des médecins résidents intervient après moult péripéties au cours desquelles leur mouvement est passé tantôt par une phase ascendante provoquant la panique du ministère de la Santé tantôt par une autre descendante qu’on peut expliquer par l’usure du temps – difficile de maintenir, sans faiblesse, une mobilisation sociale durant plusieurs mois – et l’absence presque totale d’un syndicalisme de la santé fortement corporatiste et donc atomisé ainsi que par les tergiversations d’une tutelle qui, au vu des derniers développements constatés depuis mars dernier au moins, n’a rien cherché d’autre que de gagner du temps. Depuis le début, en effet, le département de Mokhtar Hasbellaoui a toujours cherché à imposer son rythme aux négociations qu’il a ouvert avec le Camra. Cela s’est vu dès janvier dernier lorsque le ministre a installé une «commission» chargée d’examiner les revendications des médecins grévistes. Cela s’est davantage confirmé après la multiplication sans résultat des rounds de négociations – plus d’une dizaine selon un décompte basé sur les communiqués du Camra – et le choix de faire appel aux médecins généralistes pour assurer le service délaissé par les résidents dans les structures d’urgence. Face à cela, la direction du Camra a choisi de continuer sur la voie radicale jusqu’à boycotter à deux reprises les examens des études médicales, dits DEMS. Son intransigeance s’est cependant effritée au fur et à mesure que le temps passait et que beaucoup de médecins résidents aient choisi de reprendre le travail. Cette attitude qui a souffert du manque de solidarité syndicale a provoqué un raidissement du gouvernement et incité le ministre de la Santé à sonner la charge : « pas de dialogue sans reprise du travail », avait-il répété en substance à plusieurs occasions. La dernière fois, c’était en date du 18 juin dernier, une réaction qui a, semble-t-il, encouragé la direction du Camra à lâcher du lest et abandonner son discours jusqu’au-boutiste. Ce qui l’a précipité sur cette voie, c’est aussi l’alerte donnée après sa décision contestée par les sections régionales dont celles de Constantine d’annoncer la reprise du service des gardes, le 3 juin dernier. Le malaise que cette annonce avait provoqué a été considéré par des observateurs comme un signe d’épuisement du mouvement et comme un risque d’effritement de ces forces. Pour d’autres, la reprise par les médecins résidents du travail, aujourd’hui, trouve ses origines dans les incidents constatées alors et la protestation des médecins grévistes dans les régions de n’avoir pas été correctement informés de la décision de reprendre le service des gardes d’urgence.

Quid de l’avenir ?

On aura remarqué que le Camra ne parle pas de fin mais de « gel » de la grève, laissant la perspective ouverte à une éventuelle reprise du mouvement. Après tant de mois de résistance et de lutte, rien ne sera plus difficile que de revenir à l’arrêt du travail, indique un observateur qui constate lui aussi un «épuisement normal» des forces du collectif qui n’aura d’alternative maintenant que d’étudier les propositions de la tutelle depuis mars dernier au moins. « Le gel de la grève est une manière de négocier », a déclaré à Reporters le porte-parole du collectif, le docteur Hamza Boutaleb qui a ajouté que « la balle est dans le camp de M. Hasbellaoui ». « On espère que le ministre tiendra sa promesse exprimée devant la presse », a ajouté le docteur Boutaleb. D’après d’anciennes déclarations datant de mars et d’avril derniers, le ministère s’est dit «favorable à la modulation de la durée du service civil». Le Camra propose deux ans alors qu’il est officiellement compris entre un et quatre ans. Sur le point relatif à la prime liée à ce service civil, la tutelle s’est dite prête pour prime mensuelle «entre 20.000 DA et 60.000 DA, selon les zones, à la charge des collectivités locales». Le ministère de la Santé s’engage, également, à «garantir un logement décent individuel et équipé pour les praticiens assujettis au service civil dans les wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux», tandis que «dans les wilayas du Nord, le logement sera garanti lorsque la distance entre le domicile du praticien spécialiste et son lieu d’affectation dépasse 50 km». En ce qui concerne les conditions de travail, le ministère s’est engagé pour que «les affectations des spécialistes se fassent en fonction du plateau technique propre à chaque spécialité», un critère pour l’ouverture des postes. Pour ce qui est du service national, la tutelle «accorde le principe de la déduction de la période accomplie du service national de la durée du service civil», un point qu’il s’agit de clarifier puisque des médecins spécialistes, après avoir passé le service civil, sont appelés sous les drapeaux. Il n’est pas le seul et la reprise du travail des médecins résidents, aujourd’hui, donnera un aperçu réactualisé de leurs revendications et de la manière dont le gouvernement entend les traiter.
Entre autres, le droit de se constituer en syndicat. Sur ce point, le ministère a demandé aux concernés de s’organiser «conformément aux dispositions de la loi 90-14, notamment son article 42». A suivre. <