Quand René Guenon, Ibn Arabi et Omar Khayam sont évoqués lors d’une rencontre, cette dernière ne peut qu’être intéressante. Et si en plus, la personne qui est au centre de ce rendez-vous n’est autre que le spécialiste (connu et reconnu) du soufisme, en l’occurrence Slimane Rezki, c’est alors la garantie d’un débat riche en échanges et en idées. La rareté des conférences de cet algéro-français dans son pays, et celui de ces aïeux, donnait encore plus de saveur à son intervention.

C’était vendredi, en fin de journée, à l’espace Agora de la librairie « L’Arbre à dires » de Hydra (Alger). La conférence, qui s’est déroulée dans une salle remplie, était axée sur deux questions : « Quel sens à notre vie ? » et « Pourquoi Allah nous a-t-ils créés ? ». Vaste programme…

Dès le début, l’assistance était curieuse de voir comment Slimane Rezki allait aborder ces interrogations. Ils ne seront pas déçus. Ceux qui le connaissaient (à travers ses nombreux livres ou encore la chaîne YouTube, Sawt24, qu’il anime depuis plusieurs années) ont été « confortés » dans leurs avis sur lui, et les autres se délectaient de la découverte.  

Les deux problématiques de la conférence étaient finalement juste des « fers de lance » qui devaient emmener l’assistance vers des remises en question d’idées préétablies, reçues…  

Extraits de la conférence de Slimane Rezki à la librairie « L’arbre à dire » (Réalisation: Salim KOUDIL)

Le conférencier, sur les traces de René Guenon (dont l’une des œuvres majeures est «La crise du monde moderne »), n’hésitera pas à faire la critique du rythme de la vie d’aujourd’hui « pour qui, avec le Fordisme et le Taylorisme, la quasi majorité des hommes sont semblables et remplaçables » avant d’ajouter « ce n’est pas de la liberté mais du déshonneur ». Il s’appuiera ainsi sur le sentiment d’insatisfaction que ressentent de nombreux individus, qui, pourtant, ont atteint tous leurs objectifs « matériels ».  Il rebondira, dans le même sens, quand une personne du public lui ait lancé, avec un air dépité, qu’« il est impossible de trouver du temps pour se consacrer à la spiritualité, absorbés qu’on est par le travail et nos responsabilités ». Tout en acquiesçant, le conférencier rétorquera que « ce sera toujours possible même si c’est très difficile dans les conditions actuelles ». Il préconisera comme solution « de recréer des cercles privés s’il le faut, dans lesquels règne le spirituel ». Pour essayer d’expliquer à l’assistance la relativité des « acquis » du monde moderne devant « ce qui est plus important », Slimane Rezki, citera le maitre soufi (le cheikh al-Akbar), Ibn Arabi : «Tout mon voyage a été purement intérieur ». Une quête qui viendra rappeler à chacun que « l’humain est un être divin » et que « les missionnés ne sont pas uniquement les prophètes ».  La verticalité et la tradition primordiale sont passés par là…


©Salim KOUDIL

La conférence a été également une occasion pour Slimane Rezki de titiller les « convictions » de ceux qui ne veulent pas remettre en cause l’ordre établi (extérieur et pseudo-intérieur). Qu’en est-il de la prière ? « C’est avant tout le renouvellement du pacte avec Allah, et non la faire pour être vu par les autres ». Le livre sacré ? « Si vous n’êtes pas vivant, le Coran sera, pour vous, juste un livre d’histoire, alors autant lire une BD ou un bon roman ». Le paradis ? (il évitera d’utiliser ce terme tout au long de la conférence et préférera, à chaque fois, de prononcer le mot en arabe) « Allah nous appelle vers lui, et non vers al-Djena ». La religion ? Pour le spécialiste de René Guenon, dans le monde actuel, l’image de l’islam est axée sur « l’exotérisme » oubliant presque l’ésotérisme,  et il plus proche d’une « religion historique que de la primordialité ».  Il n’omettra pas, au passage, d’épingler ceux qui s’ « impatientent » de rejoindre le paradis pour rencontrer les Hour al aine, en invoquant l’auteur des « Rubaïyat », Omar Khayyam : «Pensez-vous que le paradis est une taverne !»…

Devant cet état des lieux, y a-t-il espoir à ce que ceux en quête du divin soient majoritaires ? La « sentence » de Slimane Rezki est sans ambigüité« On ne sera jamais nombreux », tout en ajoutant  « la qualité sera toujours antinomique de la quantité »…

@SalimKoudil