C’est sous le thème « Une nouvelle économie pour les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord : les jeunes, la technologie et la finance» qu’a débuté hier au CIC une conférence de deux jours organisée par le ministère des Finances en collaboration avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire arabe.

L’objectif aura été de mettre en évidence les éléments fondamentaux d’une nouvelle économie, ainsi que le rôle des systèmes éducatifs dans le changement de l’état d’esprit des jeunes générations vis-à-vis de l’innovation dans la région MENA. Dans son allocution d’ouverture, le ministre des Finances Abderrahmane Raouya a indiqué que cette rencontre permettrait de discuter et d’échanger dans les perspectives de développement des économies de la région sur fond de digitalisation et numérisation, permettant la création de millions d’emplois à l’avenir. Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a affirmé que la prise en charge de la jeunesse constituait un «défi contemporain majeur», mais aussi un «investissement précieux» pour l’Algérie de demain. Ouyahia a indiqué que l’Algérie est fière que « onze millions de ses enfants, soit plus du quart de la population, se rendent chaque matin à l’école, à l’université ou aux centres de formation professionnelle.» Cette politique d’éducation et de formation, quasi exclusivement publique, « absorbe annuellement l’équivalent de plus de 10 milliards de dollars du budget de l’Etat», a-t-il noté rappelant que l’Algérie avait investi un «effort massif» dans l’enseignement de l’information à l’école, qui bénéficie déjà à près de 90% des élèves des cycles moyen et secondaire alors que 20.000 ingénieurs et techniciens en informatique sont annuellement formés. «L’Algérie ne cesse de développer son réseau national de fibre optique qui dépasse déjà les 120.000 kilomètres et s’attelle à un programme national de numérisation du service public.»
Il a toutefois affirmé que dans le domaine économique et financier, l’Algérie «a encore beaucoup de progrès à accomplir pour mettre à niveau et moderniser son environnement des affaires». «C’est d’ailleurs dans ce contexte que nous conduisons des programmes de réforme en collaboration avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international», a-t-il souligné. «Nos défis en Algérie restent importants, notamment pour répondre aux besoins d’une population qui totalise 40 millions, dont plus de 60% sont des jeunes».

Leviers de croissance
Intervenant via une vidéo projetée Jim Yong Kim le directeur du groupe Banque Mondiale a estimé que les politiques de l’emploi des pays de la région MENA doivent accorder la priorité aux jeunes porteurs de projets technologiques et innovants. «Ces politiques sont confrontées au défi de procurer du travail à plus de 10 millions de jeunes établis dans cette région au cours des toutes prochaines années» a estimé Jim Yong Kim, appelant à une meilleure exploitation d’internet et des TIC et en faire des «leviers de croissance». Le vice-président de la BM pour la région MENA, Hafez Ghanem a estimé pour sa part qu’il faudrait encourager les jeunes pour la création de start-up, dans des secteurs liés aux TIC et aux services, ce qui permettrait de créer de la croissance et de l’emploi. Toutefois, cette voie exige la mise en place d’infrastructures susceptibles de fournir l’Internet à haut débit et à des coûts réduits, ainsi que des investissements dans l’éducation en fournissant des contenus permettant aux jeunes de maîtriser les TIC à même d’en faire un métier, dira-t-il. Pour lui, dans les pays du Mena, il est nécessaire d’orienter les formations universitaires vers les technologies, les mathématiques et les sciences afin de mettre les jeunes en posture de réussite dans le monde du numérique. De son côté, le directeur général du Fonds monétaire arabe (FMA), Abdulrahman Al Hamidy, a souligné l’importance de mettre en place un cadre juridique et des procédures favorables au développement d’activités liées à la e-monétique, au e-commerce et à la e-gouvernance. Il a rappelé que le FMA avait mis en place un groupe pour encourager l’utilisation de la monétique dans la région Mena et institué une journée arabe de la e-monétique coïncidant avec le 27 avril de chaque année. La conférence verra la participation de plusieurs responsables de Start-ups qui ont réussi à révolutionner le marché dans la région. Parmi les participants de la première journée figurait Mudassir Sheikha, directeur général de Careem, une application de mise en relation entre conducteurs et passagers, devenue concurrente de l’Américain Uber, Ala’ Alasallal, directeur général de Jamalon, la plus grande librairie online dans le monde, Riad Hartani, cofondateur de Xona Partners et iValley, et Ghinwa Jalloul, fondatrice et directrice générale, Torch. Les intervenants ont convenu sur le fait que le développement de l’économie numérique pourrait devenir un levier de croissance pour les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord et contribuer à accroître les gains de productivité dans cette région. Plusieurs panels ont eu lieu avec différentes thématiques dont les «Start-up et Licornes», du nom de ces petites entreprises valorisées à plus d’un milliard de dollars, les «plateformes numériques pour l’emploi», et «la réglementation comme catalyseur de l’innovation».