Par Lyes Sakhi
Attendus pour donner un coup de pied dans la fourmilière, les candidats indépendants sont finalement arrivés deuxièmes après ceux du FLN (105 sièges). Les pronostics avant la publication des résultats hier par l’autorité électorale les donnaient comme grands perdants de l’opération électorale. Aujourd’hui, ils remportent 78 sièges et passent pour de véritables miraculés même si le suffrage qu’ils ont obtenu par rapport aux 1 208 listes qu’ils ont engagées dans le scrutin, soit un nombre qui a dépassé celui des listes totales des partis politiques présents à ce rendez-vous électoral, reste très modeste. L’ambition affichée par les indépendants durant la campagne, rappelons-le, était de bousculer la carte parlementaire et d’imposer un nouveau paysage politique. Ils devront se contenter d’être à la remorque du FLN, bien loin des objectifs visés par cette frange de candidats, ou encore des espoirs nourris par de nombreuses parties à leur égard. Bien loin surtout de la perspective souhaitée par des conseils présidentiels de voir émerger un noyau dur de la société civile et s’affirmer dans le jeu parlementaire, comme signalement de la reconfiguration pour laquelle le président de la République s’est engagé au lendemain de son élection à la tête du pays.
Pour autant, le résultat qu’ils viennent de réaliser les place dans la position très intéressante de la force tampon entre le FLN acquis à la culture de ne pas jamais mettre en difficulté les gouvernements qui se sont succédé depuis la législature de 1997 – qui marquait à l’époque la fin de la parenthèse sécuritaire de la décennie, même si les violences n’avaient pas encore cessé – et le MSP (64 sièges) rendu plus critique par son président et plus imprévisible par ses anciennes expériences participationnistes et d’alliances, des échecs qui sont à l’origine du leadership de Abderrazak Makri.
La force tampon des indépendants se manifeste davantage à l’examen des résultats des autres formations en lice, dont celui Rassemblement national démocratique (RND, 57 sièges). Une grande partie de l’opinion attendait, et espérait, pour lui, une défaite électorale synonyme de mort politique attestée. Il revient dans le jeu comme quatrième force et dans un positionnement lui permettant l’option de s’engager dans une alliance avec le FLN et les indépendants et de prétendre à des portefeuilles dans le prochain gouvernement qu’aura à constituer le futur Premier ministre désigné par le président de la République, ce dernier ne se trouvant pas face à une majorité parlementaire qui l’aurait obligé à accepter un chef du gouvernement selon les dispositions de la Constitution qu’il a amendée.
En termes d’image politique, ce n’est pas ce qu’il y a de plus séduisant pour le chef de l’Etat et ses conseillers qui ont fait le pari d’un cadre parlementaire renouvelé et qui se retrouve avec des forces politiques qui ont fait les années du Bouteflikisme, selon les marges de manœuvre qu’on peut prêter au pouvoir législatif face à l’Exécutif. Mais cela présente l’avantage de réfréner l’appétit d’El Bina (40 sièges) qui arrive en cinquième position et de le « désarmer » de toute tentation de se coaliser avec son frère ennemi du MSP et de former un bloc islamiste à l’Assemblée populaire nationale (APN).
Ce schéma s’éclaircit davantage lorsqu’on observe que c’est le front El Moustaqbal (48 sièges) de Abdelaziz Belaid, qui a fait ses classes dans les organisations du FLN avant de s’émanciper et de créer sa propre formation, arrive en quatrième position avant El Bina (40 sièges). Compte tenu de son histoire et de sa sociologie de cadres moyens et supérieurs, de médecins et de pharmaciens, on voit mal ce parti s’allier avec les deux formations islamistes. On le voit davantage en ordre de bataille dans une alliance qui conforterait la position d’un chef de l’Etat réveillé de l’idée que le taux de participation dans un scrutin est secondaire. n