La Russie poursuivait hier son offensive sur les villes ukrainiennes, notamment sur Kharkiv, tout en évoquant une reprise des pourparlers avec une délégation ukrainienne. La délégation de négociateurs russes est prête à poursuivre les pourparlers avec les représentants de l’Ukraine, a indiqué le porte-parole du Kremlin.

Par Sergey BOBOK
«Aujourd’hui, vers le début de la soirée, notre délégation sera sur place, nous allons attendre les négociateurs ukrainiens», a affirmé Dmitri Peskov à la presse, disant «espérer» que ces derniers viennent aux négociations, sans en préciser le lieu. Le chef de la délégation russe, Vladimir Medinski, a indiqué précédemment que cette nouvelle rencontre aurait lieu «bientôt» à la frontière polono-bélarusse. Un premier round de pourparlers a eu lieu lundi à la frontière ukraino-bélarusse, dans la région de Gomel. Les négociateurs des deux parties s’étaient ensuite retirés pour «consultations» dans leur capitale respective, tout en envisageant un deuxième round. Mardi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, a indiqué que son pays «n’a pas eu de résultat qu’il aimerait avoir» à l’issue du premier round de discussion. Sur le terrain, au septième jour de l’invasion lancée par Vladimir Poutine, des troupes aéroportées russes ont débarqué à Kharkiv, deuxième ville du pays, a annoncé à l’aube l’armée ukrainienne, sans donner une idée de leur nombre. Après plusieurs bombardements au centre-ville mardi qui ont fait au moins 21 morts selon le gouverneur régional, des frappes ont touché mercredi matin les sièges régionaux des forces de sécurité et de police ainsi que l’université de cette métropole située à 50 km de la frontière russe, selon les services d’urgence, qui ont fait état d’au moins quatre morts et neuf blessés. «Il ne reste plus de zone à Kharkiv où un obus d’artillerie n’a pas encore frappé», a affirmé Anton Guerachtchenko, conseiller du ministre ukrainien de l’Intérieur. Dans la capitale Kiev, quelque 500 km plus à l’ouest, où les habitants qui n’ont pas fui se préparent depuis des jours à un assaut, un calme relatif règne mercredi, après des frappes la veille sur la tour de télévision, qui a fait cinq morts. Des hommes en tenue militaire ont enveloppé les corps – apparemment quatre membres d’une même famille et un journaliste de la télévision d’Etat – pour les emmener à la morgue, a constaté l’AFP. «Cette tour, c’est notre symbole de vérité, d’informations libres, de vraies nouvelles, c’est notre vérité qu’ils veulent attaquer», a indiqué un avocat devenu combattant volontaire, Volodymyr Roudenko. Le président Volodymyr Zelensky a accusé Moscou de chercher à «effacer» l’Ukraine. «Ils ont l’ordre d’effacer notre histoire, d’effacer notre pays, de nous effacer tous», a-t-il lancé mercredi dans une nouvelle vidéo. Des photos de la société américaine d’imagerie satellitaire Maxar diffusées dans la nuit de lundi à mardi montraient un long convoi russe progressant vers la capitale. Un responsable du Pentagone a cependant indiqué que sa progression vers la capitale, qui compte en temps normal quelque trois millions d’habitants, semblait «au point mort», évoquant des problèmes d’approvisionnement en nourriture et carburant. Le ministère ukrainien de la Défense a par ailleurs indiqué dans la nuit redouter une offensive depuis le Bélarus, au nord. Le maire de Kiev, l’ex-boxeur Vitaly Klitschko, a fait état de combats dans la banlieue de la ville et appelé «tous les résidents de Kiev à faire preuve de résilience (…) Kiev tient et va tenir». Dans le sud du pays, sur la mer d’Azov, l’armée russe a indiqué avoir pris «le contrôle total» de la ville de Kherson. Peu auparavant, son maire, Igor Kolykhaïev, assurait néanmoins que la cité restait sous contrôle ukrainien. A Marioupol, plus à l’est, plus d’une centaine de personnes ont été blessées mardi dans des tirs russes, selon la mairie. Le contrôle de ce port est clé pour l’armée russe, afin d’assurer une continuité territoriale entre ses forces venues de Crimée et celles venues des territoires séparatistes du Donbass. Les deux groupes ont fait leur jonction mardi, selon Moscou. Dans ce contexte d’offensive généralisée, le porte-parole du Kremlin a annoncé qu’une délégation russe attendrait mercredi soir dans un lieu indéterminé «les négociateurs ukrainiens». Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba a quant à lui dit qu’aucune date n’avait été convenue. «On ne sait pas quand les pourparlers auront lieu», a-t-il dit, accusant la Russie d’émettre des «ultimatums». Des premières négociations lundi étaient restés sans résultat tangible lundi, alors que Kiev réclame l’arrêt immédiat de l’invasion russe quand Moscou laisse entendre vouloir une reddition.
«Contrôle total»
de la ville de Kherson
Les frappes sur Kharkiv et Kiev témoignent de l’intensification d’une offensive russe qui a ressoudé les Occidentaux mais aussi ravivé la menace nucléaire. Le président américain Joe Biden a estimé dans la nuit que Vladimir Poutine était maintenant «plus isolé que jamais du reste du monde». Il a déclaré que le «dictateur» du Kremlin avait eu tort de «penser que l’Occident et l’Otan ne répondraient pas» à cette invasion. «Les démocraties sont au rendez-vous», «nous sommes unis», a-t-il martelé lors de son premier discours sur l’état de l’Union à Washington. Mais Vladimir Poutine semble déterminé à poursuivre son offensive, malgré une pression internationale croissante et des sanctions économiques historiques. Parmi les mesures inédites, certaines banques russes ont déjà été exclues du système de messagerie Swift, rouage-clé de la finance internationale. La mesure a poussé au dépôt de bilan la principale filiale européenne de la Sberbank, première banque russe, a indiqué mercredi le régulateur bancaire de l’UE. Les émetteurs américains de cartes de paiements Visa, Mastercard et American Express ont annoncé mardi avoir pris des mesures pour empêcher des banques russes d’utiliser leur réseau. Et plusieurs géants de l’économie américaine, d’ExxonMobil à Apple en passant par Boeing et Ford, ont annoncé mardi prendre leurs distances avec la Russie. Joe Biden a par ailleurs annoncé l’interdiction de l’espace aérien des Etats-Unis aux avions russes, une mesure déjà annoncée par l’Union européenne et le Canada. «L’économie de la Russie est frappée durement, mais il y a une capacité de résistance, un potentiel, on a des plans», a commenté le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Conséquence de ces tensions: des marchés financiers extrêmement secoués et volatils. Les prix du pétrole et du gaz, dont la Russie est l’un des principaux fournisseurs mondiaux, continuaient leur flambée mercredi. Idem pour blé et maïs, à un niveau record en Europe.
836.000 personnes
en fuite
Après bientôt une semaine de conflit, les Ukrainiens sont toujours plus nombreux à fuir. Depuis le début de l’invasion le 24 février, plus de 836.000 personnes sont parties à l’étranger, a indiqué mercredi le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés. Ils fuient surtout par l’ouest, notamment via Lviv, vers la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie, tous pays membres de l’UE et de l’Otan. Mais des milliers, venus notamment du grand port d’Odessa, sur la mer Noire, affluent aussi à la frontière moldave, a constaté l’AFP. (Source AFP)