Les négociations reprennent enfin entre le Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra), en grève depuis quatre mois, et le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière. Un rendez-vous de reprise des pourparlers est fixé pour le 1er avril prochain, a-t-on appris du porte-parole du Camra, Dr Mohamed Taileb.

« Nous avons reçu une invitation officielle du ministre lui-même pour reprendre les négociations sur notre plateforme de revendications», a-t-il affirmé. Il enchaîne : « Nous partirons à cette réunion pour demander au ministre de prendre en charge l’intégralité de nos revendications ». Pour lui, cette rencontre sera une opportunité pour éviter l’année blanche. La réunion de dimanche prochain devait avoir lieu hier, précise la même source. Elle a été reportée en raison du décès de deux médecins résidents dans un appartement à Douéra à Alger. « Nous avons demandé le report de la réunion en raison du décès tragique de nos collègues », note Mohamed Taileb. S’agit-il du bout tunnel ? Notre contact refuse de se précipiter. « Nous n’avons rien obtenu pour le moment. Il s’agit d’une invitation pour discuter sans plus », dit-il. Il ajoute : « Il est encore prématuré de parler des résultats de la rencontre. » Pour lui, rien n’est encore acquis. « Il faut qu’on voie d’abord ce que va nous dire le ministre pour pouvoir parler d’acquis  ou non », précise-t-il. Avant de rappeler que le communiqué publié lundi par le comité intersectoriel, institué par le ministère de la Santé, n’apporte aucune nouveauté. «Ce qui a été dit dans le communiqué n’a rien de nouveau. Nous attendons des réponses claires sur le service civil et national », dit-il.
En outre, il fait savoir que la grève et le boycott des DEMS se poursuivra pendant les négociations. « Toutes les actions de protestation entamées se poursuivront pendant les négociations», souligne-t-il. L’avenir du mouvement de protestation se décidera lors des assemblées générales en fonction des résultats de la réunion du dimanche 1 avril, nous affirme la même source.
Pour rappel, cette invitation à la reprise des négociations intervient après moins d’une semaine de la décision des médecins résidents de durcir le ton envers la tutelle. En effet, réunis le weekend dernier au CHU de la wilaya de Sidi Bel Abbès, les dirigeants du Collectif des médecins résidents ont opté pour de nouvelles formes de protestation « plus radicales».
Par ailleurs, il y a lieu de noter que Camra a lancé mardi un appel aux internes, aux étudiants en médecine en dernière année de stage et de formation pour s’unir autour de la même plateforme de revendications. « Les internes, étudiants en médecine en dernière année de stage et de formation, cette tranche d’abeilles ouvrières qui maintient les services surtout depuis la grève des résidents, en se donnant à différentes tâches de soins et de débrouillage, unifie sa voix pour réclamer la révision du statut obsolète de l’interne en absence de laquelle il restera exposé à maintes risques professionnels et exploitations », lit-on dans l’appel.

Grève des médecins spécialistes : le Camsa satisfait de la mobilisation
Par ailleurs, le Collectif autonome des médecins spécialistes algériens (Camsa) fait un bilan positif de sa grève cyclique de mardi et mercredi. Il estime que son action a eu les résultats recherchés, à savoir de mobiliser les médecins spécialistes du secteur de la santé publique et secouer le ministère de tutelle pour qu’il ouvre les portes du dialogue.
Dans une déclaration à Reporters, l’un des membres fondateurs du Camsa, Ismaïl Triki, se dit satisfait de l’impact de cette grève cyclique. « Nous pouvons dire que les premiers objectifs de notre mouvement sont atteints », affirme-t-il. Il enchaîne : « Nous avons enregistré une adhésion importante à notre démarche de créer un syndicat autonome pour les médecins spécialistes du secteur public ». En ce qui concerne le taux de suivi de cette grève au niveau national, notre interlocuteur indique que son organisation n’a pas encore fait un bilan général de ces deux jours, mais il l’estime appréciable. « Nous n’avons pas encore fait le bilan final de ces deux jours de grève, mais nous pouvons dire que la mobilisation est importante. Elle a touché la plupart des wilayas. C’est encourageant pour un syndicat en cours de constitution », a-t-il affirmé.
Toutefois, il souligne que des médecins grévistes ont subi des pressions de la part des directions de santé, mais aussi des membres du Syndicat national autonome des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP). Certains responsables de la santé ont exprimé un refus intégral de cette grève en la qualifiant d’illégale tant que le Camsa n’est pas encore reconnu. Ils ont, selon lui, agi avec des menaces de sanctions administratives et poursuites judiciaires pour activité syndicale illégale. D’autres responsables ont affiché une indifférence tandis que d’autres se sont solidarisés discrètement avec les médecins spécialistes grévistes.
Interrogé sur la réaction officielle de la tutelle, Ismaïl Triki déplore l’absence totale d’une réponse de cette dernière. « Nous n’avons pas été contactés par la tutelle », regrette-t-il. Pour l’avenir de leur mouvement, il dira que la grève cyclique se poursuivra avec la possibilité d’une coordination avec la Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP). « Nous sommes en concertation avec le SNPSP en vue de mener ensemble des actions de protestation au futur », a-t-il révélé.
Notons que la grève de mardi et mercredi avait pour but de dénoncer le traitement « violent » réservé aux revendications des médecins résidents, déplorer le refus des pouvoirs publics d’autoriser la tenue de l’assemblée générale constitutive du Camsa et enfin exiger des mesures de sécurité adéquates dans les lieux de travail notamment pendant les gardes de nuit ainsi que d’autres points socioprofessionnels.