Une conférence de presse s’est tenue le samedi 31 août au siège du MDS, pour dénoncer l’interdiction de la convention du pacte de l’Alternative démocratique, en présence des principaux acteurs des forces de l’Alternative démocratique (FAD). La rencontre fut aussi un grand moment de pédagogie pour expliquer et expliciter l’autonomie partisane de chacun dans la convergence démocratique et d’action de tous.

C’est Fethi Gharès, coordinateur du MDS, qui, en maître de cérémonie, prononcera la déclaration liminaire au nom des Forces de l’Alternative démocratique, qui dévoile que «le pouvoir intensifie ses menaces pour accréditer ses fausses ouvertures avec des panels soumis à ses desiderata. Ces décisions politico-administratives font écho aux derniers discours du chef d’Etat-major de l’ANP.»
Tout en précisant que «l’alternance à l’intérieur du système ne peut constituer une garantie de changement», les FAD interpellent l’opinion publique contre «l’entêtement des tenants du pouvoir à imposer une élection présidentielle dans le cadre d’une constitution octroyée est l’une des causes principales de l’impasse actuelle. Cette stratégie participe au dévoiement de la volonté populaire et augure un risque de confrontation aux conséquences préjudiciables pour la nation. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. La voie est sans issue. Elle ne fera que différer la solution et donc multiplier les blocages.»
Résolument décidés à porter la voix du peuple, les FAD sont «déterminées à accompagner le mouvement populaire et citoyen, (et restent) mobilisées pour donner une vision démocratique au nécessaire et radical changement qui passe impérativement par une transition démocratique à travers un processus constituant souverain. Reconnaître au peuple sa souveraineté sur son destin nécessite la refondation du processus de légitimation pour l’exercice du pouvoir.»

Processus constituant ou assemblée constituante ?
Au jeu des questions et réponses, peu d’intervenants, mais c’est la question d’un confrère, certainement loin d’être innocente, qui a ouvert le débat, en tentant de situer la problématique sur le terrain des antagonismes politiques et idéologiques entre les différentes formations signataires du pacte, notamment sur la question de l’assemblée constituante dès lors que celui-ci intègre le processus constituant dans sa démarche programmatique.
Ramdane Tazibt, représentant du PT, martèlera avec force et rappellera que «ce même régime qui a emprisonné Louisa Hanoune, mis sous mandat de dépôt plus de 60 jeunes porteurs de drapeaux. Ce même régime qui a mis Lakhdar Bouregaâ en prison, qui interdit aux Algériens d’accéder à la capitale et réprime les manifestants, c’est ce même régime qui refuse aujourd’hui la tenue de l’université d’été de RAJ et la tenue de la convention du pacte de l’alternative démocratique». Il rappellera qu’au sein du pacte de l’Alternative démocratique, «chaque partie jouit de sa liberté d’action et de pensée en tant que parti, mais au sein du pacte, nous sommes alliés autour d’un minimum démocratique qui fait siennes les revendications populaires qui rejettent le système et sa vision actuelle de sortie de crise.»
Mahmoud Rechidi, secrétaire général du PST, sur la question du processus constituant et de l’assemblée constituante, apportera de précieuses précisions : «Ce qui est important à nos yeux, c’est cette adhésion commune à un processus constituant souverain, qui laisse le champ ouvert et sans préjugés, à différentes options d’avenir qui privilégient avant tout la souveraineté populaire…» Dans l’esprit de l’intervention de Mahmoud Rechidi, ce qui rassemble est, dans le contexte de la révolution en cours, plus important que ce qui sépare. Ou divise.
Ali Laskri, au nom du FFS, exprimera sa fierté d’appartenir à ce pacte démocratique qui «mène le même combat pour la démocratie que le mouvement révolutionnaire populaire ! En proposant un processus constituant souverain, ce n’est ni plus ni moins qu’un changement radical du système avec la volonté du peuple souverain que nous proposons.» Inévitablement, la deuxième république, chère à Hocine Aït Ahmed passerait ainsi par une refondation constitutionnelle de l’ordre du changement radical selon la vision d’Ali Laskri.
Ali Brahimi, membre du Manifeste de l’Algérie nouvelle, juriste de formation et ancien détenu des événements de 80, évoque «les tentatives de restauration du système et l’arrogance du régime. La crise est systémique. Les solutions préconisées dans le cadre de la présidentielle et surtout en dehors de la volonté du peuple, ne peuvent que perpétuer ce même système. La solution réside dans son démantèlement et l’avènement d’une période de transition.»
Zoubida Assoul, d’emblée, hausse le ton : «C’est au système de partir et non le peuple. Nous ne pouvons envisager de solutions en dehors de la volonté populaire.» Elle fustige les pratiques hégémoniques du pouvoir en place. «Il nous faut sortir du pouvoir personnel à celui de l’Etat de droit, avec comme critère essentiel, une justice véritablement indépendante !» Au passage, elle fustigera le panel qui a failli à sa mission supposée, celle de plaider pour un dialogue ouvert avec tous les Algériens, pour s’embarquer dans l’aventure de la présidentielle vaille que vaille.
La cohésion des propos et la connivence des interventions sont de mise. Mohcen Belabbès pour le RCD, Benissad pour la LADDH ou encore Moulay Chentouf pour le PLD, abonderont dans le sens d’une vision unitaire des rangs. Pour le représentant du Parti pour la laïcité et la démocratie : «Les programmes des partis, on en reparlera quand nous arriverons aux élections !» même si dans son discours, il attirera l’attention sur les risques de dislocation et d’éclatement de l’Etat national durant cette phase sensible de la révolution en cours. Et de l’acharnement de la contre-révolution !

La convention du 9 septembre aura bien lieu !
«Nous sommes décidés à tenir notre Convention du Pacte de l’Alternative démocratique, le 9 septembre prochain. Nous tenons à clarifier et approfondir la solution énoncée le 26 juin dernier», lit-on dans la déclaration liminaire.
Détermination totale des Forces de l’Alternative démocratique à tenir leur convention le 9 septembre prochain. Une demande dans ce sens a été déposée auprès des services de la wilaya d’Alger.
«Nous tiendrons notre Convention, même s’il faudra la tenir dans la rue !» clame Fethi Gharès. Une façon de montrer toute l’opiniâtreté des Forces de l’Alternative face à l’obstination de la machine administrative désormais sous tutelle politique.
Pratiquement, quelles sont les chances de la tenue de la Convention du Pacte de l’Alternative démocratique ? Dans le contexte d’une rentrée qui s’annonce mouvementée et l’émergence d’un discours unique de sortie de crise qui exclut de fait les partisans de toute approche transitionnelle, les risques d’un énième refus sont plus que patents. Dans ces conditions, la seule solution «infrastructurelle» qui s’offre à la Convention est la salle de conférence du siège du MDS.
Dans l’esprit de ses concepteurs, la Convention se devait d’être une grande rencontre populaire et démocratique, une sorte d’instant historique fusionnel entre les forces de l’Alternative démocratique et le peuple avec ses composantes plurielles qui battent le pavé chaque vendredi et chaque mardi, au nom du changement et du départ du système. A cette possible fusion des possibles, l’interdit et la répression ne feront qu’agrandir le fossé de la confusion de sortie de crise…

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