Dans le cadre des décisions de confiscation des biens prononcées par la justice à l’encontre des hommes d’affaires et les hauts responsables du pays, condamnés définitivement dans les multiples affaires de corruption qui ont fait l’actualité des tribunaux ces trois dernières années, les services de la police judiciaire viennent de procéder à la saisie d’une partie des biens appartenant à Mahieddine Tahkout.

Par Feriel Nourine
C’est ce qu’indique un communiqué de la Direction générale de la sûreté nationale à propos de cette opération effectuée à la fin de la semaine dernière au niveau des entrepôts de l’homme d’affaires actuellement sous les verrous, situés à Réghaia, Ouled Fayet, Dar El Beida et Staoueli (Alger), ainsi que dans un cinquième entrepôt à Béchar.
C’est un coup de saisie de grande envergure qu’ont réalisé les mêmes services, sur ordonnance de perquisition délivrée par le parquet compétent au niveau des cinq entrepôts.
Sur ces lieux, les agents chargés de la mission de perquisitionner ont mis la main sur 507 véhicules, dont 267 voitures de tourisme de luxe, 84 camions de diverses marques, des jet-skis et des bateaux de plaisance, des motos de luxe, plus de 800 grandes boîtes contenant des pièces automobiles et 30 conteneurs contenant 63 moteurs de bus neufs, détaille la même source, soulignant que le montant de ces biens est estimé à près de 1 000 milliards de centimes.
Ces biens étaient dissimulés par des membres de la famille de Mahieddine Tahkout et certains de ses proches, fait savoir encore la DGSN. «Ils n’ont pas été déclarés aux autorités judiciaires chargées de la saisie des biens, et ce, dans le but de les revendre de manière illégale», dévoile encore la DGSN. D’autres véhicules étaient en phase de règlement de leurs dossiers administratifs «avec la complicité de certains employés de l’administration», poursuit-on.
Vingt-quatre suspects sont impliqués dans cette affaire, dont les membres de la famille de l’ancien homme d’affaires et certains de ses proches, poursuit la DGSN, notant que ces derniers ont été déférés devant le parquet compétent pour «recel de produits provenant d’infractions de corruption, blanchiment d’argent». Pour rappel, d’autres biens détenus par la famille Tahkout ont déjà été saisis par la justice, à l’exemple du parc de bus et autres moyens logistiques que compte son entreprise de transport des étudiants. L’opération confiscation des biens d’hommes d’affaires et hauts responsables ayant bâti des fortunes colossales sur le socle de la corruption a commencé il y a quelques mois, avant de s’accélérer depuis le mois dernier à travers la confirmation, après pourvoi en cassation par les accusés, des peines administratives prononcés en première instance.
Saisies en chaîne
Après leur confiscation par la justice, de nombreux biens appartenant aux hommes d’affaires Mahieddine Tahkout, Ali Haddad, les frères Kouninef, ainsi qu’à d’anciens hauts responsables, dont les deux ex-premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, ont déjà été saisis. Les sommes d’argent récupérées avoisineraient les 600 milliards de centimes, en plus de villas, d’usines, de bateaux de plaisance, d’appartements, de lots de terrains, ou encore des immeubles que les hommes d’affaires promus sous le règne de Bouteflika avaient acquis de manière illicite.
A lui seul, l’ex-patron du groupe ETRHB était en possession de 57 lots terrains, 452 crédits dont 80 des banques publiques qui ont coûté au Trésor public la somme de 11 000 milliards de centimes, ainsi que 275 projets octroyés de manière irrégulière et qui représentent un préjudice de 100.000 milliards de centimes.
De leur côté, les frères Kouninef, qui ont été également condamnés à payer une amende de 32 millions de dinars, leur groupe, KouGc dispose de plusieurs biens immobiliers et d’actifs estimés à quelque 300 millions de dollars. Un pactole qui devrait être récupéré en totalité ou en partie, selon sa situation comptable actuelle, en même temps que la grande huilerie industrielle de Jijel dont le chef de l’Etat avait exigé sa remise en marche. Chez les ex-hauts responsables, des informations de presse ont fait récemment état d’une opération de perquisition, mise sous scellés, saisie et confiscation de biens appartenant Ouyahia et Sellal ou enregistrés aux noms de membres de leurs familles. Les deux anciens Premiers ministres ont été, faut-il le rappeler, condamnés à des peines définitives de 12 ans et 15 ans respectivement.
Trois ex-ministres ont également été touchés par la procédure de confiscation, à savoir l’ex-ministre des Ressources en eau, Abdeleziz Baraki, et les deux ex-ministres de Travaux publics, Amar Ghoul et Abdelkader Kadi.
On peut citer d’autres noms ayant occupé de hautes fonctions au sein de l’Etat et dont les biens ont été soit confisqués, soit saisis, à l’exemple de l’ex-Directeur général de de la Sûreté nationale, Abdelghani Hamel, condamné dans plusieurs affaires de corruption concernant l’acquisition de biens par lui ou par sa famille. <