Les médecins résidents multiplient les sorties médiatiques pour tenter de justifier la poursuite de leur grève, l’arrêt du service minimum et le refus de reprendre le dialogue avec le ministre de la tutelle.

Dans un long communiqué publié hier, le Collectif des médecins résidents algériens (Camra) a répondu une autre fois au ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, en s’expliquant sur les raisons de la radicalisation de leur mouvement de protestation qui entame son sixième mois sans qu’un accord ne soit trouvé par les deux parties en conflit.
« A l’aube du 6e mois de grève des médecins résidents algériens, dans un contexte de durcissement sans précédent, à savoir l’arrêt de toute activité hospitalière, notamment les gardes de nuit, la tutelle, dans une énième manœuvre de déstabilisation et de manipulation de l’opinion publique contre les médecins résidents, publie et diffuse un communiqué récapitulatif de l’état actuel de la grève, vu par ses soins », lit-on dans le communiqué. Commentant le travail de la commission mixte, installée pour prendre charge les revendications des médecins résidents, le Camra reproche à cette dernière d’être dépourvue de toutes prérogatives. « La commission, sans pouvoir décisionnel, a prouvé son incapacité à répondre à nos revendications et à apporter des solutions satisfaisantes aux problèmes profonds qui ont été soulevés », accuse l’organisation. En ce qui concerne la principale revendication des médecins résidents, à savoir la suppression du caractère obligatoire du service civil, le Camra reconnaît des avancées tout en soulignant des lacunes. « Il y a des changements positifs, cela est incontestable. On note, malheureusement, que la durée du service civil est toujours de 4 ans, alors que notre revendication initiale était l’abrogation de son caractère obligatoire. Nous avons même élaboré et proposé des solutions à même de maintenir un «service civil» tout en retirant l’obligation », expliquent-ils. Ils poursuivent : « Aussi, est-il nécessaire de maintenir un service civil de 4 ans dans les CHU du Nord, alors que sa vocation première est de lutter contre les déserts médicaux ? De plus, le fait qu’on ait accepté de discuter de «modulation» est une preuve irréfutable que nous sommes prêts à faire des compromis afin de résoudre cet état de crise. » L’organisation estime, en outre, que cette modulation n’est pas garantie de rester immuable pour les années à venir. « Tant que les textes de loi ne sont pas modifiés, il n’est pas improbable de voir une nouvelle modulation d’ici quelques années, pire que l’actuelle ! »
La prime du service civil n’a pas échappé aux critiques. « Tout d’abord, nous déplorons le fait que cette prime soit toujours mise en avant alors que nos revendications portent avant tout sur l’amélioration de tout un système inefficient et loin d’être capable de subvenir aux besoins de santé des populations », déplorent-il. « Ensuite, pourquoi limiter une prime liée au service civil aux seules wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux, alors que les zones III et IV sont celles où l’on passe le plus de temps, obligés d’exercer dans des structures hospitalières parfois, disons-le, avec aussi peu de moyens et d’infrastructures que celles du Sud ? », enchaînent-ils.
Le Camra contredit également la tutelle sur la question du logement. « Le logement est un droit déjà inscrit dans les textes relatifs au service civil. Hors, la réalité du terrain montre que de plus en plus de médecins spécialistes en sont dépourvus. Soit en raison de logements indécents, soit en raison de logements détournés. La promesse du ministère sur ce volet ne peut être assurée ni rassurée qu’en présence d’outils additifs, tels qu’une prime de logement ou un conditionnement de la durée du service civil -La durée d’attente d’un logement est comptabilisé dans la durée du service civil avec versement immédiat du salaire », répondent-ils au ministère de la tutelle, qui avait déclaré, il y a quelques jours, que la question de logement est difficilement réglée. Le collectif estime aussi que les solutions proposées par la commission mixte sur le regroupement familial, le congé de maternité et le droit syndical sont au-dessous des attentes.
Enfin, le Camra réaffirme sa disposition à reprendre les négociations.
« Nous sommes plus que jamais ouverts aux négociations sérieuses, responsables et honnêtes, sans langue de bois ! Car il est plus qu’urgent, vu le degré jamais égalé de bricolage au niveau de nos hôpitaux, de trouver une sortie honorable à ce conflit », indique la même source.